jeudi 31 juillet 2014

Un peu d'histoire...

Église St-George, Reggio Emilia

Croyez-le ou non, je me passionne en ce moment pour le contexte historique des services à l'enfance italiens (?), et, une fois n'est pas coutume, j'ai aujourd'hui envie de faire ici un petit point sur ce beau sujet...

Vous ne m'en voulez pas ? :-D

D'ailleurs, quand on creuse assez loin, disons, au début du 19e siècle, on a le sentiment confortable de retrouver en Italie ce qui s'est passé en France, avec l'invention des écoles maternelles par Pauline Kergomard. Ah, Pauline Kergomard ! Je sais bien que la plupart d'entre vous ouvrent de grands yeux à l'évocation de ce nom (on dirait le titre d'une BD, non ?), mais croyez-le : il évoque à mes collègues bien des souvenirs d'oraux du concours de PE... Pas vrai ? ;-)

Bref, en Italie, c'est un peu comme chez nous que tout a commencé : la (bonne) société - et principalement une poignée de dames de bonne famille soucieuse du Bien commun -  éprouve le besoin de fonder des "salles de garde", dont le souci est purement philanthropique : éviter aux gamins de déambuler dans les rues, livrés à eux-mêmes, pendant que leurs parents travaillent. Ah, ben oui. Vous étiez-vous déjà demandé comment les gens s'organisaient en pleine période industrielle, avant l'invention des structures sociales ? Et bien, voilà : ils ne s'organisaient pas, car ils ne le pouvaient pas. Et les enfants étaient livrés à eux-mêmes... à une époque où les semaines de travail ne faisaient pas 35 heures ! :-(

Dans la continuité de ces "salles de garde" naissent les premières "écoles maternelles" italiennes, qui, localisées dans le Nord, se structurent, elles, autour d'une première idée pédagogique : se charger des premiers apprentissages. Une fois de plus, en France, nous avons suivi une progression analogue, les "entrepôts d'enfants" se découvrant assez vite une vocation à éduquer. La proximité avec les tout-petits, ça élève. Et puisque nous en sommes à un petit tour d'Europe, disons un mot de Fröbel, qui invente, sous d'autres cieux, les premiers "jardins d'enfants". Oui, les Italiens observent cela de très près, et ce qu'ils voient leur plait bien. La jeune Maria Montessori connait les travaux et le matériel de Fröbel sur le bout des doigts... Ça se verra plus tard, d'ailleurs, non ?

Matériel Fröbel

Donc, jusqu'à la fin du 19e siècle, les structures infantiles italiennes sont d'inspiration froebéliennes. Ce n'est pas le cas en France, et l'histoire des premières structures éducatives européennes se scinde à ce niveau. C'est alors qu'en Italie,  deux soeurs, Rosa et Carolina Agazzi, élaborent leur propre méthode d'enseignement - et inventent, en passant, ce qu'on nomme aujourd'hui la "Vie pratique". Pour elles, la dimension religieuse est essentielle, et la vie familiale, qu'il s'agit de valoriser, préside aux activités scolaires. En conséquence de quoi, les enfants font à l'école exactement ce qu'ils doivent faire à la maison - et à cette époque, croyez-le, un bambin ne reste pas les bras croisés pendant que les autres membres de sa famille se démènent : il lui faut mettre la table, faire son ménage personnel, maintenir les locaux en ordre, etc. 


Parallèlement, les idées de Fröbel font leur chemin, ainsi que l'importance du jeu, et de la spontannéité des apprentissages. C'est un joyeux mélange pédagogique, qui a parfois du mal à trouver son point d'équilibre : Rosa Agazzi critiquera violemment la rigidité de Fröbel, et rejette cette idée des dons standardisés que recevrait chaque enfant (c'est un truc très allemand, ça, qu'on retrouve aussi chez Steiner, bien plus tard). Et elle propose, de son côté, un projet reggian avant l'heure : créer "un musée des babioles", constitué de tout le matériel occasionnellement apporté par les enfants à l'école. 

(Ce qui m'a fait pensé au très beau projet de Sophie (pas si) sage, ICI)


Et voiiiilà ! Maria Montessori entre en scène. Car pendant ce temps, elle effectue des expériences pour le moins intéressantes. Vous le savez, son travail initial consiste à développer des initiatives avec des enfants souffrant de handicaps. Elle crée les maisons des Enfants (dont la première à Rome en 1907) et propose ensuite un travail largement basé sur les expériences sensorielles et sur l'auto-éducation, à l'appui notamment de matériel structuré original et stimulant. Toutefois, sa méthode peine à s'affirmer ; ses racines sont trop scientifiques, et ses sympathies initiales avec les laïques et les socialistes lui sont reprochées.

En revanche, dans le même temps, le projet des soeurs Agazzi s'impose : il est modérément innovateur, ne demande pas de matériel coûteux  (ah, parce que, oui, déjà, à l'époque, c'est un problème, et même pour les "institutions"...) et n'exige pas de formations longues des institutrices (même remarque). On peut aussi expliquer ce succès par le désintérêt pour les structures de la petite enfance du régime fasciste, qui a d'autres chats à fouetter ;  de plus le parti de la majorité (catholique) est rassuré par un projet éducatif simple, géré par les congrégations religieuses.

Bye, bye, Maria Montessori... qui s'exilera en 1934 au Pays-Bas où elle décèdera plus de 20 ans plus tard.

Et puis, dans les années 60-70, on assiste en Italie à un regain d'intérêt pour les institutions infantiles. Boom économique, inflation de l'emploi féminin, grandes migrations des campagnes vers les villes et du Sud vers le Nord... La demande de "lieux" destinés aux enfants enfle. Le peuple prend conscience de ses droits sociaux et exige une participation de l'État qui, jusque là, avait totalement abandonné l'assistance des enfants aux congrégations religieuses catholiques. En 1968, l'école maternelle publique italienne voit le jour. En 1971, la première crèche nait, suivie rapidement de bien d'autres.

Fin de l'histoire.

Reggio Tutta, Un guide de la ville vue par les enfants, Reggio Children éd., 2000.

Il est néanmoins significatif de constater que les municipalités démocratiques de l'Émilie Romagne, dès 1962, instaurent des écoles maternelles municipales, dans lesquelles l'implication citoyenne grandira d'année en année... Mais cela est un autre sujet... ;-)

mardi 29 juillet 2014

Notre semaine (30/14)


Une chose est sûre : La Damoiselle a deux ans. Oh, oui. Ça, pour s'affirmer, elle s'affirme. Et elle apprend à dire "Non". Surtout avec son corps, d'ailleurs. Cela s'appelle désobéir. Ça, Lousielle connait bien, et elle adore. C'est un truc qui consiste à faire le contraire de ce que les parents attendent et qui a l'extraodinaire pouvoir de les faire bondir. Surtout si la bêtise est exécutée avec un sourire enjoleur, des gestes lents (genre : "Regardez bien, JE LE FAIS !") et ses yeux bleus fichés dans les nôtres. Ça marche à tous les coups. Nous, les parents, bondissons. Ah, quel super pouvoir on a, à deux ans, tout de même ! Mais tout n'est pas rose : la Damoiselle-qui-n'avait-jamais-peur-de-rien développe quelques petites angoisses (les avions qui passent, par exemple...) et elle qui ne se plaignait jamais, même après un gros bobo, chuine parfois plusieurs heures d'affilée. Mais comme, parallèlement, elle s'exprime à présent à l'aide de phrases complexes, je gage qu'elle sortira vite de cette mauvaise phase...

Une autre chose est sûre : Antonin a trois ans et demi. C'est-à-dire qu'il n'a déjà plus tout-à-fait trois ans, vous voyez ? Son Papa et moi n'en revenons pas du petit garçon qu'il est devenu en quelques semaines. Ce n'est pas un pas, qu'il a franchi, c'est un goufre. Antonin est autonome : Antonin sait choisir un CD, le mettre dans le lecteur, baisser le son. Antonin se lève seul le matin (toujours à 6h, par contre, ça, ça n'a pas changé !), et file seul à la cuisine grignoter un peu quelque chose avant de nous rejoindre dans notre lit. Antonin parle, Antonin comprend, questionne, explique et raisonne... et... Antonin n'a pas fait une seule "crise" depuis trois semaines !!! Cela n'est jamais arrivé depuis sa naissance ! Ses séances de hurlements survenaient peu après le réveil, mais depuis plusieurs semaines, j'ai l'impression de vivre chez "l'ami Ricoré" : confection à six mains de la bouillie du matin, petit déjeuner tranquille en famille, bisous à Papa qui part au travail, lecture d'histoires dans le canapé pendant que je bois mon café... Le bonheur ! Je me dis à présent que les pédiatres avaient raison, et qu'Antonin n'était qu'un enfant "de son âge", sans soucis spécifique... Tant mieux ! :-)

Et voici, pour mon article "à rallonge" de la quinzaine, un petit tour d'horizon de nos dernières activités :

Arts plastiques :

Fusain

Les tracés des enfants continuent d'évoluer et de se structurer :

Oeuvre de Louiselle...

Oeuvre d'Antonin...                            ... et oeuvre collective !

J'essaie de penser à proposer une petite invitation reggiane de temps à autre en arts plastiques...

Dessin au feutre sur table lumineuse

... mais je dois avouer que je dois faire un effort dans ce sens, dans la mesure où mes enfants sont tout à fait autonomes dans leurs choix de médiums et d'outils, et pratiquent naturellement beaucoup. D'ailleurs mes plus grands satisfactions viennent généralement d'idées qui émanent d'eux, sans que je n'y sois pour rien. C'est ainsi qu'Antonin s'est exclamé, alors qu'il peignait au chevalet : "Mais... il n'y a pas de vert !!". Tiens, tiens. "Non, il n'y en a pas, mais tu peux en fabriquer si tu veux." Il est allé chercher un petit pot propre et a fait son mélange...


Il va falloir que j'ajoute une petite cuillère, car prélever les couleurs avec les pinceaux est assez laborieux... Et je crois qu'il est temps d'investir dans une palette ! ;-) 

Vie pratique : 


Les cadres d'habillage attirent beaucoup les deux enfants, mais leur donnent bien du fil à retordre...


Le cadre aux boutons-pression est le plus facile de tous : il suffit de tirer sur un pan pour ouvrir les boutons, et pour refermer, les deux parties se positionnent assez bien toutes seules : le tissu étant assez rigide, les deux parties des boutons se retrouvent naturellement superposées. C'est ici que les choses se corsent :


Car, voyez-vous, normalement, le bon geste pour refermer les attaches, c'est celui-là :


Idéalement, les boutons ne résistent pas trop, et font un sympathique "CLIC !" en se clipsant. Sauf que notre cadre à nous n'a rien d'idéal, et que le deuxième bouton en partant du haut est trop "dur" ; Louiselle a beau appuyer de toutes ses forces (en serrant fort les dents !), impossible. Le troisième bouton est trop "mou", il se clipse très facilement, mais sans produire le cliquetis caractéristique qui indique à l'enfant qu'il a réussi. Le quatrième bouton est parfait (Je sais, on ne croirait dans "Boucle d'Or", mais je n'invente rien !!).

Quant aux deux boutons des extrémités... :

Problème

Ils "tombent" juste à la limite entre le cadre et le sol (ou la table), et sont donc impossibles à fermer selon la méthode montessorienne, même pour un adulte. Il faut pincer le tissu de façon à prendre appui sur son propre index, placé au revers. Trop compliqué pour mes enfants, qui se retrouvent assez frustrés.

Mais au fait, le matériel montessorien n'est-il pas, par essence, "auto-motivant" ?

Allez, donnez-moi UNE bonne raison de ne pas jeter ces cadres à la poubelle... :-(

Mais revenons, à la VRAIE vie pratique, la seule, la bonne, celle dont je n'aurais jamais dû m'écarter et qui se fait, sans matériel spécifique (mais avec une bonne dose de patience et d'observation !), dans le cours de la vie de tous les jours.

Et une p'tite quiche aux courgettes pour la route...

Nous avons un nouveau rituel : après chaque repas, les enfants balaient sous la table. Et l'idée ne vient même pas de moi, mais de leur Papa, lassé du "retaurant à moineaux" que devient notre cuisine dès que nous nous attablons. Bon, les enfants ne mangent pas plus proprement depuis ; d'ailleurs, pourquoi feraient-ils attention, puisqu'ils adoorent balayer avec Papa ? ;-)


Antonin et Louiselle sont de plus en plus autonomes au moment de leur toilette, c'est le bonheur ! D'ailleurs, ils me demandent généralement de sortir de la salle de bain pendant qu'ils se lavent - je garde quand même un oeil, c'est nécessaire, et je passe moi-même un coup énergique sur les quenottes, sans quoi le brossage serait purement symbolique... Mais ils connaissent tous les deux l'enchaînement des actions par coeur (les mains/les dents/le visage) et savent exécuter tous les gestes pour mener ces tâches à bien. Oui, oui, même doser le lait pour le visage, et même déposer du dentifrice sur la brosse à dent !! :-o


On  ne peut pas dire qu'on croule sous les légumes du jardin, mais au moins, chaque récolte est exécutée avec enthousiasme et dégustée avec curiosité. Lorsque le Damoiseau a découvert qu'il suffisait de tirer sur les fanes pour extraire carottes et navets, j'ai dû calmer ses ardeurs pour qu'il n'arrache pas tout le même jour ! :-D

Culture :


Antonin a décidé cette semaine de placer les 36 cartes de son activité Terre/Air/Eau... et il n'a pas fait une seule erreur !! Ouah !

Parallèlement, la prise de consience de la présence de l'air autour de nous affirme : l'autre jour, les deux enfants ont longuement joué à "attraper de l'air" dans des petits ramequins, et même Louiselle brandissait sous mon nez son récipient vide en m'expliquant : "J'ai attrapé de l'air ! J'ai attrapé de l'air !!" :-D


Louiselle adore parler du temps qu'il fait - et c'est vrai qu'en ce moment, il y aurait bien des choses à en dire... En particulier, elle éprouve une fascination pour l'orage et adore énumérer tout ce qui se retrouve mouillé quand il pleut : "Le toit, il est mouillé. Le porteur, il est mouillé. La balançoire, elle est mouillée. L'école, elle est mouillé. La voiture, elle est mouillée." Oui, oui, ça dure assez longtemps ! :-D

En conséquence de quoi, j'ai fabriqué cette petite roue météo, prise chez l'excellent Moustache. Les enfants l'aiment beaucoup ; pour Louiselle, c'est encore un peu abstrait de faire correspondre l'aiguille avec le temps observé dehors, mais Antonin se livre à l'exercice avec beaucoup de sérieux ! :-)


Et voici un petit bricolage que je vous laisse découvrir en images...


... peindre, coller... pour réaliser...


... "le drapeau du notre pays" ! :-)

Entre le 14 juillet et la coupe du monde, croyez-vous que j'aurais eu cette bonne idée toute seule ? Non. Elle m'a été dictée par Antonin, qui, lors d'un collage au scotch, a collé les bandes par trois, bien ajustées, de façon à réaliser des drapeaux français. Les couleurs étant alors assez fantaisistes, j'ai proposé ce petit travail. À présent, "bleu-blanc-rouge", Antonin connaît ! :-)

C'est fou, cet attrait qu'ont les enfants pour les drapeaux, non ? :-)


Bien sûr, le symbole est totalement hors de portée de Louiselle, mais elle s'est pliée à l'exercice avec beaucoup d'application !

Motricité :

Lorsque Louiselle était bébé, elle passait de la position "plat ventre" à la position "assise" via un grand écart latéral. Ouch ! Cela avait même émerveillé la pédiatre, qui s'était exclamé : "Quelle souplesse ! Il FAUT entrenir cela !!" ("Ah, oui, bien sûr, je fonce l'inscrire à la danse classique...")

(??)

Bon, je ne sais pas si nous avons "entretenu" ses jeunes capacités, mais l'adjonction d'un trapèze à notre portique nous a permis de constater que la Damoiselle n'avait rien perdu de sa souplesse... ni de sa force ! :-)


Quant à Antonin, il a découvert LE jeu auquel nous avons tous joué enfant avec une balançoire : 

Tournicoti, tournicotons !

Côté motricité fine, la Damoiselle se passionne pour le porte-perles de son frère, à disposition dans l'atelier. L'exercice mathématique en lui-même lui passe au dessus de la tête (quoiqu'il semblerait qu'elle commence à mémoriser assez bien la comptine numérique jusqu'à 8 ou 9, à force de l'entendre !), mais le geste d'enfiler les barrettes, ça lui plait !!!


Il y a quelques semaines encore, il aurait été exclu pour moi de laisser un tel matériel à la disposition de ma Deuz'ans. Mais à présent que j'ai perdu la foi, je prends la chose bien plus à la légère, et grand bien me fasse ! L'intérêt de Louiselle pour ce matériel y attire aussi Antonin, qui explique à sa soeur, corrige, vérifie, dénombre, dénombre et re-dénombre... J'ai beaucoup apprécié cette semaine de les voir travailler côte à côte sur le même support, pas vraiment en collaboration - puisque chacun poursuit ses objectifs propres - mais plutôt en complémentarité, et en tout cas dans la bonne entente. Le fait de voir son frère faire cet exercice apporte beaucoup à Louiselle qui n'en perd pas une miette, et le fait de devoir verbaliser sur ses notions complexes enrichit également les compétences du Damoiseau. Perfect ! :-)

Vérification... Il semblerait qu'il y ait deux-trois choses à modifier...
Sensoriel :

Un an jour pour jour après mon premier bac sensoriel, le thème de la ferme revient... version XXL, cette fois.


J'ai versé dans notre bac le reste de lentilles du bac sensoriel précédent, un mélange de graines pour rongeurs, des fruits verts tombés des arbres, des figurines... et du foin.


Ah, le foin, c'est sensoriel à souhait !! C'est odorant, ça pique un peu, ça crisse sous les doigts... Beaucoup de sensations de mon enfance me sont revenues en mémoire en voyant mes enfants jouer avec...


Langage :


Voilà bien longtemps que je ne vous ai parlé d'albums-langage. Non pas que mon enthousiasme initial soit retombé, oh, non ! Mais nos albums-échos ont simplement changé de forme. Tout au long de l'année scolaire écoulée, c'est le cahier "de vie" (renommé chez nous le "cahier d'école", par opposition au "cahier de la maison") qui s'y est collé. À chaque fois qu'Antonin le rapportait à la maison, nous faisions, en photos, un petit récit d'une activité en extérieur : ballade, visite, luge, baignades... Le genre de choses que je ne partage pas trop sur ce blog, puisque pas vraiment reproductible (oui, le parc de V*** est super, mais vous n'allez tout de même pas traverser la France pour vous y rendre, hein ?). Ces traces plaisaient toujours beaucoup à Antonin, qui attendait le jour où la maitresse rendrait les cahiers "pour toujours" avec impatience. C'est chose faite, et dans ce cahier, il reste beaucoup de pages vierges ! Nous continuons donc à relater nos petites virées, au grand bonheur des enfants qui me demandent sans cesse de lire et relire ces écrits auxquels ils ont largement participé.

Et un nouveau type d'écrits a fait irruption chez nous ! Je n'en suis pas peu fière !!

J'ai le grand honneur de vous présenter la première histoire inventée et formulée de A à Z par les enfants eux-mêmes !


Oui, bon, c'est assez sommaire. Les connecteurs temporels sont inexistants ("ensuite", "à la fin", etc.), mais les relations causales sont bien présentes ( si, si, enfin, LA relation causale, le "parce que", vous avez vu ?). Et c'est Louiselle qui a trouvé le titre !! :-o

Nous nous sommes beaucoup amusé tous les trois, et à suivre les directives des enfants, je n'étais pas en reste : façonner les chiens en pâte à modeler, prendre note de l'histoire, relancer éventuellement par des questions ("Pourquoi pleure-t-il ?", "Comment s'appelle cette histoire, de quoi parle-t-elle ?")... J'en veux encore !! :-)

En ce qui concerne le développement de la logique narrative, justement, Antonin a fait beaucoup de progrès sur ses images séquentielles, qu'il reprend beaucoup en ce moment. Il exige d'enchainer toutes les séries, et s'il y a encore beaucoup d'incohérences, il commence à s'en apercevoir et à s'autocorriger en argumentant.


Côté phonologie, cela faisait longtemps que nous travallions sur les sons terminaux. J'ai donc repris l'exercice sur les sons initiaux, histoire de changer un peu...


... Bon, c'est vraiment très facile pour Antonin, qui fait l'exercice à toute vitesse, sans erreur et sur un très grand nombre de cartes. J'ai donc introduit, après lecture de cet article, le même exercice sur le deuxième son du mot :

AR / AV / AN

C'est un peu plus difficile pour mon Damoiseau, mais il n'y parvient tout de même pas trop mal ! :-)

Bonne semaine chez vous ! :-)

P.S. : Il semblerait que j'ai pris un peu de retard dans mes réponses aux commentaires. Je vais y remédier du mieux que je peux. Cependant, si vous constatez dans quelques jours que je n'ai pas répondu à votre question, n'hésitez pas à la re-poster, car il se peut fort que j'en oublie quelques-unes en route ! Merci par avance ! :-)

vendredi 25 juillet 2014

Question du jour

Lin rouge

Suite à mon article de ce soir, une question s'impose. 

La réponse à cette question est d'une importance cruciale pour moi, et je serai très honorée d'avoir votre avis personnel sur ce sujet.

Peut-on appliquer la pédagogie Montessori sans matériel spécifique ??

jeudi 24 juillet 2014

Les clochettes musicales... en couleurs !


Dans leurs commentaires à cet article, Rbenvinda et Aurélie avaient mentionné les clochettes Vilac... dont l'image pimpante et le prix alléchant restaient depuis gravés dans un coin de ma tête...

Bon, j'ai craqué. Alors que je me promenais dans un magasin de jouets (non, mais quelle imprudence !) assitée des deux enfants (double imprudence !), elles nous ont sauté dans le coeur, et nous sommes ressortis avec ... deux lots. Ben oui, deux lots. Ce qui, à moins de 60 euros, reste absolument dérisoire par rapport aux prix proposés par les sites de vente montessorien dont j'apprends, de surcroît, à me méfier de plus en plus - mais nous en reparlerons...

(Je me méfie tellement que je revois à la baisse mes objectifs en terme d'achat de matériel, mais que voulez-vous, les clochettes, j'y tenais... vraiment !!)

Et oui, donc, deux lots... pour pouvoir effectuer les fameuses mises en paire sonores ! ;-)

Mon idée première était de repeindre, avant de les proposer aux enfants, la première série en blanc, et la seconde en noir. Tout bête, hein ? Bon, vous oubliez que mes enfants m'accompagnaient lors de cet achat, et qu'aussitôt rentrés à la maison, il a fallu déballer un lot - puis les deux, car, voyez-vous "Hinnnnn ! Il/elle a la rouge/jaune/rose... !! Moi aussiiiiii, je veux la rouge/jaune/rose...!". Bon.

J'ai laissé mes enfants jouer avec ce matériel librement. Ce n'est certainement pas très montessorien, mais je ne me voyais pas leur dire : "Ah, non, mes chéris, il faut faire comme ça et puis comme çi..." alors qu'il s'agit de... musique ?? Ils s'en sont donc donnés (et s'en donnent toujours à leurs heures) à coeur joie, une cloche dans chaque main chacun et zou, hop, que je "joue à la fanfare" (sic).

Premier constat : le son est bon. Voire très bon. Aucune casse d'oreille n'est à déplorer malgré le joyeux tintamare. La qualité est là, youpi !

Deuxième constat : je ne sais pas si je vais les repeindre, finalement. Mes enfants semblent accorder une valeur sentimentale à ces jolies couleurs, je m'en voudrais de les en priver pour le moment. D'autant que je ne sais pas trop si le résultat final sera joli ; pas question de démonter les bestioles, il faudra donc peindre les robes montées sur poignées... Gare au bavures... Je ne me fais pas trop confiance pour ce genre de travaux de précision, et j'ai peur que le résultat final ne soit pas joli... Et le beau, en Montessori, on sait que c'est capital, hein ? (NOUS, on le sait, contrairement aux sites de vente de matériel - mais nous en reparlerons).

De toute façon, colorés ou non, nos nouveaux instruments permettent les fameuses mises en paire, pour peu qu'on aménage un tantinet la présentation d'origine. C'était la première fois que je proposais à Antonin de "travailler son oreille" (!), et il a très bien réussi l'exercice ! Je suis fière à n'en plus pouvoir ! :-D

Mode d'emploi :


1. Éloigner Louiselle. Bon, tant qu'elle fait du yoga, ça va, mais en règle générale, elle s'empresse de faire sonner un ou deux clochettes de façon très énergique, et "pollue" ainsi notre écoute... l'exercice n'est plus faisable ! :-)

2. Antonin sort toutes les clochettes, les met en paire par couleurs (disposition en colonne qu'il connait bien). Il peut les faire teinter autant qu'il le souhaite, pour s'imprégner des tons ou vérifier que des cloches de même couleur correspondent à une note identique. Lorsqu'il le souhaite, il range une des deux colonnes dans le panier, séparant ainsi les paires.



3. On "mélange" les clochettes du tapis en changeant la disposition : elles occupent à présent tout l'espace gauche du tapis. Je place une couverture sur notre panier, d'abord parce que ses mailles sont ajourées, ensuite parce que cela participe à la théâtralisation de l'exercice. "Ah, ah ! Attention, je vais faire sonner une cloche, mais je ne regarde pas ! Ni toi ni moi ne savons de quelle couleur elle est, et tu vas essayer de retrouver sa jumelle..."

4. Antonin écoute, puis fait sonner les cloches jusqu'à ce qu'il trouve la bonne. Je sors alors triomphalement le bras du panier et la couleur des cloches permet la correction. Bon, ici, Antonin ne s'est jamais trompé, je suis bluffée ! Et il accepte de renoncer au sens de la vue de mieux en mieux, même si son premier reflexe est, non pas d'essayer de faire tinter une cloche au hasard, mais de me demander la couleur de celle que j'ai dans la main ! :-D

Les cloches sont disposée par paire à droite du tapis.


Je suis ravie de notre nouveau matériel, et pour une fois je peux le dire : sans l'ombre d'un doute, il vaut chacun des centimes qu'il m'a coûté ! :-)

mardi 22 juillet 2014

Le déclic

Sempervivum

Ce matin, nous sortons faire quelques courses. Les enfants, installés dans le chariot, n'ont pas les yeux dans leurs poches. Soudain, Antonin s'exclame :

"Oh, Maman, regarde, un "A", un "Mmm" et un "Kkk" !"

Je cherche autour de moi, et finis par les voir : trois grosses lettres capitales, un A, un M et un C, en haut d'un présentoir. Elles sont séparées par des interstices irréguliers, il doit manquer des caractères et le mot d'origine n'est plus identifiable.

Moi, un peu blasée :

Ah, tiens, tu as raison, Antonin. Un "A", un "Mmm" et un "Kkk".

Antonin, concentré :

A, Mmm, Kkk...  A, Mmm, Kkk... Am'que... Am'que... Hamac !

Bon sang de bois.

Nous y voilà. Pour la première fois, Antoinin a essayé (et réussi !) à enchaîner les phonèmes identifiés, et immédiatement après, il a cherché à leur attribuer du sens !!!!

Nous sommes aujourd'hui le 22 juillet 2014. Je me souviendrai de cette date. :-)

lundi 21 juillet 2014

FAQ : Jeux d'imitation, les différents stades


Marion me demande par mail ce que j'entends par "jeux d'imitation", formule qui revient assez souvent dans mes articles.

Il s'agit tout simplement de "faire semblant", vous voyez ? Et ce "faire semblant" est une compétence capitale et très riche d'indices sur le développement de l'enfant. En voici les différents stades - certains enfants resteront longtemps à un palier et en franchiront d'autres très vite, néanmoins cette grille de lecture est assez stable. 

Stade 1 : L'enfant imite les actes du quotidien.
C'est ce qui se passe lorsqu'il prend son téléphone-jouet pour le coller contre son oreille et babiller une conversation téléphonique.

Stade 2 : L'enfant injecte la fonction de son choix dans l'accessoire.
Par exemple, l'enfant prend un gros cube de bois, et s'en sert comme il ferait d'un téléphone.

Stade 3 : L'enfant imagine l'existence des accessoires.
Pas de dînette au moment de jouer à manger ? Pas grave, l'enfant est capable de mimer l'action en imaginant qu'il a une cuillère entre les doigts, même si ce n'est pas le cas.

Stade 4 : L'enfant imagine des situations.
“On dirait qu'il y a le feu et que les pompier arrivent...”.

Stade 5 : L'enfant est capable de se plonger dans un jeu (scénario imaginé) pendant au moins 10 minutes.

Stade 6 : L'enfant est capable de jouer avec d'autres au sein d'un scénario inventé - et partagé.

Stade 7 :  L'enfant se "décentre".
Il n'est plus forcément présent en train qu'acteur dans ses jeux, mais endosse le rôle du démiurge qui fait vivre ses personnages. Ses jeux sont à ce stade riches de dialogues construits qui font avancer le scénario.

Ici le stade 1 est maitrisé depuis longtemps par les deux enfants. 
Le stade 2 pointe très discrètement le bout de son nez - si mes enfants jouent à faire semblant de dormir, par exemple, un coussin peut facilement devenir une "couverture", mais l'objet n'est jamais détourné bien loin de son usage initial. Sauf si ce sont les adultes qui amènent la chose : "Bon, ce foulard est une rivière, (ou ces coussins sont les murs de la cabane, ou ces récipients sont de parfaits chapeaux...), d'accord ?". 
Et hier, nous avons joué longuement à nous passer de mains en mains des objets imaginaires (des têtines !, histoire de commencer à souffler au Damoiseau qu'il lui faudra un jour s'en détacher...), et les enfants étaient ravis ! Ce petit jeu appartient au stade 3, mais pour cela, Antonin et Louiselle ont vraiment besoin de l'étayage des adultes ! :-)

Et chez vous, vous en êtes ? :-)

dimanche 20 juillet 2014

Vie pratique, l'année des deux ans


Voici le nouvel aménagement de nos étagères montessoriennes telles que je les ai organisées ce printemps. Notre atelier dispose d'une belle surface au sol, mais comme dans toute pièce sous les combles, on a vite une sensation d'étroitesse et de manque de lumière. En attendant d'avoir le temps et le budget pour passer tous les murs à la chaux, repeindre le lambris d'un blanc craie et traiter les poutres pour les mettre en valeur, je tâtonne quant à la meilleure façon d'agencer notre matériel.


Dans un premier temps, j'ai commis une erreur d'adulte : j'ai fermé la pente sous le toit en la barrant d'un meuble-étagère ; je pensais que l'espace derrière lui était de toute façon inutilisable. Ce n'est qu'à l'usage que je me suis aperçue qu'il n'en était rien : mes enfants sont petits, et peuvent tenir debout même sous un plafond d'un mètre cinquante ! J'ai donc décidé de "pousser les murs" en installant notre étagère de travail plus profondément. Et comme il n'était plus question d'y caser notre meuble, j'ai simplement acheté deux bonnes planches de 2 mètres de long, que j'ai posées sur des cubes de rangement dont je disposais déjà. Et voilà une étagère parfaite, au prix modique, dont la surface en long agrandit l'espace et procure un vrai espace de rangement : 4 x 2 mètres de plateaux (oui, car on en met dessous aussi...), c'est le bonheur ! :-)


Et dans le même esprit qu'ici, je profite du fait que nous parlions aujourd'hui "organisation" pour vous transmettre ma progression "Vie pratique" pour l'année à venir. Attention, elle est centrée sur Louiselle et sa forte attirance pour ce domaine, et n'est pas, telle qu'elle, transposable à un autre enfant. N'hésitez pas, si vous vous en inspirez, à décaler les activités de 6 mois, voire d'un an... et surtout à suivre votre feeling et l'observation de votre enfant ! Je ne peux que vous inciter à construire votre propre progression (car c'est un geste "professionnel", qui aide, qui aide... !!), en ayant toujours à l'esprit qu'il n'y a pas "le feu au lac" ! Antonin découvre certaines de ces activités en même temps que sa soeur sans que j'ai l'impression qu'il soit "trop tard". :-)

Et une fois de plus, je ne concois pas la liste ci-dessous comme une série d'impératifs, mais comme un pense-bête. La liste des activités de Vie pratique étant quasi-infinie, je serai très heureuse de proposer le quart de celle qui suit à ma pette fille ! :-)

Été 2014 :

- Enrichir l'espace "nécessaire à ménage" dans la cuisine : ajouter un plumeau et un chiffon à poussière.


- Verser et transvaser, selon cette excellente progression-là. Pour le premier plateau, j'ai opté pour des pois cassés (pichet rempli au tiers), c'est OK ! ;-)

- Cadres d'habillage : boutons-pressions, gros boutons et agrafes.

- Ouvrir et fermer des boites. Je suis en pleine élaboration de ce panier et transcris ici les idées de matériaux que m'ont fourni les lectrices (un grand merci à Ingrid et à Aurélie !!) ! : une boite de TicTac, un boitier de bijouterie qui claque (attention les doigts), une grosse boîte de chewing gum ronde en plastique (qu'il faut pincer des deux côtés pour ouvrir), une boite à thé en métal (au double couvercle), une boite à cotons-tiges (une partie coulisse devant l'autre pour accéder à l'ouverture), des boites en forme de cœur de plusieurs tailles en bois ou carton (chez Cultura), des mini-bocaux à conserve en verre.

- Découper du papier.

On poursuit : le balayage, les pinces à linge, les boulons, les cadenas (il m'en faut au moins deux autres !), s'asseoir à une table, transporter une chaise, enfiler des perles, maitriser le cadre d'habillage velcro, ouvrir et fermer des flacons, se laver les mains (grande passion du moment pour la Damoiselle qui fait mousser, mousser, mousser..., rince, et recommence... 10 fois de suite ! ...), coller...

Ce qui se fait en situation : apprendre à porter un plateau, installer son tapis (le rouler seul est généralement hors de portée avant 3 ans et demi).

Automne 2014 :

- Éteindre une bougie avec un éteignoir.
- Transporter un verre rempli d'eau coloré.
- Faire circuler une clochette de main à main.
- Transporter une table (à deux).
- Ouvrir et fermer une porte.
- Ouvrir et fermer un tiroir.
- Marcher autour du petit tapis.
- Disposer un vêtement sur un cintre.
- Transférer avec une pince : des pompons, puis des billes avec une pince à cornichons, puis des pois chiches avec une pinces à épiler.
- Distribuer.
- Verser jusqu'à la ligne, verser de façon égale dans deux contenants.
- Transférer de l'eau d'un récipient à l'autre avec un compte-goutte, transférer de l'eau sur un porte savon avec un compte-goutte.
- Superposer des formes.
- Dérouler et enrouler des rubans.
- Mettre la table.
- Cadre d'habillage : les petits boutons, la fermeture éclair.

Hiver 2014-2015 :

- Visser/dévisser avec des tournevis variés.
- Visser et dévisser de petits objets (fermoirs de bijoux).
- Transpercer une forme géométrique à l'aide d'une punaise à grosse tête.
- Plier des mouchoirs (je prépare actuellement cette présentation pour Antonin, à suivre !).
- Plier des vêtements.
- Repasser.
- Prendre soin des plantes vertes.

À partir du printemps 2015 :

- Utiliser un marteau.
- Cadre d'habillage : les boucles de ceinture, les lacers.
- Coudre un bouton.
- Cirer les chaussures.
- Polir des objets en métal.
huiler le bois.
- Nettoyer des coquillages.
- Laver un miroir, des vitres.
- Laver une table.
- Planter des graines.
- Changer l'eau des fleurs.
- Laver du linge.

Et comme précédemment, je viendrai ajouter les liens au fur et à mesure que je présenterai les activités...

À bientôt ! :-)

jeudi 17 juillet 2014

En ce moment, nous lisons/écoutons (07/14)

Louiselle, 2 ans, lit :


- Tout en haut, Mario Ramos, L'École des Loisirs, 2009.

Euh, en réalité, en ce qui concerne les lectures de Louiselle ce mois écoulé, j'aurais pu me contenter de cet album. Dès la première lecture, la Damoiselle a été enchantée. L'a réclamé 10 fois par jour - et plusieurs fois de suite. Et a fini par le connaitre par coeur et à le réciter comme une grande (stupide que je suis de ne pas l'avoir enregistrée !).

Tout en haut est composé de phrases simples (qui se répètent souvent) et d'onomatopées (qui changent en fonction de l'animal considéré). Le scénario, épuré, est à la porté des tout-petits comme seules les narrations teintées d'absurde peuvent l'être. Comme tous les grands livres, il permet plusieurs niveaux de lecture - je ne suis pas sûre que mes enfants aient vraiment compris la chute, mais moi, oui, et je peux vous dire qu'elle est digne d'un conte zen ! ;-)

Je recommande - et Louiselle aussi ! Nous le réemprunterons très souvent à la bibliothèque, c'est sûr !


- Go escargot go !, Elena et Jan Kroell, Rouergue, 2014.

Je dois avouer que cette pépite est surtout un de mes coups de coeur à moi, et qu'en grosse fan des seventies, j'attendais sa parution avec impatience !

Bon, vous vous direz : "Les années 70 ? Oui, cela se voit tout de suite au design...".

Et bien CE design emblématique, ce sont Elena et Jan Kroell qui l'ont inventé ! Si !

Bonne nouvelle : mes enfants l'aiment beaucoup. Louiselle est très sensible au rythme et à l'énergie du texte (qu'il faut lire sur un ton de commentateur de match de foot...) et guidé par quelques questions, Antonin a su exprimer le décalage entre le texte et l'illustration... Toute la saveur de ce petit album sera perçue un peu plus tard... Encore une fois, c'est un bon album, qui s'adresse donc à tous les âges !


- Le Spectacle, Audrey Poussier, "Loulou & cie", L'École des Loisirs, 2008.

Je crois qu'une grande passion est en train de naitre, sous notre toit, pour les albums d'Audrey Poussier... Chez elle, tout est frais : le trait, le texte, et l'amitié en toile de fond. Le dialogue fait office de narration ; une excellente occasion pour l'adulte de s'exercer à changer de voix pour faire vivre les personnages et aider l'enfant à accéder au sens. Point trop de mots, et toujours en étroite connection avec les illustrations, incroyablement expressives. L'album cité ci-dessus est assez représentatif de ce talent : en quelques pages, vous allez passer du rire aux larmes, puis des larmes au rire, c'est certain !! :-)


- Quand j'étais dans le ventre de ma mère, Didier Lévy, Yves Got, Albin Michel Jeunesse, 1998.

J'avais acheté cet album pour préparer Antonin à la naissance de sa petite soeur, et aujourd'hui c'est la lecture de prédilection de Louiselle lorsqu'elle siège sur son pot. Ce qu'elle préfère, c'est se le raconter elle-même ; chaque phrase du texte, poétique et musical à souhait, commence par la formule répétitive : "Quand j'étais dans le ventre de ma mère...". Louiselle baraguine cette longue proposition à sa façon, mais on y retrouve le rythme et la rime, c'est sûr ! ;-)

Je suis beaucoup moins enthousiaste face aux illustrations de cet album, qui, à une ou deux trouvailles près, ne réflètent pas du tout la profondeur du texte. Rhââ, ces aplats grossiers et ces contours épais, ces visages de clowns grimaçants... Bof, bof. Bon, de toute façon, le personnage que Louiselle préfère, c'est le chat, et elle a raison, c'est encore lui qui a la meilleure bouille ! :-D


- Abracadanoir, Nathalie Laurent, Soledad Bravi, "Loulou & cie", L'École des Loisirs, 2008.

Voici ma dernière découverte - merci la bibliothèque ! Je n'avais jamais entendu parler de ce titre, et l'ai emprunté un peu par hasard... à moins que ce ne soit un des enfants qui l'ai glissé dans notre sélection ? Je  ne sais plus...

Bon, Soledad Bravi, on ne la présente plus, on aime ou on n'aime pas, mais je pense qu'elle a marqué son époque - c'est-à-dire, la nôtre. Trait épais, figure réduite à l'essentiel, un "gros quelque chose" de tendresse et d'humour... C'est léger, sans prise de tête, efficace.

Quant à Nathalie Laurent, personnellement, je n'en avais jamais entendu parler, mais à présent, son nom est ancré, croyez-le. Le texte de cet album repose sur une idée - une bonne idée. Laquelle a su être développée avec beaucoup de rythme, de poésie et d'humour... Quoiqu'il me semble que tout cela s'essouffle un peu lors des trois dernières phrases, mais je suis sans doute mauvaise langue...

Mes deux enfants raffolent de ce livre - qui, vous l'avez compris, aide les petits à braver la crainte de l'obscurité - et se disputent pour savoir lequel l'aura dans sa bibliothèque personnelle...

Antonin, 3 ans et demi, lit :


- Au pied de ma lettre, Virginie Deverson-Otwinoski, Coralie Saudo, Mille Pages Editions, 2013.

Voilà l'histoire : lorsque j'avais feuilleté ce livre en librairie il y a quelques mois, j'étais tombée sous le charme, tant et si bien qu'à la reflexion, j'ai fini par commander cet ouvrage que je ne trouvais plus nulle part. Mais une fois rentrée à la maison, j'ai ressenti une légère déception. D'abord et surtout parce que les illustrations sont plus grossières que dans mon souvenir et qu'il leur manque indéniablement quelque chose pour exprimer vraiment. Ensuite parce que l'expression "Au pied de ma lettre" qui ponctue le texte, est en fait un peu allambiquée et obscure, sans lien réel avec le sens de la phrase qui suit (et essayez donc d'expliquer l'expression "prendre au pied de la lettre" à un bonhomme de 3 ans et demi qui est en plein dans sa phase "Ça veut dire quoi... ?"). Enfin, parce que le principe (excellent !) de cet album, qui cherche à illustrer chaque lettre par un objet dont la forme rappelle celui de la lettre en question (Le "A" devient Abri sous forme de tipi triangulaire, le "C", Croissant dans l'assiette, etc.), fait parfois des entorse dommageable à la phonologie : l'auteure choisit l'Oeuf pour représenter le O... lorsqu'elle aurait pu opter pour une Oreille ou une Orange...

Bon, cela n'est pas grave. C'est l'occasion de parler - en passant - du "e dans l'o"... Et puis, des abécédaires, on n'en a jamais trop, alors... :-)



- Le Pestacle, Ilya Green, Didier jeunesse, 2010.

Attention, je vais crier au coup de coeur, vous êtes prêts ? :-)

COOOOUUUUUUUUP DEEEEE COEEEEEEEUUUUUUR !

Ah, ça fait du bien. Bon, j'adore Ilya Green, et j'adore cet album. Tout y est, le dessin parfait (qui me rappelle très clairement une illustratrice de mon enfance, mais comment s'appelait-elle ?), les motifs japonisants, la touche de féérie (le chat géant, les fourmis-copines...), mais surtout : Ilya Green fait parler l'enfance, et ce, très naturellement. Le texte est un dialogue entre les jeunes protagonistes, et en le lisant, vous trouverez tout de suite le ton. C'est direct, limpide, et ça nous rappelle quelque chose... Ah, oui : l'enfance.

Emprunté à la bibliothèque, je me suis dit, à la première lecture, qu'il s'adressait à des enfants plus grands ? Antonin n'est jamais allé au cirque, et il n'a jamais joué à la marchande. Mais il n'a pas lâché ce livre du mois, et a demandé à ce qu'on lui lise tous les jours !


- Au lit, Léo !, Sébastien Braun, Michelle Nickly, Albin Michel Jeunesse, 2009.

Un album sans prétention que le Damoiseau a beaucoup aimé. C'est bien écrit - et bien traduit -, les illustrations sont toutes douces. Ça sent le vécu, et la chute fera sourire les parents que leurs enfants ne laissent pas dormir... Ici, le petit garçon se relève la nuit pour rejoindre Papa et maman dans leur lit. Si vous êtes dans cette situation, je ne suis pas sûre que la lecture de cet album ait un effet magique sur le comportement de votre enfant, mais vous pouvez essayer : tout est bien qui finit bien, à la fin, Léo apprend à rester dans son lit. On se demande un peu comment, mais la morale est sauve.



- Grosse colère, Mireille d'Allancée, L'École des Loisirs, 2000.

Bon, c'est un tel classique qu'on ne le présente plus. Je l'emprunte régulièrement à la bibiothèque (tiens donc, on se demande pourquoi ?) mais Antonin n'avait jamais, jusqu'à présent, manifesté le moindre intérêt pour cet album. Mais ces dernières semaines, il l'a beaucoup repris, et s'est vivement intéressé à l'allégorie de la colère, la manière dont elle grandit pour prendre toute la place avant d'être maitrisée par le protagoniste. Je continuerai de louer fréquemment cet album !



- Apprends-moi les chiffres, Franscesco Pittau et Bernadette Gervais, Seuil Jeunesse, 2005.

Mon dernier achat, dont je savais qu'il allait beaucoup plaire au Damoiseau. Bingo. C'est presque trop facile, puisqu'il s'agit de dénombrer des éléments jusqu'à 9, et de mémoriser l'écriture des chiffres par analogie avec des éléments naturels (le 6 évoque la queue enroulée du loir, le 8 un bonhomme de neige...). Mais les trois dernières pages apportent un vrai bonus, qui donnent à voir de grandes quantités d'éléments (10 flocons sur une double page, puis 100, puis 1000 !). Il ne s'agit plus ici de dénombrer, mais d'appréhender de grandes quantités d'un seul regard. C'est fascinant pour tous les âges.

Je lis :




- Le maitre du haut chateau, Philip K. Dick, Jacques Parsons, J'ai lu, 1970.

La science-fiction, en été, il n'y a que ça de vrai. Ici, le maitre du genre imagine que la Seconde Guerre mondiale a eu une autre issue : les allemands ont gagné et le monde se partage entre deux civilisations : les japonais occupent ce qui fut les Etats-Unis, où ils ont pacifiquement imposé leur culture et développent un amour pour les vieilleries vintage ; les nazis dominent à l'est du monde, et poursuivent leur potilique d'extermination raciale à l'échelle de continents entiers tout en se lancant dans la conquête de l'espace.

Bon, ça n'a peut-être pas l'air, dit comme ça, mais je vous assure, c'est reposant ! :-D


- Simplicity Parenting, Kim John Payne, M. ED., Lisa M. Ross, Ballantine Books Trade Paperback edition, 2010.

Je vous ai déjà parlé de ce livre à plusieurs reprises : lorsque j'ai développé l'envie de le lire, et lorsque je l'ai effectivement commencé, en janvier dernier. Je m'étais dit alors que ce serait le livre de l'année, tant il correspondait à mes préoccupations du moment ! Mais les livres se sont entassés sur mon chevet, et ce livre s'est retrouvé en bas de la pile, inachevé. Je le reprends aujourd'hui à un peu plus de la moitié (chapitre "Rythme") suite au gentil mail de Julie qui se reconnaitra ! ;-)

Merci Julie !! :-)

Nous écoutons :



- La ferme danse, Louise Weeke, Parastou Haghi, Philomèle Jeunesse, 2011.

Encore un achat récent (euh, oui, il faut que je me calme...), suite au  commentaire de Karou à cet article. Mais c'est bien sûr, voilà le disque qu'il nous fallait ! C'est une merveille entre les merveilles ; dès les premières notes, on a envie de danser ; l'écriture est excellente, l'interprétation est parfaite, aussi bien de la part des musiciens (ah, l'hélicon !!), que des petits chanteurs. Les adultes ne se lassent pas de l'écouter, et pour une fois, les textes sont accessibles aux très jeunes enfants. Je crois que c'est la première fois qu'Antonin accède à la compréhension en écoutant un disque ; il connait le refrain des moutons par coeur, et sa petite soeur répète "Dormez ! Dormez !" aux petits poussins du poulailler ! ;-)

Comme dit Karou : un chef d'oeuvre !


- Chansons pour..., "Fabulettes", vol. 1, Anne Sylvestre, François Rauber, 1986.

Un grand classique chez nous. Mais les enfants se sont récemment pris d'amour pour la chanson "Pour ne pas se laver les mains" qui les fait se tordre. Pour les très-petits, je trouve que ce disque est le meilleur de toutes la série des Fabulettes, avec sa série de comptines ancrées dans la situations familières...

Cela me donne une idée : ce serait sympa de lister, à la Waldorf, des petites chansons pour rythmer le quotidien de nos bambins. Que chanter au réveil, au petit-déjeuner ? Quelle chanson pour débarasser la table, pour faire sa toilette ? Etc. Ma culture personnelle ne me permet pas d'avoir une chanson pour chacune de ces petites circonstances, mais peut-être qu'à nous toutes... Vous m'aideriez ?  :-)


- Le carnaval des animaux, Camille Saint-Saëns, Yann Walcker, Marion Billet, Gallimard jeunesse, 2011.

Un emprunt à la bibiothèque. Je voulais voir ce qu'avait dans le ventre cette interprétation que je rencontrais un peu partout sans l'avoir jamais écoutée. Bon, c'est à fuir, à mon sens. L'interprétation, en soi, n'est pas mauvaise. Mais être coupé dans son écoute par le récit ennuyeux des misères du roi Lion au prise avec ses guérisseurs de sujets, c'est vraiment agaçant. Les illustrations du livre sont médiocres ; à aucun moment on ne retrouve l'esprit de l'oeuvre de Saint Saëns. Et ce qui est symptomatique du mépris dans laquelle l'oeuvre originale est tenue : on ne trouve nulle part, ni sur le disque, ni sur le livre, les titres des mouvements de la suite !! Un comble, non ? :-( 

Et vous, que lisez-vous/écoutez-vous ? :-)