mercredi 12 février 2014

Écouter le silence

"Il faut deux ans pour apprendre à parler, et toute une vie pour apprendre à se taire."
Proverbe chinois.

Un avant-goût de printemps au jardin...

Ce matin, j'ai été réveillée par un concert de chants d'oiseaux. Cela m'a tout de suite fait penser au sujet d'une des dernières méditations de mon cours hebdomadaire, durant laquelle il s'agissait d'écouter le silence. Non pas le silence comme cessation du bruit, extérieur ou intérieur (car la conscience est un mouvement aussi incessant et bruyant que la mer !). La méditation nous recentrait sur ce silence qui n'est pas un produit de la pensée, qui n'est pas une pensée du silence, qui n'est pas une image du silence, qui n'est donc pas un "bruit" produit par l'intellect, mais bien une source de laquelle toute pensée découle. Et en puisant dans ce silence, nous devenions tous les bruits terrestres - le vombrissement des voitures au loin, le tic-tac de la montre du méditant d'à côté, une respiration, une toux, le froissement de l'air, le craquement de la bûche dans le poêle. Chacun des sons environnants nous parvenait avec une acuité similaire, qu'il soit ténu ou sourd, lointain ou proche.

Futur parterre de tulipes

Alors, j'ai écouté ces chants d'oiseaux avec conscience, et je suis devenue, quelques instants, ces trilles dans le crépuscule. Mais très vite, j'ai commencé à réfléchir au silence - ou du moins, au bruit, et la trop grande place qu'il tient dans notre maison.

Future touffe de lis

Nous habitons un bourg à flanc de côteau - ce n'est ni vraiment une ville, ni vraiment un village. Le genre de commune-dortoir dans laquelle les petits commerces sont voués à une mort certaine, et où les gens ne circulent presqu'en voiture. C'est très calme, surtout en hiver. Forcément, c'est désert. Pour moi et les enfants qui passons nos journées ici, c'est le rêve : le bruit d'un moteur de loin en loin, et c'est tout. Ah, si, j'ai un voisin qui fait quelques travaux en ce moment, d'ailleurs, ça me dérange. À part cela, les enfants des autres ne sortent pas dans leurs jardins, les familles vont pour la plupart à l'école en voiture, et seuls les grands sportifs et les adolescents desoeuvrés cheminent sur nos petites routes - à pied ou à vélo. Et comme ce simulacre de population a chassé la plupart des espèces animales qui vivaient là avant, de ce côté là non plus, nous ne sommes pas "pollués" par les brames des cerfs, les hululements des chouettes ou le tambour des pics... Dommage.

Bourgeons d'hortensia

À l'intérieur aussi, les sources de pollution sonore sont tenues en respect. Pas de télévision chez nous, pas de jouets "qui parlent", et je n'écoute plus la radio depuis que je suis Maman. Lorsque je mets de la musique, c'est pour que nous l'écoutions, ou que nous dansions ; j'ai de plus en plus de mal à vivre avec un fond de bruit, tout musical soit-il. Il faut dire qu'en matière de musique, je suis servie : je vis avec deux enfants de 37 et 21 mois, qui, à leurs heures, sont plus remuants qu'un troupeau d'éléphants en fuite hystérique.

Il y a néanmoins une source de bruit qui prend beaucoup trop de place dans nos vie : c'est moi-même.

Future culture d'orties - accessoirement mêlées d'iris

Je suis bavarde, je l'admets. Et en devenant Maman, je me suis mise à solliloquer, ce qui ne m'a pas particulièrement réussi. Je parle beaucoup à mes enfants. Et si je reste persuadée que c'est important ("Parler pour que les enfants écoutent", ben oui, c'est un de mes livres de chevet), je sais aussi que je parle à tort et à travers. J'explique, je verbalise pour moi et pour autrui, et je fais les questions-réponses. Et plus je parle, et moins mes enfants ne semblent écouter. 

Première pousse de menthe

Je dois contamment faire un effort pour me dire qu'en ce qui concerne le verbiage comme le reste, "moins, c'est mieux" en matière d'éducation. Que quelques mots simples sont généralement plus efficaces que de grandes tirades. Et qu'un geste ou un regard valent souvent tous les phrases du monde. Quand je suis centrée sur la qualité de notre communication (c'est souvent quand je suis en train de lire un livre sur le sujet, il faudrait toujours en avoir un en cours...), je suis époustouflée de voir comme mes enfants sont plus posés. Mais la plupart du temps, tout cela relève d'un effort intense. Je dois faire un travail sur moi pour ne pas intervenir au premier grincement de dents entre les deux enfants, mais les laisser régler leurs petits conflits entre eux - la plupart du temps ils passent très vite à autre chose et c'est moi, avec mon attitude d'adulte pacificatrice, qui souffle sur les braises. Ou pour retenir mon mouvement de panique dès qu'un de mes enfants chouine ("Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Dites-moi ce qui se passe ?", le tout hurlé, car forcément, je me trouve à un autre étage à ce moment-là...), alors qu'un simple rapprochement physique suffit à rassurer l'enfant et à comprendre la situation, souvent bénigne. Ou pour renoncer à m'acharner à comprendre Antonin ("C'est ça que tu veux ? Ou ça ? Je ne comprends pas, Antonin, dis-moi, à la fin !!") qui en joue et s'amuse à s'exprimer dans une langue qui n'existe pas - parce qu'il est d'humeur badine et qu'il n'a, justement, aucun besoin particulier. Et je ne parlerai même pas de mes coups de sang (trèèès verbaux) les jours où j'ai tout simplement envie qu'ils ne soient plus là, ou qu'ils soient différents, plus mûrs, plus grands, moins fatigués, moins fatigants... 


Je ne crois pas qu'il soit possible de faire voeu de silence quand on est mère au foyer ?? Quant à tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de l'ouvrir, je n'arrive pas à m'y faire. Mais depuis ce matin et son concert d'oiseaux, j'essaie de faire une respiration apaisante avant chaque prise de parole. Je parle beaucoup moins, et à meilleur escient. Les enfants sont plus réceptifs et j'ai l'impression d'avoir gagné dix ans de vie en quelques heures ! ;-)

C'est toujours ça de pris ! ;-)

18 commentaires:

  1. Comme je me retrouve !!
    Ici aussi plus de radio, de musique "de fond", ... et des enfants souvent bruyants... surtout ma grande qui est une vraie pipelette (après 2ans et demi de silence...) ! J'essaye aussi d'économiser ma salive et mes efforts ;-)

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  2. Ici je parle beaucoup aussi :D
    Le silence ..... Quand on dort ou la sieste l'apres-midi.


    Clotilde tu ne publies jamais les commentaires sur ton blog ?

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    1. Euh si, tu en as laissé qui sont passés à la trappe ? je suis désolée... c'était il y a longtemps ? j'ai vérifié, il n'y a rien en spams ...!

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  3. Ca porte à reflexion comme toujours: surtout le passage qui évoque "le moins pour le mieux". Pour ca merci.
    j'ai aussi la chance d'habiter un village silencieux, si bien que les rares fois ou l'on entend un vehicule passer (tracteur (beaucoup), voiture ou moto) mon 2ans qui commence à pein à dire quelques mots s'arrete, leve le doigt et nous dit "entend" puis designe le vehicule en question, sans se tromper. Il m'epate.

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  4. j'ai oublié: très joli jardin, avec un côté un peu "sauvage (si je peux me permettre) comme j'aime

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  5. Cet article est très intéressant et me donne à réfléchir. Chez nous, la télé n'est allumée qu'à partir de 18h30 quand mon compagnon rentre du travail (si ça ne tenait qu'à moi, on n'en aurait plus depuis belles lurettes de télé). Par contre, il y a très souvent la radio en bruit de fond... Cependant, si on écoute de la musique, c'est soit pour danser et/ ou chanter soit pour l"écouter "réellement". Bref, il faut, vraiment, que je songe à éteindre la radio plus souvent. Le souci, c'est qu'on habite dans un immeuble et on entend plus les voisins que les oiseaux...

    Lola, maman de M. 2 ans et 1 mois, fidèle lectrice qui ne se décide seulement aujourd'hui à poster un commentaire !

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  6. Je suis sensible au bruit (quelle idée d'avoir deux enfants ;-) et en ville c'est une vraie nuisance, donc j'en rajoute pas avec la télé qui sert le weekend pour un film ou en fin de journée pour un court dessin animé posé.
    Autant dire que je remarque et j'apprécie tout de suite le silence et le calme à la campagne.

    Tu poses des mots sur mes interrogations récentes, c'est bien beau de vouloir être zen, pacifique, bienveillante et tout, lorsque je m'énerve ma parole/voix va à l'encontre de ce que je souhaite transmettre. J'y travaille, je cherche l'équilibre entre le ressenti, les convictions, l'action juste.
    Mais bon on est humain :D

    ps: on a la même lecture de chevet et ça ne m'étonne pas!

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  7. comme cette réflexion est intéressante. voilà mes constats en ce qui me concerne:
    je suis calme, je réfléchis beaucoup, je parle peu et je n'aime pas "parler pour ne rien dire", j'aime le silence, j'observe bcp je suis sensible (en émotion et à mon environnement - un beau paysage peut me faire pleurer!).
    ma grande a 4 ans elle parle tout le temps, soit en paroles, en chansons, en sons, en onomatopées,
    mon petit a 15 mois, il ne parle pas et pleure donc. Les deux ensemble c'est donc difficile pour moi.
    A côté de ça nous sommes en ville, en immeuble, mal insonorisé. Je fais donc attention aux bruits que nous faisons (enfin mes enfants font), et je me sens donc jugée là dessus. je rêve d'une grande maison à la campagne avec pleins de pièces et un jardin pour qu'ils vivent!
    quand je suis seule avec mes enfants, je solliloque aussi , j'ai souvent une respiration rapide, je parle aussi intérieurement (enfin râle surtout!) et trop de mots sortent comme je ne voudrais pas. ça fait plusieurs années que je développe la CNV fais du développement personnel, je sens que j'avance mais à mesure que mes enfants grandissent les problématiques évoluent! c'est le travail de toute une vie je pense! que de remises en question!
    merci pour ce billet qui m'amène encore à réfléchir et à avancer!

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  8. Pour ma part, le silence, c'est vital. Surtout avec un enfant autiste dont on n'imagine pas les cris, et les stéréotypies à tout va. Aujourd'hui, j'ai une oreille très abîmée avec des acouphènes régulièrement et une hyperaccousie qui me rend parfois despotique envers mon entourage ( mon mari joue de la guitare et c'est une vraie torture pour moi au bout de 30 min )... Nous vivons à la campagne mais dès qu'un de nos voisins bricole, j' ai les nerfs en pelote:-(
    Je réécoute de la musique avec ma puce quand les grands sont à l'école car j'adore le classique...

    A l'inverse de toi, je ne parle pas beaucoup et j'ai toujours pensé que c'était pour ça que mes enfants parlaient si tard mais l'orthophoniste de mon fils m'a rassurée en me disant que c'était la qualité de la communication qui était importante et non la quantité; alors vive le silence!

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    1. Je te rassure mes enfants ont parlé tard alors que je leur ai toujours parlé même bébé.
      Mon pédiatre m'a toujours dit il garde ça pour eux et après le jour ou il se lance parle mieux

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  9. Comme je me retrouve dans certaines lignes de ce texte...moi aussi je suis si pipelette ! Et combien de fois mon mari m'a dit d'arrêter de me lancer dans de grands discours avec les enfants quand quelques mots suffisent...
    Ici pas de télés ni de radio, mais deux grands bavards devant l'éternel (moi donc, et mon fils : qui parle, raconte, explique, questionne, fait des bruitages de tout) et le deuxième bonhomme qui parle "juste ce qu'il faut", mais qui parle FORT. Mais je sens qu'il faut que l'on apprenne tous à "calmer nos voix", que se soit le début ou le volume ; car nous vivons parfois dans un brouhaha dont nous sommes à nous trois la seule cause...
    Et la respiration apaisante, ça me parle !! :-)

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  10. Clo je dirais une semaine
    Sur les animaux de la banquise je te disais que dans le magazine youpi il y avait ours polaire papo en cadeau

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    1. Oui je m'en souviens, j'ai même répondu...je viens de vérifier, il est bien publié !

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    2. Je dois avoir un problème de mise a jour ;)
      Merci pour la tour rose aussi :)

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  11. Merci pour ce billet qui fait écho chez moi...

    Ici pas de télé non plus, ni radio.
    J'adore le silence et quand je suis seule je ne mets même pas de musique, ça me fait bcp de bien (ya déjà assez de "bruit" dans ma tête avec tout ce qui s'y passe en terme de cogitations diverses et variées !!). Mais du coup je suis assez intolérante sur le bruit des autres...les voisins (ici idem que plusieurs commentatrices : immeuble de ville mal insonorisé) et mon mari, je suis un peu extrémiste sur les bords du coup...

    Mais Matinbonheur dans son comm' me fait réaliser qu'ici aussi lorsque je m'énerve, ça colle pas du tout avec ce à quoi j'aspire tant, et il y a là une réelle incohérence en effet !! A travailler, donc...

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  12. Comme toi Elsa j'essaie d'être efficace dans ma communication avec ma fille, dans le sens éviter de "parler pour ne rien dire", en dire moins pour le dire mieux, etc. C'est vrai que ça demande un effort et une maîtrise mais il est clair que ça vaut le coup pour que nos enfants ne soient pas noyés dans un flot continu.
    Après, c'est sûrement facile avec un enfant, moins avec 2 et plus...

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  13. Mes commentaires le montrent sans doute : je parle beaucoup (trop!) moi aussi...mais je m'applique à moins le faire avec ma fille. Je répète ses phrases pour lui montrer que j'ai compris (sans quoi elle répète encore et encore pour être sure d'être entendue!) en rectifiant si il y a besoin (mais sans le souligner!).
    Le reste du temps,j'essaie de montrer par l'exemple et d'éviter les longs discours...
    Je vois bien quand elle décroche alors, je compte les mots!
    Elle fait comme Antonin, elle invente des mots ou en transforme certains pour m'agacer (elle a bien vu que ça marchait très bien!)...là aussi, j'essaie de me taire et de ne pas relever....au prix d'un effort considérable!!!

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  14. Et pour le reste des "bruits" : idem, plus de radio depuis que la gommette parle (je l'écoutait encore quand elle était bébé), pas de télévision (seulement un film ou 2 en soirée le weekend), 1 ou 2 disques dans la journée pour danser, chanter ou écouter. La campagne et rien autour...les tracteurs donc et le bus de transport scolaire 8 fois par jour (c'est une sorte d'horloge pour moi!)
    Reste le téléphone: c'est ce qui m'énerve le plus...je ne répond plus toujours mais je ne peux l'empêcher de sonner.
    Je dois rester joignable en tant qu'assistante maternelle mais si ça ne tenait qu'à moi, nous n'en aurions plus!

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