jeudi 8 mai 2014

Notre table "de la nature"


Les tables des saisons Waldorf m'ont toujours terriblement séduite, et depuis longtemps j'avais hâte que mes enfants soient assez grands pour pouvoir en confectionner une avec eux. Ce printemps, j'ai cru ce moment venu, mais en cogitant la chose plus concrètement, je me suis aperçue que cela ne nous correspondait pas vraiment, finalement. 


D'abord parce que les créatures magiques telles qu'elfes, gnomes et petites fées n'évoquent rien - mais alors RIEN - à mes enfants. Ce n'est pas que je sois réfractaire à leur en parler, pas du tout. Ils font partie, avec les sorcières, les extraterrestres et autres monstres farfelus, de notre folklore culturel, et ils seront invités chez nous à travers les contes traditionnels ou fantastiques... lorsque l'heure des contes aura sonnée. Ce qui n'est pas encore le cas ici...
Et puis, plutôt que de peupler notre table de petites figurines, je préfère encore n'y mettre que du vrai, du vivant - ou qui a trait, par quelque lien logique que ce soit, à du vivant.

"Bon, alors, est-ce que ça pousse ?"

Ensuite, parce qu'il est inhérent au principe des tables des saisons waldorfiennes qu'elles sont purement décoratives, et que leurs éléments ne doivent pas être manipulés. Aïe. Je ne me vois pas trop arranger avec mes enfants un petit univers magnifique et leur interdire par la suite de jouer avec. C'est ainsi que je vous présentais, dans cet article, la solution d'une lectrice, qui en était venue à créer DEUX tables des saisons : une première destinée à être admirée, et une seconde, rigoureusement identique, qui se prêtait, elle, à la manipulation et s'apparentait alors à un bac sensoriel. Brillante idée, que j'ai songé suivre un instant ! Mais je dois dire que la perspective de fabriquer deux univers semblables m'a vite posé des problèmes purement techniques : je ne disposais pas de deux nids, par exemple, et puis, il est évident que nous n'avons pas assez de place...


Dernier argument, qui me décida à opter pour une autre organisation : je n'ai pas trop envie d'interdire à mes enfants de toucher. Le scientifique touche. Bon, pas n'importe comment, il est vrai. Mais c'est justement un objectif de ma petite proposition : apprendre à toucher précautionneusement, apprendre que l'on risque d'abîmer - voire de tuer, s'il s'agit d'une jeune pousse - si on ne fait pas bien attention. Lorsque j'étais petite, j'avais lu l'histoire d'une petite fille qui savait, avec une délicatesse toute maternelle, déplier les pétales des boutons de coquelicot, et qui les repliait ensuite dans les sépales clos. Si je doute aujourd'hui de la véracité de cette anecdote, je la trouve aussi belle que lorsque j'avais 10 ans, et elle illustre bien le soin infini qu'il faut avoir pour manipuler le vivant. 

Bon, dans le même temps, j'ai attendu que mes enfants soient capables de ne pas tout envoyer balader dès les premières secondes. Je ne garantis pas qu'il n'y aura jamais de gestes déplacés, mais ils sont capables tous les deux de comprendre qu'il faut faire attention, et d'essayer (au moins essayer !) de se retenir de ne faire n'importe quoi. :-)

Sur notre table "de la nature" (c'est ainsi qu'on l'appelle), il y a donc :


- Et bien d'abord, il y a, accrochée bien bas au-dessus de la table, une oeuvre d'Antonin, réalisée à partir des plantes sèches inutilisées issues de cette activité-là (oui, oui, les pâquerettes à queues trop courtes, par exemple). Ça n'a l'air de rien, mais en plus d'utiliser les chutes, ça plante le décor. Et puis, comme j'aime si bien le dire : moi, je n'ai rien fait, c'est l'enfant qui a composé ! ;-)


- Ensuite, il y a notre modeste collection de pommes de pins. Enfin, "cônes" de pin, comme on dit en botanique. Qui en fait, ne sont pas forcément "de pin", mais parfois "d'épicéa" ou "de séquoïa". :-)


Chaque spécimen est rangé dans une barquette séparée, et doté d'une étiquette portant nom et image. Je tiens à l'écriture, même si mes enfants ne savent pas lire ; car chaque chose porte un nom, n'est-ce pas ? Et l'image permet à l'enfant de mettre en paire chaque étiquette avec son cône - Antonin aime beaucoup cette activité.


- Notre nid a trouvé naturellement sa place... dans un bol... :-)


- Un petit bouquet, c'est indispensable, et "ça ne mange pas de pain", comme on dit... Pas besoin d'essences faramineuses... Ici, une poignée de feuilles d'ail des ours, odorantes mais non comestibles à cette période de l'année - il faut les récolter avant floraison, et à présent, c'est trop tard ! ;-)
(Oui, car, j'ai trouvé un "coin" à ail des ours au cours de nos promenades, et nos soupes vont avoir bien du mal à s'en passer d'ici le printemps prochain !)  :-)

Ce petit bouquet est prétexte à bien des compétences pratiques : changer l'eau tous les jours, renouveler le bouquet tous les deux ou trois jours (à l'heure où je vous écris, des boutons d'or mêlés de pâquerettes ont d'ailleurs pris sa place...).


- Un petit pot de jeunes pousses. Ici encore, ce petit pot tout bête est le résultat d'une série d'actions menées par les enfants. Et ici encore, le résultat ne vaut que parce qu'une série d'actions ont mené à lui. Et le processus vaut au moins autant que le produit "fini"...


Damoiseau et Damoiselle ont planté chacun deux graines de radis "à germer". Je ne pense pas que nous ayons un jour des tubercules comestibles, puisque les graines "à germer" sont, d'après ce que j'ai pu observer, sélectionnées pour... germer. Vite et bien. Mais elles s'épuisent vite. Nous verrons. En tous cas, les enfants arrosent dès que la terre est sèche. Ça germera, c'est sûr !! :-)


- Un petit bocal (type "petit pot", vous aviez reconnu) qui ne paye pas de mine, mais qui, une fois de plus, est le résultat d'un processus. Le Papa de Louiselle lui ayant appris à "effeuiller la marguerite", comme dit le poète (... Bon, chez nous, il s'agit de simples pâquerettes, et si la Damoiselle n'a pas du tout retenu la suite complexe : "Un peu, beaucoup...", elle arrache les pétales avec beaucoup d'enthousiasme !!), j'ai proposé aux enfants de récolter les pétales au lieu de les lancer dans le vent, et ça leur a beaucoup plu !


Ici, l'objectif était lexical : ancrer le mot "pétale" (masculin ! UN pétale !), et c'est chose faite ! Je projette de faire varier le contenu de ce petit pot - coeurs, bougeons, feuilles, tiges, racines... en fonction de la partie de la plante dont je souhaite fixer le vocabulaire.


- Un livre "documentaire" : ici le maginifique "Printemps" de Marc Pouyet (Merci, merci, Michloé !!), mais nous varions, en particulier avec des imagiers sur la nature "en général", empruntés à la bibliothèque.

Bon, je vous le dis : ça valait le coup, comme nous l'avons fait, de racheter une table Ikéa rien que pour cela !
:-D

(Et il ne nous reste plus qu'à compléter notre table "de la nature" par un élevage - provisoire - de bestioles bien vivantes... pourquoi pas des escargots, qu'en pensez-vous ? ) :-)

9 commentaires:

  1. Des têtards :) mais les escargots plus facile à trouver et manipuler :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est interdit de prélever tout batraciens. Ils sont tous protégés...

      Supprimer
  2. Superbe ! Moi aussi je trouve que cette table de la nature est plus appropriée (pour les petits en tous cas) qu'une table à visée décorative.
    Sinon, après les escargots et les têtards, je propose des vers de terre !
    Ou bien des pelotes de réjection ! Intéressant à observer aussi...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu m'as donnée une idée

      Les vers a soie

      Supprimer
  3. Pour moi, une table "nature", c'est une table scientifique et les lutins n'y ont pas leur place! A réserver effectivement aux lectures et autres coins jeux d'imagination! Ou à une deuxième table! Quant à l'élevage, moi je ferais une fourmilière! Les escargots, ça demande beaucoup trop de travail d'entretien et de nettoyage à mon goût!

    RépondreSupprimer
  4. Ici on a déjà fait les escargots. On nettoyait tout les jours, c'était assez rapide petite cage (format A4 je dirais). Les fourmis vu sur des forums elles s'entretuent entre elle du coup jamais essayé.

    RépondreSupprimer
  5. Ah l'ail des ours :-) il ne pousse que sur un sol calcaire et en sous-bois... Très bon indicateur de la nature du sol :-) a+, fab

    RépondreSupprimer
  6. Et pourquoi pas un lombricomposteur ? Je trouve ça fascinant et très pédagogique de voir la transformation de nos épluchures en beau compost bien riche, qui peut avoir lieu grâce aux vers même dans une boîte fermée (et même en hiver contrairement au compost extérieur). J'ai fabriqué le mien avec des bacs en polystyrène qu'on trouve chez les poissonniers, ça ne coûte rien et c'est vite fait. Et en plus ça fait un excellent engrais pour les plantes et les légumes.

    Et sinon, moi je mange l'ail des ours même après la floraison, pour quelle raison n'est-ce pas recommandé ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Carine !

      Euh, alors quand je dis que ça n'est pas "comestible" après floraison, c'est faux. C'est juste qu'apparemment les feuilles seraient plus amères et moins riches en nutriments, mais finalement, après une recherche appronfondie, je n'ai rien trouvé qui le prouve vraiment... Disons que c'est la "sagesse populaire" qui le dit, ça vaut ce que ça vaut ! :-)

      Bien sûr, tu ne t'empoisonneras pas en mangeant de l'ail des ours après floraison, et même, ça ne peut que continuer à te faire du bien ! :-)

      Bonne idée, le lombricomposteur !! :-)

      Supprimer