jeudi 31 janvier 2013

Jeux de mains...

Attention ! Le premier qui, après avoir lu le titre de cet article, dira : "... Jeux de vilains !" se fera huer !! :-)

Illustration de Philippe Dumas, Enfantines, p. 91

Maria Montessori n'a pas, à ma connaissance, théorisé sur ces petites formulettes enfantines que l'on mime avec les mains (corrigez-moi si je me trompe, ah, cette fichue absence d'indexage de ses oeuvres !!). Elle aurait pu le faire, tant il est vrai que pour elle la main est l'instrument de l'intelligence. Et ce qu'on appelle traditionnellement "les jeux de doigts" sont de merveilleux vecteurs d'apprentissage. Non seulement ils inscrivent l'enfant dans une tradition culturelle, structure son langage et affine son schéma corporel, mais ils sont, plus spécifiquement, d'excellents introducteurs à l'exercice du dénombrement ou de l'écriture, puisqu'un de leur premier objectif est de muscler mains et doigts et de perfectionner les gestes fins.

En ex-bébé signeur, Antonin est habitué à parler avec ses mains. Je dis "ex-bébé signeur"  car, quoiqu'il signe toujours, il ne le fait plus avec autant de bagou que l'été dernier (je me souviens qu'il avait beaucoup amusé et étonné les invités au mariage de mon frère par ses longs discours gestuels ! Nous n'en sommes plus là aujourd'hui), et je dirais que sa propension à utiliser les signes décroit en proportion de ce que son lexique s'accroît. Mais même quand il signait beaucoup, Antonin a toujours déformé les signes, n'utilisant pas forcément le bon doigt, ne plaçant pas forcément sa main correctement... Il y a des apprentis-parleurs qui produisent immédiatement les "bons" mots, sans les déformer... En est-il de même pour les apprentis-signeurs ? Je l'ignore... Si vous avez des témoignages...

Ces observations que j'ai menée sur mon fils, mais aussi sur des élèves de TPS/PS, m'ont à nouveau convaincue de l'importance d'une progresion rigoureuse dans l'apprentissage des comptines enfantines : avant les jeux de doigts à proprement parler, je préfère proposer des jeux qui engagent la motricité de toute la main, et qui vont exiger, petit à petit, des gestes de plus en plus précis, de mieux en mieux maitrisés.

Je voulais aujourd'hui vous communiquer les "jeux de mains" que je chante et mime avec Antonin. Je me suis largement inspirée de mes chères Enfantines, mais aussi de ce très bon petit livre (cadeau de mon amie Lucie, merci à toi !) qui a sur le premier l'énorme avantage... de fournir un disque !  ;-)

Voici donc quelques petites comptines progressives, qui mobilisent toute la main dans des mouvements variés :

1. Pomme de Reinette et pomme d'Api
L'enfant s'approprie très vite le mouvement de va-et-vient des deux poings l'un sur l'autre, même s'il peut le faire maladroitement au début. Le poing clos, le geste proche du corps, favorise une concentration sur soi-même et son action.

2. Dansons les belles mains
Vous pouvez écouter cette chanson ici.
Cette fois, les mains s'éloignent du corps et se projettent devant lui. Il s'agit de faire, en fait, le mouvement des "Petites marionettes" (rotation des poignets) pendant toute la chanson.

3. La belle menotte
Vous pouvez écouter cette chanson ici.
De même, il s'agit du mouvement de rotation des "Petites marionnettes". Mais cette fois, on alterne une main puis l'autre (on change à chaque phrase). Il s'agit bien de dissocier les deux mains, et de commencer à préparer la latéralisation. Sur la dernière phrase : "Ah, la belle menotte à l'enfant !", une main peut venir caresser le dessus de l'autre.

4. Ainsi font font font
Suite logique, puisqu'il s'agit du même mouvement de base, que d'autres, plus complexes, viennent enrichir. L'enfant explore les différents plans. Le plan vertical (rotation des mains devant soi) alterne avec le plan horizontal (les moulinets des mains). On fait les gestes devant soi, et aussi derrière soi, puisque les mains vont se cacher derrière le dos.

5. Le monde qui bouge
Vous pouvez écouter cette chanson ici.
Sur "Le monde qui bouge/Dors mon cheval rouge", les mains s'agitent doucement comme pour dire "Au revoir". "Monde ne fait rien/Dors mon cheval brun" : les mains se rapprochent et les doigts s'entremêlent. "Et le petit dormira dans son lit" : en gardant les mains croisées, on imite la forme d'un berceau qu'on balance doucement. Lors de la reprise de la dernière phrase, on réunit les deux mains à plat sous une joue en inclinant la tête vers l'épaule, comme pour imiter quelqu'un qui dort.
Comme la précédente, cette comptine permet de faire travailler les mains dans leur globalité, en insistant sur la coordination et l'harmonie du geste ; elle permet une première conscience des doigts grâce à l'entrecroisement.

6. Un gros chat gris dormait


Cette comptines est parlée. Les deux mains sont en interaction, les gestes s'affinent (les mouvements des doigts entrent en jeu).

7. Au cluguet, tiroluret
Vous pouvez écouter cette chanson ici.
Pendant toute la chason, l'index frappe la paume en cadence. L'enfant commence donc à distinguer un doigt. Sur le dernier mot de la comptine ("dé"), la main se re-ferme sur l'index qui la touche. Avec un enfant plus grand, on peut faire ce jeu à deux, où l'un des adversaires essaie d'attraper l'index de celui qui en frappe sa paume.

8. Bonjour, petit pigeon blanc
 

Cette comptine, parlée, reprend la distinction de l'index d'avec les autres doigts, mais en l'intégrant dans une suite de gestes plus complexes impliquant la coordination des deux mains.

9. Monsieur Poisson se promène


Cette comptine est parlée également, et très agréable à réciter, d'ailleurs. N'hésitez pas à théâtraliser la petite bulle qui monte, qui monte, qui monte... !! Le geste fait se joindre l'index et le pouce ; l'enfant distingue alors deux doigts, c'est un exercice préliminaire à la pince à deux doigts.

Seulement 9 comptines ? Ça n'est même pas un chiffre rond... Et je n'ai pas parlé de "Meunier tu dors", "Les petits poissons dans l'eau" (la comptine préférée d'Antonin !), et autre "Dérouler le fils", qui sont du même niveau de progression.

Mais je vous en réserve une 10e, qui permet de faire la synthèse de toutes celles-ci, pour le printemps prochain, en lien avec un projet "arts plastiques" ! J'aime faire durer le suspens !! ;-)

N.B. À mon sens, le bon rythme d'apprentissage pour cette tranche d'âge est d'une comptine par semaine, pas plus...

Arrgg ! Mon bébé se met debout !

Ah, mais qui disait que le plus difficile, quand nous faisons le choix de la liberté motrice, c'était de ne pas intervenir ???

Et quand je vois ça, moi, je fais quoi ??!! 


Au secours ! Mon enfant se hisse sur ses deux jambes !! Au secours, vous dis-je, elle va tomber, et si elle tombe, c'est bien simple, elle va se rompre le cou, elle mesure au moins... oh, oui, au moins TOUT ÇA de centimètres !! Help ! Que faire, que faire ???

Ah ben tiens, je vais prendre quelques photos, ça va me détendre...


Et qu'elle lâche même une main, cette
tête brûlée ! TIENS-TOI, mais enfin,
TIENS-TOI !!!!!!!!!!!!!

Ah, en fait, la Damoiselle sait parfaitement comment sortir de ce "mauvais pas", si j'ose dire : en souplesse. Ouf, j'avoue que j'ai douté, l'espace d'un instant... Et que je n'étais pas loin quand même...

Moi sinon ? Je suis la désinvolture même. Pas stressée pour deux sous. Non, non. ;-)

Et toujours pas d'appareil photo convenable... Dans un moment pareil, ah, j'vous jure... :-(

mardi 29 janvier 2013

Papivore

Si j'en crois les commentaires de Fanny et de Johanina dans cet article, ma fille est loin d'être le seul bébé papivore de la terre... Et ça n'est pas une façon de parler, car je peux vous apporter aujourd'hui la preuve qu'à l'autre bout du monde aussi, les tout-petits ont décrété que le papier, avec son bruissement sonore, ses encres toxiques et ses fibres qui collent au palais, c'était une expérience sensorielle délicieuse...

Figurez-vous que pendant que je changeais des couches à tour de bras (plus la Damoiselle a une alimentation solide, plus cette activité prend de place dans ma journée, c'est fou...), mon homme, mon époux bien-aimé et père de mes enfants, se baladait nonchalament en contemplant ce genre de choses :


Et oui, la Corée. Je suis bien évidemment morte de jalousie, mais je ronge mon frein en me disant que dans quelques années, c'est le genre de voyage que nous ferons en famille !

Bon, ce qu'il y a de bien avec ce type de séparation, ce sont les retrouvailles.  Je sais qu'il y a des enfants qui boudent leurs parents après une longue absence, mais ce n'est pas le cas des miens !! La Damoiselle a tout de même pris quelques secondes pour "remettre" ce visage ("J'ai déjà vu cette tête-là quelque part..."), mais considérant que 10 jours d'absence représentent environ 1/25e de sa vie, on ne peut lui en vouloir... 

Et ce qu'il y a de bien, dans les retrouvailles, ce sont les cadeaux. Ben si ! ;-)  Bon, chez nous la tradition veut que les cadeaux que l'on rapporte soient des cochonssetées collectées dans les magasins type "Foire-Fouille" du pays visité. En fait, nous profitons de nos voyages pour rapporter des cochonssetées que nous n'acheterions jamais en France !! La culture populaire, y'a que ça de vrai !! Donc, au milieu des barres snack à l'asiatique (pour moi !) et des petits véhicules en plastique (pour Antonin...), se trouvait cela :

Recto

Verso

Cela, c'est donc le cadeau made in Corea pour Louiselle, une authentique feuille de papier journal en tissu, spécialement destinée à être machouillée et secouée (elle bruisse et crisse comme il se doit). Admirez le réalisme de l'objet, qui reprend la structure d'une vraie feuille de chou coréenne - même les petits encadrés "pub", en bas à l'horizontale, qui ici vantent d'autres jouets pour bébé de la gamme. En fait, à bien y regarder, TOUTE la page n'est qu'une large publicité... pour l'objet lui-même, ce fantastique papier pour bébé ! Et si vous êtes vraiment attentif, vous lirez l'argument suprême... oui, là, ces petites vignettes à gauche du gros titre : 


Oui, donc : grâce à ce jouet spécial, votre enfant ne saccagera plus les revues érotiques de son papa...

Avouez que c'est super class, comme argument, non ? Et convaincant avec ça...

;-)

PS : Louiselle adore son journal coréen ! Mais rassurez-vous, elle ne boude pas les cartons et vrais papiers à recycler pour autant !! ;-)

lundi 28 janvier 2013

Liberté motrice

 
La liberté motrice et nous, ça a commencé sans qu'on s'en aperçoive. Si, je vous assure. Je me souviens, Antonin avait 4 mois, et en jeune Maman consciencieuse, je l'emmenais chez la pédiatre tous les mois (! *). Et cette fois-là, je me suis faite enguirlandée parce que le Damoiseau, posé sur le ventre par le médecin, avait eu l'air légèrement surpris (et très vexé) et que ses piètres tentatives de redressement n'avaient pas du tout convaincu la Dame.

"Mais il faut le mettre sur le ventre !", m'avait-elle expliqué. "Sinon, il ne se redressera jamais !!"

Ah ? Bon. Personne ne nous l'avait jamais dit, voyez-vous, et les livres de puériculture que nous avions essayé de lire nous avaient tant ennuyé que nous n'avions pu les mener à bien. Alors, bon. Si la Dame le dit... Nous avons mis Antonin sur le ventre, quelques minutes par jour, histoire qu'il "s'entraîne". Nous ne le "sentions" pas, mais nous, hein, nous ne sommes que des parents, on ne sait pas, n'est-ce pas ?

Quatre jours plus tard, je découvrais L'éveil de votre enfant de Chantal de Truchis. Tiens, c'est drôle, en fait, il existe des manuels de puériculture qui sont absolument passionnants. 

Et nous avons cessé de placer Antonin sur le ventre.


Louiselle, quant à elle, a hérité de tout notre cheminement : elle ne connait ni lit à barreaux, ni transat, et le parc n'a servi qu'à la protéger des caresses trop brutales de son frère pendant les premiers mois de sa vie ; dès qu'elle a su "faire l'horloge" (et se défendre), nous l'avons ôté. Comme nos enfants sont d'âges rapprochés, notre appartement est resté tel que nous l'avions aménagé pour Antonin quand il commençait à toucher à tout. Je dois avouer que nous nous posons beaucoup moins de questions pour la Damoiselle, tout parait tellement plus simple à présent...


Simple ? Non, en réalité, pas vraiment. Chaque nouvelle acquisition motrice apporte sa gageure. "Élever" un enfant ne serait pas le voyage intérieur que cela est, sans cela, n'est-ce pas ? Tenez, par exemple : depuis peu, Louiselle a appris à entrer et à sortir de son lit. Elle s'y entraîne toute la journée avec beaucoup de plaisir. Mais voilà : du coup, quand elle estime que nous la couchons trop tôt, elle se relève. Confinés tranquillement dans notre chambre, nous voyons soudain notre porte, restée entrouverte, s'ouvrir en grand, et nous entendons le petit "pata-clop, pata-clop" du quatre-patte contre le parquet... Nous nous penchons... La Damoiselle est là, silencieuse et attentive, la bouche en bouton de rose, qui expire avec bruit en signe de mécontentement ("Ah, vous pensiez vous débarrasser de moi ??") et les yeux bien ouverts...

Alors, oui, je ne dis pas : on tâtonne, partagé entre la fierté ("Elle sait en faire des choses, quand même, notre fille, quelle autonomie !" ) et l'agacement ("Mais c'est-y possible d'avoir 5 minutes à soi dans cette maison ??"). Nous la recouchons, plusieurs fois ; parfois Louiselle décide de se plaindre sans bouger de son lit, notez-le. Et parfois elle en sort sans  se plaindre... ;-) Nous nous adaptons. Pas de recette miracle. Certains soirs de grosse fatigue, nous barricadons son lit de coussins (mais il est rare que cela la bloque pour de vrai) ; d'autres soirs, je m'allonge près d'elle, ou la berce. Parfois même, nous la laissons pleurer seule cinq minutes, parce que oui, il y a des soirs où on a l'impression de ne pas avoir dormi depuis 10 nuits (mais est-ce vraiment une impression ?), et d'ailleurs, si vraiment elle a besoin de nous venir nous voir, elle le peut, à présent, n'est-ce pas ? Et il y a aussi de ces jours où la Damoiselle y met de la bonne volonté, s'endort comme un ange et s'éveille de même, et durant lesquels on est sûr d'avoir fait le bon choix... Et ces jours où NOUS, parents, y mettons de la bonne volonté, en nous disant qu'en protestant ainsi avec son corps, elle fait l'expérience de la fatigue, et qu'il est bon de ne pas la couper de ses sensations... Mais Louiselle est dans l'ensemble une bonne dormeuse, et nous, nous avons appris à accepter que nous n'avions pas la science infuse...


C'est peut-être cela, le vrai revers de lliberté motrice de l'enfant :  le renoncement de l'adulte à sa volonté de contrôle. Accorder la liberté motrice à son enfant, c'est apprendre doucement à abandonner une relation basée sur la domination, à faire véritablement confiance à l'enfant, à son rythme de développement propre. C'est intégrer petit à petit que les apprentissages de notre enfant se font en leur temps, harmonieusement, et d'autant plus si notre attente est sereine - et discrète.


Si je pouvais témoigner, et dire à quel point je suis convaincue de ce que la liberté motrice apporte à mes enfants ! Leur schéma corporel se construit avec une précision ahurissante, ils ne se sont jamais cogné sur les angles de la table basse (pourtant très à portée), ne se sont jamais coincé les doigts dans les portes (la passion de Louiselle en ce moment : pousser les battants de porte...), se faufilent sous (ou se hissent sur) les tables et les chaises avec une grande agilité. Ils ne se placent jamais d'eux-mêmes dans des postures dangereuses qui les mettraient en danger et ont une conscience fine de leurs possiblités. Face à un problème ("Comment sortir de mon lit alors que ces roublards de parents l'ont enserré de coussins ?"), ils l'affrontent avec logique et créativité. Leurs ressources sont en eux-mêmes, dans leurs gestes et toute cette intériorité qu'ils savent exploiter à présent.

Voici pour terminer une petite vidéo sur le sujet. Un grand merci à Chloé pour ce lien dans son commentaire à cet article ! Je vous encourage vivement à la regarder, c'est un grand bonheur. Et cette bougeothèque ! Quel lieu exceptionnel, pour son équipement de rêve, oui, mais aussi pour ce regard et ces mots des adultes encadrants sur les acquisitions motrices des enfants !! Cette capacité d'émerveillement qu'ont ces femmes, cette finesse dans l'observation ! Voilà qui m'a regonflée à bloc, je dois dire... Avez-vous vu cette séquence où un petit crapahuteur évolue sur une poutre à quatre pattes ? À un moment, sa mère le touche parce qu'elle le trouve trop près du bord. L'enfant descend de la poutre et cesse immédatiement ses explorations. Et oui, la non-intervention est vraiment quelque chose de difficile à respecter ! C'est une attention de chaque instant... Je m'efforce souvent d'imaginer que mes enfants, lorsqu'il sont en pleine action, sont dans une bulle infranchissable : cela m'aide pour ne pas "empiéter" sur leur sphère corporelle, ne pas leur prendre un objet des mains, ne pas rectifier leur posture...

Vraiment, regardez ce petit film ! Et faites circuler ! ;-)


(*) : Louiselle, elle, ne va chez le médecin que si nécessaire, et pour les visites obligatoires. Et ai-je besoin de préciser que nous avons changé de pédiatre depuis ça ?

samedi 26 janvier 2013

Histoire de courge

(Antonin a 25 mois)



L'imagier des fruits et légumes que j'ai confectionné pour Antonin commence à être très fourni ! Pour réaliser ce dernier, j'ai légèrement modifié ma technique : lassée de ce que les imagiers d'aliments les représentent tous pêle mêle sans égard pour la saison (pouvez-vous me dire ce qu'évoque une  cerise à un enfant de 15 mois qui, né au début de l'hiver, n'en a de ce fait jamais mangé ?), j'ai décidé de présenter les images une à une au fur et à mesure que nous découvrions les fruits et légumes véritables dans notre cuisine. De ce fait, j'ai dû renoncer à légender cet imagier, ne sachant pas vraiment à l'avance dans quel ordre ils seraient introduits. Si j'achetais pour la semaine, disons, des endives, des betteraves et des navets (oui, oui, c'est l'hiver...), je préparais à l'avance ces trois photos et les montrais à Antonin, en lien avec l'objet réel, au moment où je m'apprêtais à les cuisiner. J'essaie de dégoter des images montrant le fruit ou le légume en son entier, et si possible qui en présente également une coupe : le chou rouge tout neuf change légèrement d'aspect une fois qu'on l'a entamé... ;-)

Hier, Antonin choisit cet imagier dans sa bibliothèque et me demande de le regarder avec lui. Je suis toujours étonnée, car à chaque fois, il a emmagaziné de nouveaux mots depuis la précédente lecture. Quant aux mots qu'il ne sait pas encore produire spontanément, il s'applique à les répéter après moi avec une exigence déconcertante, recommençant jusqu'à ce que sa production le satisfasse ! ;-)

Hier, donc, après avoir passé en revue salades, noisettes et autres poires, nous arrivons à la page de la courge. Bon, j'attends un peu avant d'introduire les sous-espèces telles que potiron, potimarron, butternut etc. Pour le moment, la courge est une courge. Le Damoiseau sèche un peu, je l'aide : "Courge !". Il répète consciencieusement plusieurs fois : "Courge, courge...", reprend son inspiration, et lance un dernier et triomphal "COURGE"... en pointant du doigt les fesses de sa soeur, très en vue à ce moment-là, puisque la Damoiselle s'évertue justement à descendre du lit de son frère, dans une posture de V renversée que nous lui connaissons bien.

Euh... Courge ?? Quelqu'un peut-il me donner une explication plausible à cette association qui respecte l'intégrité de la Damoiselle et de son adorable petit derrière ? :-D

vendredi 25 janvier 2013

Mises en paire : progression

(Je m'excuse du fait que cet article soit très peu - et fort mochement - illustré... Je suis toujours sans appareil photo potable... Dé-so-lée...)

Un des maîtres-mots de la pédagogie Montessori pourrait être "progressivité" : C'est grâce à une progression rigoureuse que l'éducateur permet à l'enfant d'isoler la difficulté, et donc de la traiter efficacement. Certains enfants vont passer très vite les étapes qu'on a dissociées pour eux, d'autres vont avoir besoin de temps pour intégrer chaque d'elle.

Le travail de mise en paire est un incontournable des activités montessoriennes. Il enrichit le vocabulaire, latéralise et participe à la coordination des gestes, développe l'acuité visuelle, ainsi que la pensée logique. C'est un exercice qui se situe donc à la frontière des deux grands domaines d'apprentissage que sont le langage et les mathématiques.

J'ai fait quelques recherches concernant la progression montessorienne qu'on propose à l'enfant dans ce travail de mise en paire. Il me semble qu'entre les 1 an et 3 ans de l'enfant, qu'on peut dégager 5 grandes étapes de difficultés graduelles dans la mise en oeuvre de ce petit travail.

1. La mise en paire d'objets identiques

La première marche consiste à faire apparier à l'enfant des objets réels, issus du quotidien, dont on dispose en double exemplaire. Les exemples ne manquent pas : fruits et légumes, chausssettes ou chaussures... Rien n'empêche de travailler sur une thématique (par exemple : les objets de la salle de bain) en proposant deux couches, deux gants de toilette, deux disques de coton, deux brosses à dent, etc. Pour faciliter la visualisation du problème par l'enfant, on peut disposer un exemplaire de chaque objet sur une table, et leur double sur une autre table, légèrement éloignée mais de façon à ce que l'enfant puisse embrasser les deux du regard.

Il parait que certains bébés y parviennent dès l'âge d'un an ! Essayez !! ;-)

2. La mise en paire objets réels/images

La deuxième étape consiste à mettre en paire des objets du quotidien avec une représentation réaliste. Ne vous mettez pas martel en tête si vous ne parvenez pas à trouver exactement LA photo qui représente VOTRE essoreuse à salade. Lorsqu'il parvient à faire cet exercice, l'enfant est capable d'accéder au concept, et donc de reconnaître le même objet sous différentes représentations. J'en avais parlé brièvement ici.

J'ai longuement proposé cette activité à Antonin, dont il était très demandeur à une époque, et je vous racontais tout à la fin de cet article-là.

3. La mise en paire de deux cartes identiques.

On avance dans l'abstraction : cette fois, il n'y a plus de référence à l'objet réel, mais on travaille uniquement avec des images. Dans un premier temps, il suffit d'imprimer en double n'importe quelles cartes de nomenclatures (la blogosphère montessorienne abonde de généreux partages !) et de les proposer à l'enfant. Je suis partisane, quant à moi, de toujours laisser l'enfant découvrir les cartes librement avant d'exiger de lui un quelconque travail dessus. Pour les petits, les images ont un pouvoir d'attraction fort et la joie de la découverte pourrait nuire à la concentration et à la poursuite de l'objectif. Lorsque l'enfant connait ses cartes (et les aime...), sélectionnez-en quelqu'unes pour lui proposer le petit jeu de mise en paire. Commencez modestement par 3 paires, et augmentez les quantités selon ce que vous observerez.

J'explique comment, très pratiquement, je procède avec Antonin ici.
J'ai néanmoins apporté depuis une légère modification : je ne propose plus les deux séries dans la même boite, enserrées par des élastiques, car cela suppose nécessairement que j'intervienne pour les ôter et les remettre. Je les place désormais dans deux bols (ou deux boites sans couvercles) et Antonin commence tout doucement à comprendre qu'il faut placer une série avant de s'intéresser à la deuxième et la faire correspondre. Ce fonctionnement lui permet mieux de construire son autonomie dans la mise en oeuvre du jeu.

4. La mise en paire de cartes analogues

Les choses continuent de se corser légèrement : on propose à l'enfant d'apparier des cartes qui représente bien le même objet (ou la même catégorie d'objets), mais les cartes ne sont plus identiques.

Prenons deux exemples (progressifs, d'ailleurs ! ;-) ) :

- Voici un petit jeu de cartes que j'ai fabriqué à partir d'un autre déniché sur le Net ; j'ai allégé un peu les images, en effaçant les légendes (inutiles, et d'ailleurs en anglais) et tous les petits boui-bouis qui allaient manger l'encre de mon imprimante pour rien. Si ces cartes finales vous intéressent, vous trouverez les liens pour les télécharger à la fin de l'article.


Ici, l'animal représenté est le même sur les deux cartes, mais l'enfant doit le reconnaître à partir de sa silhouette. La mise en oeuvre est identique à celle du stade précédent, ce qui permet à l'enfant de s'appuyer sur un déroulé connu.

- Voici un autre jeu, du commerce cette fois, offert à Antonin par sa Grand-tante. Les "cartes" sont de fins carrés de bois, et il s'agit d'apparier un animal à son petit. On fait donc un pas supplémentaire dans l'abstraction, puisque, s'il s'agit de la même espèce, il ne s'agit plus du même individu.

Deux bols au début du jeu : d'un côté les "Mamans",
de l'autre, les "Bébés...


5. La mise en paire de cartes différentes, mais associées dans un lien logique 

Je n'ai pas encore proposé cette étape à Antonin, mais je sais qu'il s'agira d'un jeu de ce type :


Source des images

Ah, les couleurs ! C'est une des grandes passions du Damoiseau depuis un petit moment déjà, et je vous en parlerai bientôt...

Bon, vous voyez l'idée ? Les cartes "vont ensemble", mais la première série représente des attributs (des couleurs), l'autre des objets... Il s'agit de faire coïncider deux images totalement différentes visuellement, mais qui sont unies dans un lien logique.

Ce dernier palier est déclinable à l'infini, et pour tous les âges, me semble-t-il : apparier un animal avec son type d'environnement, une feuille avec son arbre, un détail de pelage/plumage avec l'animal correspondant,... que sais-je ? ;-D

Racontez-moi vos jeux de mise en paire, je prends !!

Et voici les liens pour télécharger le jeu des silhouettes. Désolée, il faut télécharger chaque page séparément, je ne suis pas encore experte... Bientôt il s'agira d'un seul dossier, promis ! :-|

jeudi 24 janvier 2013

Caché... Coucou !

Antonin en août 2012

Ce soir, je voulais vous parler du plus vieux jeu du monde... Non que j'ai la prétention de vous apprendre quelque chose à son sujet, ni de vous expliquer comment le mettre en oeuvre ! Je pense qu'il s'agit du jeu le plus instinctif qui soit, communément appelé le jeu du "Caché - coucou".

L'instinct maternel est bien fait. Comme le faisait remarquer Elisabeth dans son commentaire à cet article arrive un temps où le bébé réalise qu'il a une identité propre, et vit par contre-coup la fameuse "angoisse de la séparation". On situe cette  prise de conscience autour de 8 mois, mais elle peut survenir aux alentours des 5 - 6 mois chez certains bébés "précoces", dont la mère a été en souffrance durant la vie intra-utérine, ou qui ont subi une séparation à la naissance pour cause d'hospitalisation, par exemple. Le temps de la fusion s'achève, l'enfant se distingue des personnes qui prennent soin de lui et se sent exister pour lui-même. Et parallèlement, c'est souvent le moment où, très instinctivement, les parents mettent en place ce petit jeu.

Car c'est également l'âge où le bébé développe son sens du comique ! Très tôt, Louiselle m'a étonnée dans sa capacité à s'esclaffer des pitreries (surtout si elles émanent de son frère...). Elle sait depuis longtemps qu'un geste, une grimace ou un cri peuvent être drôles, quand ils dénotent d'avec ceux que nous produisons dans le cours habituel et sérieux de notre petite existence. Et ne se prive pas d'en rire.

Faire rire son bébé... Quel bonheur ! C'est donc tout naturellement que nous proposons ces petites situations dont le succès est garanti : nous cachons notre visage dans nos mains, puis nous les ouvrons, après un temps plus ou moins long, sur des mimiques variées, en nous exclamant : "Coucou !".

Notons ici qu'il est bon, au moins au début, ou dans le cas de ces bébés qui auraient, du fait de leur vécu, une angoisse plus profonde de la séparation, d'accompagner le moment où l'on est caché en gardant le contact grâce à la voix : "Oh ?! Je suis où ? Je suis où ?... COUCOU ! Je suis là !". Car la frayeur de l'enfant est réelle lorsque le visage aimé disparait (et il s'agit bien d'un soulagement quand il réapparaît), et si le jeu lui permet d'apprivoiser justement cette peur, il ne s'agit pas non plus de produire l'effet inverse. La réaction de notre enfant, de toute façon, nous guide assez sûrement dans les mots à employer et les mimiques à adopter au cours de ce jeu...

J'ai vécu - je vis encore - d'intenses moments de bonheur avec mes enfants grâce à ce petit déroulé tout simple. "Caché ?? Où je suis ? Mais je suis où ??... COUCOU !". Cela paraitrait certainement ridicule à quiconque n'a pas été parent, mais je revois comme si c'était hier Antonin à quelques mois, allongé sur son petit tapis, et frétillant de délices, son bout de langue sifflant de joie anticipée entre ses lèvres, les yeux arrondis comme des billes : "Attention !! Attention !!???... COUCOU !!!" Et son rire !!... C'est Louiselle aujourd'hui qui en redemande, le corps tendu, hilare avec son unique petite dent qui pointe, prête à sursauter, à exploser de gaieté...

Que du bonheur, hein ? Et puisqu'on vous dit en plus que cela accompagne le développement personnel de l'enfant, qu'il s'assure ainsi que la personne qu'il aime continue d'exister même quand elle disparait, qu'il appréhende et vérifie la notion de permanence des objets et des êtres, qu'il prend ses distances, apprend, tout doucement, à se séparer, construit sa sécurité intérieure...

Oui, décidément, l'instinct maternel est bien fait... ;-)

mercredi 23 janvier 2013

Petit nécessaire à dessin


Ah, on pourra dire que j'ai guetté, tapie à l'affût derrière l'épaule de mon fils, le surgissement du "signe" m'indiquant qu'il était prêt à entrer de plain pied dans les arts plastiques !! ;-)

Hier, lorsque j'ai vu cela, j'ai su que ce moment était arrivé :


Vous comprenez pourquoi ? Oui, cette diversité dans le geste (circulaire, rectiligne, léger comme des traits de pluie ou plus appuyé comme des ébauches de lettres...), cette occupation de l'espace, ce choix des couleurs...

Je n'étais pas à côté du Damoiseau quand il a réalisé cette oeuvre. J'étais dans la salle de bain en train de laver Louiselle, et il n'est pas venu traîner dans mes pattes (au risque de me faire trébucher, d'ailleurs, cette salle de bain est si peu fonctionnelle) comme il peut le faire à l'ordinaire. J'en ai donc déduit qu'il était tout à son dessin, et donc concentré.

Voilà. Il ne m'en fallait pas plus pour mettre sur pied une petite installation simplissime outrageusement copiée à Neptune dans ce magnifique article ici.

Il se trouve que, comme-un-fait-exprès tout-à-fait-forfuit et par-hasard, je me suis retrouvée, quelques heures plus tard, dans mon magasin de loisirs créatifs préféré (ben tiens). Et (c'est-y pô incroyable) figurez-vous qu'il ne restait plus qu'un petit porte-bouteilles en bois brut  (genre "à décorer soi-même") à 7 euros que j'avais repéré depuis des lustres. Bon, j'ai bien été obligée de l'acheter, vous comprenez... ;-)


J'ai ajouté des petits pots (type pot à confiture, ou gros yaourts) dans certains casiers, trop peu profonds pour contenir correctement des crayons ou des feutres. Et j'ai garni le tout de divers outils, conçu spécialement pour les petits ou non : 3 crayons à papier "pour adulte", sec, médium et gras, les blocs Stockmar d'Antonin, 6 gros crayons de couleurs, des pastels (pas spécialement conçu pour les enfants, mais assez larges), 6 crayons de cire "à poignets", et des feutres fins.

Ce choix de ne pas proposer que de "gros" outils pour enfant relève plus d'un feeling de ma part que d'une théorie pédagogique attestée. J'ai vraiment envie que sa petite main ait affaire à une diversité de formes (et bien sûr, de matières), et pour l'instant, je ne fais rien pour corriger la position de ses doigts (qui n'est d'ailleurs pas si mauvaise pour un deux-zans). Je pense que l'enfant apprend beaucoup de choses par lui-même, en particulier si elles relèvent du corps. C'est petit à petit, en cherchant à obtenir tel effet (un trait plus appuyé, un coloriage plus dense...) qu'il rectifie lui-même sa posture... jusqu'à un certain point. Certains enfants adoptent une bonne position sans que l'adulte n'ait besoin d'intervenir, d'autres ont besoin d'un petit coup de pouce (enfin, "de pince"...). Reste à bien identifier le moment où l'enfant piétine, ne peut plus évoluer sans notre aide, et commence à prendre rééllement de mauvaises habitudes... Nous n'en sommes pas là avec Antonin.


Et bien ! Que je suis contente d'avoir eu la patience d'attendre le moment propice ! Cette petite proposition a enchanté le Damoiseau, qui ne cesse de me réclamer de faire des dessins depuis ! Voilà un excellent exemple pour illustrer le fait qu'un matériel adapté peut (re)lancer l'activité ! Je suis fière de moi (Merci, merci Neptune !!).

De plus, la présentation l'incite à expérimenter tous les matériaux proposés avec un égal bonheur, lui qui ne jurait auparavant que par ses feutres !! Tout à l'heure, il a même pris en main les trois crayons à papier ensemble et a tracé de larges arrondis (triplés, donc, et forcément un peu irréguliers de ce fait). Si ça, ça n'est pas de l'expérimentation graphique !! ;-) Il a ensuite choisi des crayons et blocs de couleur grise uniquement pour parfaire son oeuvre. Autant dire que j'étais en transe... :-D

Comment appelerait-il cette oeuvre s'il pouvait le faire ?
"Volutes crépusculaires" ? ;-)

Enfin, son cher goût pour l'ordre (tout personnel, je vous l'accorde) est respecté. Il est à noter que les outils sont restés à leur place depuis deux jours qu'ils sont proposés ainsi à Antonin. Il les range scrupuleusement après s'en être servi. Avis à tous les parents qui trouvent que les arts plastiques engendrent le chaos !!

Et un petit dernier pour la route...
"Une partie de campagne" ??

mardi 22 janvier 2013

Sur ma planète


 Il y a deux ans, ma vie a pris un tour vraiment bizarre. Alors que j'évoluais, libre comme l'air, dans un cercle fournis d'amis très chaleureux et intelligents, je me suis soudain retrouvée à 1000 kilomètres de la région que j'habitais depuis mon enfance. Et avec un bébé. Lequel bébé s'est trouvé flanqué d'une petite soeur quelques 16 mois plus tard.

Évidemment, avoir deux bébés en deux ans, ça n'aide pas à se construire une vie sociale. Surtout quand on ne travaille pas. Mais avec toutes ces (bonnes) excuses à mon actif, je dois avouer que la raison principale à "mon repliement sur la sphère familiale", comme disent les sociologues, est surtout dû à une flemme monumentale. Voilà, je n'ai pas envie. Pas envie d'inviter quatre personnes à dîner alors que mes enfants dorment juste derrière la cloison, pas envie de m'engager être à l'heure quelque part pour prendre le thé alors que je n'ai aucune idée du moment où mes enfants vont terminer leur sieste et que je ne veux pas les réveiller. Je n'ai pas d'énergie pour aller au-devant des autres, je ne suis pas disponible pour cela, mais ne m'en inquiète pas plus que cela dans la mesure où je sais que le temps passe très vite et que dès que Louiselle ne sera plus un bébé, cette atmosphère de tendre confinement si particulier va disparaitre. Et que nous aurons tous besoin d'air - et d'amis.

Pour être encore plus honnête, je dois dire que les rares tentatives de rapprochement que j'ai faite depuis que j'habite Grenoble se sont soldées par des échecs. Oh, pas éclatants. Pas de disputes, ni même de discussions vives, non, rien de ce genre. Juste une fatigue, ou, dans le pire des cas, une espèce d'instinct, une réaction épidermique. Et pourquoi, d'après vous ? Et bien oui, vous avez tapé dans le mille : pour de sombres histoires de divergence de conceptions éducatives...

Alors là, entendons-nous bien. Si je ne crois pas plus à la mère parfaite qu'au Père Noël, j'avoue que j'aimerais quand même bien lui ressembler un peu plus. J'ai plein de défauts en tant que Maman, mais alors, plein, plein, plein. Je me mets en colère. Je suis agitée et anxieuse, sans cesse ébranlée par mille contrariétés qui n'en valent même pas la peine. Je réfléchis souvent après avoir parlé (ou agi). Je culpabilise sur tout, même sur ce qui n'existe pas. Je ne parviens pas toujours à créer un climat dans lequel ma famille se sente bien. Je ne suis pas sûre de savoir ce que je transmets à mes enfants en terme de capacité à agir, à communiquer. Je ne sais pas souvent les comprendre. Je ne suis pas spécialement gentille, rarement lucide, et mon esprit de décision est souvent en berne.

Voilà pour moi. C'est dire.

Oui. MAIS. 

Mais je le sais. ;-)

Aux vacances de Noël, je me suis retrouvée avec des gens d'une autre génération, d'un autre temps, qui avaient été parents il y a bien longtemps, et qui, puisque cela ne leur avait jamais posé question, étaient tout étonnés de m'entendre dire qu'élever des enfants est difficile. Ils en concluaient bien vite que j'étais dépassée par la tâche, ce qui évidemment m'horripilait atrocement.

Passons. J'étais vraiment gonflée à bloc, en gros manque de rapports humains, et j'étais même prête à leur ne pas leur arracher les yeux pour avoir oser me juger en tant que mère.

Mais, il y a ce que les gens pensent de vous, et il y a ce qu'ils font à vos enfants. Être enfant, c'est un état très particulier, on porte en soi l'avenir de l'humanité, alors tout un chacun qui passe se sent autorisé à vous aimer. À vous consoler quand vous faites mal, par exemple. Oui, c'est adorable. Cette dame qui prend gentiment mon fils dans ses bras alors qu'il vient de se cogner, et qui lui parle tendrement... Mais... Que lui-dit-elle ??

Je rêve. Elle lui dit : "Là, là, c'est rien... Tu n'as pas mal."

Mon sang n'a fait qu'un tour. Cette femme était en train de nier le ressenti de mon fils, qui, soit dit en passant, AVAIT MAL. Ce n'est pas RIEN, d'avoir mal, quand on a deux ans.

C'est dans des moments comme ceux-là que je comprends que je vis sur la planète. Sur ma planète, on essaie d'accueillir les émotions de l'enfant et de les accompagner. Je ne dis pas qu'on y arrive toujours, hein ? ;-) Mais les habitants de ma planète se disent qu'il n'est pas bon de réprimer ces émotions. Que si on affirme sans cesse à l'enfant qu'il n'éprouve pas ce qu'il éprouve, il va finir par douter de ses ressentis. Et comme ce sont des processus physiologiques, et qu'ils sont donc accompagnés de sensations corporelles, l'enfant peut étouffer ces dernières pour complaire à l'adulte. Est-ce si compliqué de dire à l'enfant : "Je crois que tu es colère. Il me semble que tu es triste. Oui, tu as eu peur" ? Que d'énergie les adultes mettent à certifier des choses absurdes (Mais non, tu ne t'es pas fait mal !! C'est fini ! Ce n'est rien !) ! Pensent-ils une seconde qu'entre remettre en question les paroles des garants de sa survie et éteindre ses sensations, l'enfant va choisir sans hésiter la seconde option ? Qu'ils sont en train d'apprendre à l'enfant à ne pas sentir, et donc de préparer un adulte qui se réfugiera dans le passé ou se projetera dans l'avenir, incapable de vivre son temps présent ? Qu'ils sont en train de tisser des scolioses, des aigreurs d'estomac, des névroses, en obligeant l'enfant à rayer de son corps un procesus physiologique qui pourtant existe ??

Voilà à quoi ça mène de vivre sur sa toute petite planète comme le Petit Prince. Quand on se retrouve à la quitter, ça fait très mal (et on finit par y retourner dare-dare).

lundi 21 janvier 2013

Le retour des paniers à trésor


Je vous l'ai dit, pendant que Louiselle fait sa sieste du matin, j'accorde du temps exclusif à Antonin. Et pendant que le Damoiseau fait la sienne, l'après-midi, je passe du temps avec ma petite fille qui, elle, dort généralement plus tard (hélàs pour moi et mon temps personnel...).

Que faire avec un bébé de l'âge de Louiselle ? D'abord, l'observer, tout simplement. C'est un pur bonheur de la regarder crapuhuter en poussant des cris de joie stridents ; son grand jeu du moment est d'escalader tout ce qu'elle trouve - et en particulier son lit, dans lequel elle adore aller se nicher juste pour le plaisir de pouvoir se laisser tomber sur une surface molle. Et je vous assure que l'escalade du dit-lit, bien qu'il soit au ras du sol, est digne d'une ascension de l'Everest. Il y a toujours ce moment critique (et hilarant) où la Damoiselle se retrouve fesses rebondies pointées vers le haut, le ventre en équilibre contre le bord du lit, et pendant lequel je me demande "Passera, passera pas ?". Ça passe. À coup de pédalages et de "Han ! Han !" appliqués. Promis, dès que j'ai récupéré un appareil photo digne de ce nom, je vous fait une petite vidéo... si Louiselle n'est pas passé à autre chose d'ici là !

Mais depuis quelques semaines, nous avons une nouvelle activité : la première activité montessorienne des tout-petits (qui en réalité, a été inventée par Élinor Goldschmied, mais passons) ! J'ai nommé, les paniers à trésors, bien sûr !

C'est une activité qu'on peut proposer dès 5 mois, et qui intéresse fortement les bébés jusqu'à 10 mois environ. Ce dispositif tout simple développe la concentration, incite à explorer par les sens et à observer finement.

Le concept est simple : on se munit d'un petit panier solide et stable (d'environ 30 centimètres de diamètre) et on le remplit d'objets du quotidien (les jouets sont à bannir), bien propres, de préférence en matière naturelle, de taille, de forme et de poids différents. On évite les objets en plastique, tant parce qu'ils ne sont pas très intéressants au niveau sensoriel, qu'à cause de ce fichu bisphénol A qui se loge partout... On peut s'appliquer à penser aux différents sens que les objets proposés sollicitent, et penser à ce qu'ils induisent au niveau des sensations tactiles, de l'odorat, du goût et de l'ouïe.

J'adore ces activités intelligentes concoctées en trois secondes chrono ! On dira ce qu'on voudra, mais c'est tout de même un avantage... Une mini razzia dans l'appartement, et quelques minutes plus tard, j'ai un magnifique panel d'objets tout bêtes, que je peux varier chaque jour.

(Si vous voulez des idées sur ce que vous pouvez mettre dans votre panier, allez lire cet article que j'avais écrit à l'époque où je les proposais à Antonin. On peut aussi, pour varier les plaisirs, proposer des paniers thématiques : les objets de la cuisine, ou les objets de la salle de bain...)


On a beau être un grand bébé de 8 mois, on est encore tout neuf. Louiselle a passé plus de temps dans mon ventre que dans notre monde, vous rendez-vous compte ?? Elle intégre petit à petit que le bois est tempéré alors que le métal est froid, que les poils d'un pinceau que l'on suçote chatouille le palais et font faire de délicieuses grimaces (elle en redemande !), elle ne sait pas avant de soulever un objet quelle force elle doit mettre dans son bras,  elle ignore avant de le secouer s'il fera du bruit ou pas. Voilà pourquoi les panier à trésors rencontrent un tel succès chez les moins d'un an ; et même pour Louiselle qui passe sa journée à tendre la main vers tout ce qui traîne, qui touche, sent, ramasse et rejette, enserre et retourne, renifle, frappe, suçote, mordille et léchouille, les paniers à trésor présentent un intérêt particulier. D'abord parce qu'ils contiennent des objets qui ne traînent pas habituellement sur notre sol (quoique...), ensuite parce qu'au cours de ces "séances", elle peut tout à son aise faire le tour des sensations que ces objets procurent sans être dérangée. Et oui, son grand frère n'est pas là pour lui arracher des objets des mains et lui en tendre d'autres... Cette fois, elle est tranquille pour exercer ses propres choix.

L'enfant explore, tout va bien. Il développe ainsi ses connections neuronales, sa confiance en soi et sa capacité à choisir, et s'amuse comme un fou.

Et vous, que faites-vous ?

D'abord, armez-vous de patience, car certains enfants peuvent rester jusqu'à une heure affairé autour de leur panier ! ;-)

Ensuite, ne laissez pas votre enfant seul. On ne sait jamais vraiment avant de le lui avoir proposé si un objet peut être dangereux ou non.

Enfin, n'hésitez pas, si d'autres enfants plus âgés sont dans les parages, à délimiter l'espace, par exemple en installant le bébé et son panier sur un tapis que l'aîné n'aura pas le droit de fouler, en faisant une barrière avec un petit meuble...

Et faites-vous petite souris ! ;-)

dimanche 20 janvier 2013

La première des politesses

Il y a certains mots qui se font attendre dans la bouche d'Antonin. Ainsi, je me souviens avoir attendu,  suspendue à ses lèvres, qu'il dise "Maman" pendant des mois et des mois. Le Damoiseau disait "Papa" depuis des temps immémoriaux, bavardait dans sa langue à longueur de journée et inventait des mots pour désigner ses chères casseroles... mais n'éprouvait visiblement pas le besoin de me nommer, moi. Et c'est évidemment quand j'ai cessé d'attendre que le fameux mot est apparu.

Il y a quelques jours, soudainement, Antonin s'est mis à nous remercier : "Merci Maman !" quand je lui tends une tartine, "Merci Papa !" quand mon homme lui sort un jouet de son armoire. Avec Antonin, c'est toujours "Merci quelqu'un" ! Si ce n'est pas archi-poli, ça ? 

Et archi-craquant, aussi, je dois dire... D'autant plus que nous ne l'avons jamais exigé de lui... Ce sont des mercis donnés gratuitement, du fond du coeur (et bien sûr, par esprit d'imitation à l'égard de tous ces adultes merveilleusement polis qui l'entourent !...), et c'est cela qui est bon.

Merci mon chéri !

Sur le sujet, je vous invite à (re)lire le très bon post d'Aude d'À la Douce ici.

Excellent dimanche à tous !

samedi 19 janvier 2013

Étagères de travail

(Antonin a 2 ans)

Pendant que Louiselle fait sa sieste du matin, nous prenons du temps, Antonin et moi, pour faire quelques activités. Cela commence invariablement par la vaisselle, qu'il me réclame de faire depuis la fin de son petit déjeuner (je n'ai jamais été aussi à jour de ma vaisselle que ces derniers mois !), puis je reconvertis rapidement les étagères de sa chambre, destinées à ses jouets en temps ordinaires, en étagères de travail. Nous n'avons pas de "salle d'activités" dans notre appartement, et je ne veux pas que l'amalgame se fasse entre les jouets qu'il affectionne et avec lesquels il peut faire ce qu'il veut, et le matériel avec lequel, justement, on ne fait pas ce qu'on veut.

Antonin est toujours ravi de ces séances (quoiqu'il y ait des jours avec et des jours sans, ce qui est normal), et court chercher son petit tapis pour l'installer devant ses étagères.

J'ai procédé par étapes : voilà déjà quelques mois que je lui propose des activités à couleur "pédagogique". J'y suis allée vraiment doucement, au début, re-proposant les mêmes activités un nombre incalculable de fois. Ces activités ont été associée à ses petits tapis dès le début.

Mais je savais que je passais à côté de l'essence même de la pédagogie Montessori si je ne laissais pas le Damoiseau choisir ses activités pendant ces séances. Cependant, vous imaginez, je pense, le carnage, si j'avais disposé les abaques et leurs quelques 50 anneaux + des récipients de graines + un plein bocal de grosses perles + des jetons, des batonnets, des billes, que sais-je... EN MÊME TEMPS !

J'ai donc attendu qu'Antonin ait compris le fonctionnement d'un certain nombre d'activités, et un jour, j'ai disposé deux plateaux sur ses étagères préalablement dégagées des jouets habituels. Je lui ai expliqué qu'il fallait ranger un plateau avant de sortir l'autre. Au bout de quelques jours, lorsque cela m'a semblé acquis, j'ai ajouté un troisième plateau, et à présent nous en sommes à quatre. 

C'est vraiment une grande satisfaction pour moi que de pouvoir observer les choix d'Antonin. Au début, il avait l'air d'estimer de son devoir de faire tous les plateaux sans en omettre aucun, et une fois chacun seulement. Mais depuis quelques jours, il s'affirme, n'hésite pas à bouder carrément un plateau (un excellent indicateur pour moi) et à reprendre le même plusieurs fois dans la même séance (un autre excellent indicateur pour moi !). ;-D

Voilà, à titre d'exemple, ce que je lui propose en ce moment :

1. Un travail de mise en paire : il y a plusieurs versions progressives de ce jeu, dont je vous parlerai prochainement. Celui de la photo a été téléchargé sur le blog À la douce et Antonin l'aime beaucoup. Je ne lui propose que 6 paires d'images en même temps, que je fais varier : je choisis les paires du jour à l'avance, et fais deux paquets que j'entoure d'un élastique. Lorsqu'Antonin ouvre la boite qui les contient, il prend un paquet et me donne l'autre. J'aligne mes cartes sur le tapis et nous nommons chaque animal. Puis Antonin place ses propres cartes en regard de celle que j'ai posé.


2. Un transvasement : je propose depuis debut janvier un transvasement de fèves à l'aide d'une cuillère un peu spéciale (dînette Ikéa) que je trouve très pratique pour ce faire. Cependant, je vais revenir un peu en arrière, car si le Damoiseau a très bien compris ce qu'il fallait faire, il abandonne la cuillère au bout de quelques manipulations, et se met à transvaser de bol à bol en me regardant d'un air coquin. Il faut donc que je modifie cette activité, mais pour cela je dois racheter des petits pichets à lait, les nôtres ont été cassés (ben tiens...)



3. Un tri : Pour changer des tri de couleurs ou de formes, j'ai proposé à Antonin de trier quatre types de légumineuses. C'est devenu son activité préférée ! Ce matin, il l'a faite quatre fois... J'aime aussi beaucoup cette idée, car si c'est une activité mathématique, elle est très intéressante au niveau sensoriel (touchez ces graines vous même, vous verrez !) et c'est une occasion en or de faire travailler "la pince" à l'enfant. Ces chipies de légumineuses ne se laisse pas toujours facilement saisir ! Enfin, nous repassons ainsi le nom de ces petites merveilles nutritionnelles, qu'en bon végétarien Antonin est très habitué à voir dans son assiette. Il est à noter d'ailleurs qu'il n'a pas du tout essayé de les porter à la bouche. J'y vois le signe qu'il a bien compris la spécificité de l'activité.




Au début de la semaine, lorsque j'ai pris ces photos, j'avais mis bien trop de graines ! Je sais maintenant que 12 graines de chaque catégorie suffisent amplement... Il s'agit d'encourager l'enfant à poursuivre l'activité jusqu'au bout (dans le jargon, on appelle ça "mettre l'enfant en situation de réussite", c'est un principe auquel je tiens).

4. Contrairement aux trois autres, le contenu de la quatrième étagère varie souvent. J'y dispose soit :

- Un puzzle : Antonin a les deux suivants à disposition dans sa chambre parfois, mais lorsque je les mets sur les étagères "de travail", nous nous appliquons à les faire jusqu'au bout, en nommant les animaux.


- Un jeu du commerce : et en particulier, un de ces deux-là qu'il a reçu pour Noël et pour son anniversaire par sa tante Isabelle, et qu'il adore :

Loto des quatre saisons de Djeco
Jeu de pêche de Djeco

Je les apprécie vraiment moi aussi, ils sont esthétiques et intelligents, et un enfant de 2 ans peut les faire de A à Z en parfaite autonomie ! ;-)

vendredi 18 janvier 2013

Apprendre à se laver les mains

J'ai longtemps réfléchi quant à savoir quelle allait être la première activité de vie pratique que j'allais proposer à Antonin de manière structurée. Je voulais quelque chose qui remporte son adhésion immédiatement, une activité facile à mettre en place, que l'on puisse intégrer à notre vie quotidienne rapidement et pratiquer plusieurs fois par jour. Après quelques hésitations, j'ai choisi de lui apprendre à se laver les mains.

En fait, Antonin se lave les mains (presque) seul depuis fort longtemps. C'est une des raisons supplémentaires pour lesquelles j'ai choisi cette activité : il allait pouvoir se concentrer sur la procédure sans avoir trop de nouveautés à gérer en même temps, puisqu'il connait le matériel nécessaire, et que le critère de réussite est pour lui limpide (avant le lavage, les mains sont SALES, et après elles sont PROPRES, c'est évident !).

Car si l'objectif, sur le long terme, est évidemment de sensibliser l'enfant aux soins qu'il doit apporter à sa personne, mon objectif immédiat était tout autre : je voulais que le Damoiseau apprenne à suivre une démonstration jusqu'au bout, sache réinvestir ses observations en utilisant un matériel donné à bon escient, exécute des gestes précis avec concentration. C'est pour pouvoir au mieux atteindre ces objectifs que j'ai décidé d'attendre qu'il ait deux ans révolus pour lui proposer cette activité selon un déroulé montessorien.

J'ai d'abord réfléchi au dispositif, et j'ai installé un coin dédié dans un recoin de notre cuisine :


(Je vous prie d'excuser la piètre qualité de mes photos dans cet article : notre "bon" appareil est tombé et notre objectif est cassé... Aïe, aïe... Je pense que nous attendrons le mois prochain pour le remplacer...) :-(

Bon, une première constatation s'impose : ce n'est pas très joli. J'aimerais investir dans un ensemble cuvette + pichet en émail, ainsi que dans un petit seau en métal qui viendrait remplacer la bassine en plastique... Hélas, je compte chaque dépense en ce moment, ce ne sera pas pour tout de suite. J'accorde énormément d'importance à l'esthétique des activités que je propose à mes enfants, à tel point que j'ai même hésité à reporter cette présentation... Et puis non. Je ne vais pas louper le coche sous prétexte que certains éléments de toilette sont ici en plastique... Tant pis pour cet aspect de l'activité pour cette fois. Et si vous n'avez pas votre dose de poèsie en lisant cet article, courez vite admirer celui-là ! Hein que ça fait rêver ? Je me console en me disant que  si ce genre de meuble n'est pas à la portée de ma bourse, il n'est de toute façon certainement pas commercialisé en France (mais je n'ai pas fait de recherche approfondie non plus, hé, je ne suis pas masochiste !). ;-)

La deuxième constatation, c'est qu'à défaut d'être esthétique, l'installation est fonctionnelle. Elle se compose d'une aire de travail sur une table à hauteur d'enfant, avec une "cuvette" au milieu (un plat en pirex...), un pichet à droite et une savonnette dans son support à gauche.

Le tout intéressant fort
la Damoiselle...

Ces accesoires sont placés assez près du bord de la table, pour plus d'accessibilité.

J'ai placé un miroir qui reflète cet espace et permet à l'enfant d'avoir une plus grande visibilité de son action.

Sous la table, j'ai placé une cuvette destinée à recevoir l'eau usagée. De chaque côté de la table, j'ai fixé un petit crochet : à droite, on accroche une serviette, à gauche, un torchon.


Les derniers accessoires nécessaires sont deux tabliers, un pour l'enfant et un pour l'adulte, que chacun revêt au début de l'activité, et ôte à la fin. C'est primordial pour circonscrire l'activité, et Antonin tient beaucoup à ce que je mette mon tablier, moi aussi ! ;-)

J'ai ensuite beaucoup réfléchi à la mise en oeuvre. Je me suis même entrainée plusieurs fois, pendant la sieste d'Antonin, pour intégrer dans mon corps les gestes que j'allais lui apprendre. Et je vous garantis que je ne me laverai plus jamais les mains de la même façon (c'est-à-dire très rapidement sous un jet d'eau courante...).

Mais pendant que je m'exerçais, un doute m'a saisie : Antonin allait-il être suffisamment patient pour suivre ma démonstration, qui comprend tout de même pas mal d'étapes, jusqu'au bout ?

Le grand moment était enfin arrivé : j'ai appelé Antonin à la cuisine en lui expliquant que j'allais lui apprendre à se laver les mains. Nous avons mis nos tablier, nous avons retroussé nos manches, j'ai rempli le pichet d'eau tiède, l'ai reposé à sa place... et j'ai commencé ma démonstration. Doucement, silencieusieusement... Et au bout de quelques secondes, Antonin a voulu prendre ma place ! Forcément, dès qu'il y a de l'eau et du savon...

Nous avons stoppé là l'activité et je me suis donné jusqu'au lendemain pour réfléchir.

Le lendemain, j'ai installé sur notre table basse deux dispositifs tels que précédemment décrit. Je vous fait grâce des photos - que d'ailleurs je n'ai pas prises -, imaginez deux fois la même mocheté côte à côte et vous y serez ! ;-)

Cette fois, nous avons procédé en parallèle, Antonin pouvant m'imiter en direct. Ce fut très efficace. Ce fut si efficace qu'au bout de seulement trois fois, je le réinstallais seul à la cuisine. Il est seul à agir désormais, je le guide seulement du geste ou de la voix si nécessaire (et en essayant d'intervenir le moins possible). Il est à noter qu'en pédagogie Montessori, on privilégie les démonstrations silencieuses ; mais comme le Damoiseau, qui est loin de parler couramment, est en train de construire le langage d'action, je ne me prive pas, si j'estime que le besoin s'en fait sentir, de nommer les gestes en situation. Ce ne sera pas la première ni la dernière entorse que je fais à la lettre...

Voici maintenant comment nous procédons, très précisemment :

1. Après avoir enfilé nos tabliers et retroussé nos manches, je remplis donc le pichet d'eau tiède au robinet et le repose à sa place.

2. Antonin le prend de la main droite (avec mon aide) et en vide la moitié dans la cuvette. Il le repose à sa place.

3. Il trempe ses deux mains ensemble dans l'eau, paumes en bas, puis les retourne, paume en l'air. La main droite vient frotter une fois le dessus de la main gauche, puis la main gauche vient frotter une fois le dessus de la main droite.

4. Il sort ses main de l'eau, en les gardant bien au-dessus de la cuvette, doigts vers le bas, pour les égoutter un peu. 

5. La main gauche prend la savonnette sur son support et la place dans la main droite. Les deux mains se frottent jusqu'à ce que de la mousse se forme (Cette étape requiert mon aide pour ne pas que ce coquin de savon ne glisse hors des mains jointes).

6. La main gauche repose la savonnette à sa place.

7. On procède au savonnage comme suit:

Source de l'image

8. On procède à un premier rinçage en reprenant l'étape 3.

9. Attention, voici une étape qu'Antonin adore : il recule d'un pas, extrait la bassine en plastique de sous la table et la pose par terre à sa droite. Il saisit la cuvette d'eau sale et la vide dans la bassine (en clamant "OUIIII !"). La cuvette est remise à sa place.

10. Antonin reprend le pichet de la main droite et vide le reste de l'eau dans la cuvette (sans mon aide, cette fois, le pichet étant moins lourd).

11. Reprise de l'étape 3.

12. Reprise de l'étape 9 (mais inutile de sortir la bassine, hein, c'est déjà fait !).

13. Antonin prend la serviette accrochée et s'esssuie les mains (avec mon aide).

14. Nous allons vider ensemble la bassine d'eau sale dans l'évier.

15. Antonin prend le petit torchon, essuie la bassine et la replace sous la table. Il essuie ensuite la cuvette (intérieur et extérieur), puis la table. Le torchon est raccroché à sa place.

16. Nous ôtons nos tabliers, et déroulons nos manches.

C'est fini !! Vous trouvez ça long ? Sachez que je me suis inspiré de cette fiche-, qui ne compte pas moins de... 45 étapes ! Vous comprenez maintenant que j'ai douté, à raison, que mon fils m'observe patiemment jusqu'au bout ! ;-)