mercredi 4 février 2015

Reggio Emilia : Un atelier "Nature"

"Les enfants n'attendent pas notre permission pour penser.
Les enfants ont la tête pleine d'idées qui ne demandent qu'à communiquer 
- via, disons-nous, une multitude de langages -, 
à se connecter et à communier avec les choses du monde".
Loris Malaguzzi, 1920-1994.


Je reprends le récit de mon épopée reggiane... :-)

Voici aujourd'hui l'un des plus beaux espaces du centre Reggio Children, un atelier nommé "Organismes", et entièrement dédié au plus grand secret biologique de la Nature : tout change, tout devient. Le cycle de la vie est transformation. J'ai pris peu de photos et elles sont de qualité médiocre... J'avais trop de choses à regarder et beaucoup de réflexions à méditer !

Le lieu se situe à l'étage, au-dessus de l'atelier "Lumière" dont il occupe l'équivalent de la moitié de la superficie. Les boiseries claires, les lignes ovoïdes, les couleurs fraîches et les jeux de lumière des persiennes, qui filtrent le soleil italien, renforcent l'impression d'espace. Plusieurs îlots s'organisent, reliés entre eux par des végétaux posés à même le sol, qui dessinent des chemins, et racontent leur histoire comme le feraient des bandes dessinées...

Leur histoire ? Oui. Ces plantes - pour la plupart comestibles - arrachées à leur matrice, sont vivantes. Leurs couleurs et leurs parfums nous le rappelent. Et lentement, jour après jour, elles se pétrifient, se putréfient - cet atelier est une ode à la décomposition. Le phénomène, secret ou éclatant, revêt des formes variées dans des temporalités variées, mais qui ne passe pas inaperçu aux yeux et à l'esprit des enfants - connectés qu'ils sont au monde, dans ce rapport unique, basé sur la curiosité et l'empathie. Macabre, la mort ? Point du tout. L'ensemble est terriblement rafraichissant. Il est vrai que les végétaux ont une manière bien à eux de mourir - propres, dignes, et... vivants... comme en témoignent le manège de quelques insectes qui profitent de l'aubaine d'un tel garde-manger !


Tout de suite à l'entrée, un premier espace, que vous pouvez apercevoir au fond de la première photo de cet article : une table basse s'entoure de poufs vert pomme et soutient un magnifique plateau d'ornements végétaux - je me souviens d'une giganstesque fleur de tournesol séchée, dont les graines formaient un dessin fractal... L'espace est dédié à l'accueil de petits groupes, comme le confirme le chevalet de conférence disposé en regard et couvert de mot italiens : "immensità", "regole", "campi", "inquinamento", "animali"... Ce sont les traces d'un "brainstorming", apparemment, dont ma connaissance de l'Italien ne me permettra pas de juger s'il a été fait avec des adultes ou des enfants... 

Juste à côté, un espace plus intime : un simple tabouret devant un écran, sur lequel on peut faire défiler une série de photos magnifiques, rêver, s'émerveiller, s'interroger devant le détail de l'aile du papillon ou celui des anneaux d'un tronc tranché... Le spectacle de la Nature, qui seule renforce ses secrets quand elle les dévoile, surprend, et souvent dérange, par ce mystérieux mélange de force et de fragilité.

Et au sol, la décomposition du chou vert en une vingtaine d'étapes ! :-)

Suit un espace artistique, dédié au dessin d'observation. Bien sûr, la table croule sous un matériel plus qu'alléchant - encres et plumes, feutres, crayons, graphites, fusain, pastels, pléthore de papiers somptueux, et... je n'ose pas toucher. Bien sûr ! :-)

Table à dessin

Observer la Nature, l'étudier, prend du temps, et cette table de travail a l'air d'être en dehors de la temporalité, tranquille mais implacable, de cet atelier vivant. Elle est tournée vers le mur, de façon à ce que le dessinateur puisse s'isoler, se concentrer sur son sujet... L'ensemble est clairement destiné aux adultes - et les œuvres en cours, soigneusement exposées, en témoignent.

Un espace "bouts de ficelles" fait le lien entre cet atelier et l'exposition, communicante, sur le papier, qui se déroule dans la pièce d'à côté. Laines, cordes, nécessaire à coudre, tisser ou tricoter : L'art du fil fait le lien entre l'observation scientifique,  la recherche plastique et la technologie. Et puis, c'est bien connu, le naturaliste a toujours besoin d'un morceau de corde dans sa poche ! :-)

Ficelles, laines et cordelettes...

Au fond de la pièce, des microscopes. Les éléments disposés avec art à côté des plaques de verre vide, appellent à la manipulation et à l'observation. Il est possible de visionner la vue grossie sur écran d'ordinateur portable... ou directement sur un large écran de projection.

Microscopes

Face à cet écran, deux autres tables juxtaposées couvertes de merveilles.

Je veux un miroir tryptique comme celui de gauche !!! :-)

L'îlot central en forme de nef est dédié à l'exposition des différents stades de maturation d'une grande variété de végétaux. Il s'agit ici de prendre contact avec la beauté inhérente aux différentes phases de transformation de tous les organismes vivants. C'est le message nodal de l'atelier, porté par cette table en position centrale : à travers l'observation respecteuse, nous réconcilions nos existences contrariées et le monde naturel ; pour Reggio Emilia, il ne s'agit pas d'une idéologie, mais d'une priorité éducative, écologique, éthique et esthétique.


Le résultat est magnifique - sciences et art réunis sans que l'homme ne fasse rien, ou pas grand chose... J'ai tout de même une pensée pour la personne qui se charge, tous les jours, d'apporter des légumes frais et de décaler d'un cran les étalages pour mettre en scène la graduation du jour. Quelques moucherons virevoltent, mais curieusement, l'ensemble est assez sain, et ne semble pas attirer les parasites. Croyez-vous qu'il en serait de même si je le faisais dans mon salon ? Je ne le saurai jamais, car mon homme est clairement réfractaire à l'idée, dommage... ;-)


Pour finir, une table dont la première moitié accueille les plantations. On expérimente ici différentes méthodes permettant d'observer et de comprendre les besoins d'une plante et son cycle de vie - aéroponie ou hydroponie, terrarium ou germination classique.


La seconde moitié de la table est dédiée à l'écosystème forestier : branchages, écorces, mousses, champignons, flacons d'humus et de débris de feuilles... La loupe est de rigueur, qui trône au centre d'une souche aussi vieille que moi.


"Les enfants ne vivent pas dans une dimension pré-intellectuelle ; mais s'il sont capables d'élaborer leur pensée et leurs reflexions propres, c'est que la connaissance est en eux, dès leur naissance.
La connaissance est au cœur même de la vie."
Loris Malaguzzi.

Oui ! C'est pourquoi je rêve d'une telle installation chez moi (et dans mes classes !!!) !!??... en plus petit ?? (Allez, mon homme, quoi, dis OUI !)
:-D

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je cherchais un endroit pour vous contacter directement mais je ne trouve pas de rubrique "contact"!
    Alors, je profite d'un commentaire pour vous dire à quel point j'admire tous les articles que vous publiez sur votre blog.
    Nos situations sont semblables : même métier et enfants du même âge.
    Quand reprenez-vous le travail? Etes-vous titulaire de votre poste? Si oui, est-ce que vous pensez mettre en place des activités "montessori" dans votre classe?
    Je suis curieuse de savoir ce que vous réussirez à mettre en place dans votre classe! De mon côté, j'ai des CM1/CM2 et tout est expliqué dans mon blog ... si cela peut vous donner des idées? Je n'en suis qu'au début mais pleine d'envies. Il me manque "juste" le temps de les mettre en pratique!
    Bonne journée

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    1. Bonjour Ecam !
      Merci pour ce retour !

      Je reprends le travail en mai prochain. J'étais titulaire de mon poste (CE1/CE2) avant ma mutation, mais en Isère, il est très dificile d'obtenir un poste définitif, et je m'attends à de looooongues années de remplacements... :-(

      En tous cas, si j'ai des CM, je m'inspirerai de votre blog !! Merci du partage ! :-)

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  2. Pour mettre en place ce genre de chose à la maison, sans contrarier personne, il serait peut être intéresant de mettre en place un lombricomposteur, non? De cette manière on peut observer chaque jour l'évolution des matières organiques et des populations. Ou alors, installer l'atelier complet en extérieur à l'année. De cette manière non seulement l'enfant peut participer à la collecte etc..mais il peut prendre conscience de l'impact des saison sur l'évolution de la nature: accélération de la décomposition, ralentissement, disparition de la pédofaune...Ca peut être aussi du coup l'occasion d'autres expérimentations: que se passe t'il si c'est du bois qui se decompose: par qui, quoi, et combien de temps, la taille de l'objet est elle a prendre en compte? et si c'est ce n'est pas carboné mais azoté? J'ai pas mal travaillé sur ce sujet et il y a plein de choses à faire autour de ce thème. J'avais en outre réalisé un composteur pédagogique avec un plexi sur une face pour pouvoir constater clairement les différentes phases de décomposition.

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  3. *sourire béat*
    C'est comme si j'y étais allée avec toi ! Merci Elsa du partage, j'espère bien pouvoir un jour voir ça de mes propres yeux ! Mon salon va se transformer au fil des années en un immense champ de bataille :D

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