mardi 17 décembre 2013

10 règles de survie pour cuisiner avec un (ou deux...) petit(s)

Antonin lavant son bavoir après le déjeuner

C'est vrai qu'avec mon Damoiseau, je n'ai pas eu le choix. Il a développé très jeune un tel amour pour tout ce qui passait en cuisine, qu'il a bien fallu que je planche le sujet sérieusement. Ce n'est pas une situation facile, au quotidien, d'avoir un bébé dans les pattes dès qu'on enfile son tablier... surtout quand on met un point d'honneur à l'impliquer le plus possible dans les activités domestiques...

Mais à présent, ce sont deux tout-petits que je dois accepter à mes côtés. Mon ainé n'a pas encore trois ans et ma cadette vient d'avoir 19 mois. Roulez jeunesse ! La plupart du temps, ça fonctionne, mais je dois dire que j'ai fait un groooos travail sur moi depuis le début de mes séances-cuisine avec Antonin !

Voici la substantifique moelle de mon cheminement  - qui n'est (et ne sera), hélas (?), jamais terminé...

Pour réussir une "activité cuisine" avec un (ou plusieurs) tout-petit(s), voici donc quelques petits tuyaux...

1. J'oublie ma montre.

Sauf en ce qui concerne les temps de cuisson, bien sûr. Mais pour le reste, j'essaie de me concentrer sur la procédure, sur l'ici et maintenant. Je suis, autant que faire se peut, le rythme de l'enfant, qui a peut-être besoin de goûter, de commenter, de questionner, de faire une pause... Il est inutile de se précipiter vers la réalisation du produit final comme s'il s'agissait d'une course. Et j'ai constaté avec surprise que finalement, prendre notre temps ne nous prend que quelques minutes de plus, sur l'ensemble de la recette, que de foncer et de s'énerver.

2. Je ne suis pas perfectionniste.

Mes enfants sont comme tous les enfants de la terre : quand ils versent un liquide, ils en mettent à côté. Transférer de la farine se fait dans un nuage de poudre. Quand tout est terminé, les enfants sont barbouillés, la table colle, et le sol aussi. Le pire, c'est que même en nettoyant de bon coeur, ils parviennent à inonder la cuisine et à mettre un désordre incroyable. J'ai appris à ne plus râler, à m'en détacher, et dans les moments de véritable chaos à les observer faire de l'extérieur, comme si je regardais un film. Cela m'aide à me concentrer sur leurs gestes, leurs réussites, et non sur ce qu'on pourrait considérer comme des "ratés". Mais d'ailleurs, quand je cuisine seule, il faut bien nettoyer la table  aussi, après, non ? Au moins, avec mes enfants, je sais pourquoi je passe l'éponge... Et parallèlement, je continue ma recherche inlassable de bons outils adaptés aux petites mains, et je peaufine mes leçons concernant le nettoyage. Je ravale mes soupirs, mes "Oh, non, il y en a partout !!", et je tends l'éponge silencieusement...

3. Je m'affranchis des images culinaires de magasine.

Quand mes enfants étalent un appareil, ce n'est pas fait de façon uniforme. Quand ils piquent une pâte à tarte, il y a des endroits avec plein de petits trous et d'autres où il n'y a rien du tout. Quand ils coupent un fruit, les rondelles ne sont pas toujours aussi fines que je voudrais, et il se peut même que quelques morceaux de peau aient été oubliés lors de l'épluchage. Je ne repasse pas derrière eux. Et c'est dur. Je ne crois pas être particulièrement rigide, mais je crois que les adultes développent avec le temps un amour immodéré et absurde pour la symétrie et l'homogénéité. Que ce plat soit symétrique/homogène ou non ne changera rien à son goût. Peut-être même sera-t-il même meilleur de ne pas l'être, qui sait ? Il y a tellement d'amour dedans... Mais refaire après l'enfant, devant lui, le geste qu'on lui a confié, ce n'est pas correct. Je n'aimerais pas qu'on me fasse ça, à moi. Donc, si je fais avec mes enfants, c'est pour de vrai. De toute façon, tout le monde est attendri quand je dis : "Oui, les morceaux de pommes ont été placés sur la pâte par Louiselle...", et personne ne songe à comparer son oeuvre à celle d'un patissier.

4. Je fais le ménage avant.

Voilà un "truc" qui limite vraiment les débordements. Ce n'est, hélas, pas toujours possible, mais j'essaie de commencer à travailler avec mes enfants dans une cuisine rangée et propre. Avec un espace de travail bien dégagé, un sol propre et un évier vide. Oui, ce sera le gros bazar dans cinq minutes, il faudra tout re-laver, mais au moins, on a de la place pour patouiller.

5. Je prépare l'activité en amont.

Et voilà le secret des séances "cuisine" des grands jours, les jours où je suis vraiment bien organisée : préparer un maximum de choses en amont (que ce soit matériellement ou dans ma tête). L'idéal est d'avoir une idée claire de se que peut faire mon enfant ou pas. De prendre en charge ce qu'il ne peut pas faire (allumer le four, séparer les blancs des jaunes, mesurer avec une balance...), et de lui faciliter ce qu'il peut faire (réunir les ingrédients et les ustensiles, verser, mélanger, ranger, laver...). Un minimum de planification évite les désastres complets, du genre : "Oh, mais je viens de m'apercevoir que nous n'avons plus de chocolat alors que nous venons de commencer notre mousse au chocolat ! Il nous faut donc tous nous habiller chaudement pour aller en acheter à l'épicerie-qui-n'est-pas-tout-près-et-où-tout-est-si-cher pendant que nos blancs d'oeufs battus prennent la poussière." Oui, oui, lancez-moi la pierre ! :-D

6. Je m'assure que les enfants peuvent voir ce qui se passe.

Le préposé au mixeur, c'est Antonin. Pas question que quelqu'un d'autre s'en charge, dès que j'installe l'appareil, il se précipite, colle l'escabeau au plan de travail et se tient prêt à actionner le bouton. Sauf que depuis quelques semaines, cette opération met Louiselle en rage. J'ai eu quelques sueurs froides en me disant qu'elle voulait certainement mixer, elle-aussi (et comment vais-je faire avec un seul mixeur et deux enfants ???), mais non : elle voulait voir. Maintenant, quand on sort le mixeur, il faut aussi prévoir un perchoir pour la Damoiselle qui observe très sagement. Même un tout-petit apprécie de pouvoir s'imprégner des gestes de ses aînés, même s'il ne se sent pas prêt à les reproduire. Il suffit parfois de penser à installer son bébé dans sa chaise haute pour éviter bien des crises de nerfs.

7. Je décris nos actions.

La période sensible du langage... encore elle ! Dire ce que l'on fait au moment où on le fait n'est pas souvent "autorisé" dans les séances montessoriennes... mais en cuisine, ça l'est ! Songez à tout le vocabulaire que ce domaine d'action permet de réinvestir : des verbes riches (mélanger, verser, saupoudrer...), des noms qui vont saliver (épices, sauces, fromages...), des adjectifs de toutes sortes (couleurs, goûts, parfums...). Je suis toujours sidérée de la capacité de mes deux enfants à intégrer ce qui s'est dit alors et à le reinvestir le lendemain !

8. Je simplifie.

Alors, c'est vrai, on ne se lance pas dans la fabrication de pièces montées en macarons. D'ailleurs, ce n'est pas le genre de choses que je faisais avant d'être Maman, et franchement, ce n'est pas le bon moment pour m'y mettre. Quand je dis que l'on "cuisine", c'est la plupart du temps pour faire des plats si basiques, que si ce n'était pas dans ce contexte, je ne les considèrerais même pas comme étant de la "cuisine". Essayez d'apprendre à votre bambin à cuire du riz : verser la graine dans un verre pour la doser, verser de l'huile d'olive dans une casserole, puis le riz, faire revenir en remuant, remplir la bouilloire d'eau, attendre qu'elle bout, verser l'eau bouillante dans la casserole, remuer pour le plaisir, attendre 10 longues minutes, aller chercher la passoire, la poser dans l'évier, verser le riz dedans, le reverser dans la casserole à l'aide de la cuillère en bois (et de Maman ?), assaisonner d'un peu de beurre et de sauce soja. Voilà le type de "recettes" qui peuvent se pratiquer quotidiennement, pas celle des verrines crousti-moelleuses aux oignons confits et confettis de tomates cerises

9. J'implique mes enfants dans le rangement et le nettoyage.

Bien que j'aurais plus vite fait de faire seule, oui... Mais en même temps, j'en profite. Je sais bien qu'un âge viendra où mes enfants rechigneront à m'aider à nettoyer. Ils auront assimilé que les adultes considèrent cela comme une corvée, et ne voudront pas être en reste. Nous n'en sommes pas là, Antonin et Louiselle sont toujours très enthousiastes à l'idée de ranger et de laver. Même maladroitement, mais souvenez-vous de ma phrase favorite : "Pour les petits, c'est la procédure qui compte, pas le résultat...". Et je me dis que c'est maintenant qu'ils apprennent tout un tas de gestes fondamentaux comme essuyer, rincer, balayer... Plus tard, ils auront, je pense, envie d'autre chose... ?

10. Je m'amuse.

Ben oui. C'est le but, non ? Je m'amuse, et mes enfants aussi. Alors, c'est sûr, il y a des jours "sans". Des jours où rien que l'idée d'impliquer ma petite de 19 mois dans la confection d'une vinaigrette me met les nerfs en pelote. Et bien, ces jours-là, je fais la vinaigrette toute seule. En expliquant à Louiselle que ce sera pour une prochaine fois.

Je crois que c'est cela qui nous fait avancer en tant que parents, non ? 

Se dire qu'on fera mieux la prochaine fois... ;-)

15 commentaires:

  1. Ça me rassure de lire ton article.... Moi aussi je fais la cuisine avec mon petit de deux ans et j'avoue que ce n'est pas tjs facile..... Surtout comme tu dis qd il y a des débordements de liquide en tous genre..:-( mes c vrai qu'un bonne préparation au préalable facilite les choses!!!! Comme tu dis pas de vaisselle de l'évier et une cuisine bien rangée ! ! ! Le plus dur pour moi et qd il s'approche de ce qui boue ou qd il veut verser l'eau chaude ou remuer dans la casserole et justement c'est ça qu'il aime bcp faire... Bref... Merci encore pour cet article!!!

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  2. Comme à chaque article, je suis vraiment impressionnée par la finesse de tes réflexions sur chacun des sujets abordés et la clarté avec laquelle tu les énonces. Tu m'ouvres de sacrées perspectives, et comme mon loulou est plus petit (1 an samedi), j'ai le temps de m'en imprégner "en avance de phase" !!

    Sinon, cadeau de noël pour le cousin : un imagier de la famille (tout le monde en veut un !) et pour mon loulou, une petite chaise multifonction... Alors on dit merci qui ? MERCI ELSA :)

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    1. Youpi ! Vive les imagiers de la famille !!

      Merci pour ce chaleureux retour, Carine !! :-)

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  3. Ton article m'a beaucoup fait rire tant les anecdotes racontées sont vraies !!
    J'ai beaucoup cuisiné avec Lisette il y a un temps...
    En ce moment, cuisiner le soir n'est pas facile... Lisette (30 mois) participe avec joie. En revanche, Vivie (11 mois) est encore trop petite pour participer mais n'aime pas du tout que je la laisse de côté. Du coup, je dois me dépêcher de cuisiner seule... Je suis un peu frustrée. Mais bon, d'ici quelques mois, Vivie grandira et la situation évoluera !! Pour l'instant ce que Vivie réclame le soir : de longs câlins !

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  4. Super article ! Petite question, comment fais-tu pour ne pas repasser derrière pour le ménage ? :p

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    1. Hihihi je me posais la même question.... pour la vaisselle !

      Justement cet après-midi, A. (3,5 ans) a ........... soufflé dans la balance "parce qu'il y avait trop de farine" ! J'avoue que je me suis agacée...je ferai mieux la prochaine fois !

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    2. OUI.
      Alors, tout à fait.
      Quelques éclaircissements s'imposent !! :-D

      En fait je ne repasse pas derrière mes enfants EN CUISINE. Faire une recette, c'est quelque chose de linéaire : on fait ça, puis ça, puis ça, pas dans n'importe quel ordre, en vue d'arriver à un résultat. Comme je l'explique, si les choses ne sont pas faites comme je le voudrais, j'essaie vraiment de ne pas "corriger". En cuisine ! ;-)

      À présent, le ménage, ça ne se passe pas comme ça. Je ne sais pas si c'est parce que je ne suis pas particulièrement douée, et surtout pas du tout organisée à ce niveau, mais, pour moi, le ménage, c'est quelque chose de CYCLIQUE. Genre ; je nettoie la table, puis je fais la vaisselle, puis je re-nettoie la table, puis je balaie, ah mais j'ai encore une casserole à laver, et je lave le sol (mais avant le plan de travail...).

      Bref, quand on "fait le ménage" avec les enfants, tout le monde s'agite dans tous les sens et une même tếche peut être faite plusieurs fois (par la même personne ou par deux personnes différentes).

      Ce que je veux dire : quand Louiselle a passé l'éponge sur la table, je ne lui prends pas l'éponge des mains pour refaire sous son nez. Mais je lui demande d'aller ranger l'éponge sur l'évier si elle a terminé. Pendant ce temps-là, moi, je balaie, d'ailleurs, je n'ai pas la tête à ça. Louiselle va poser l'éponge, et, me voyant balayer, veut balayer aussi. Elle prend son balai... Bon, moi, j'ai fini de balayer... Tiens, mais la table n'est pas très propre (en fait !), je repasse un coup dessus.

      En fait, c'est même plus complexe, il y a souvent 3 ou 4 actions qui s'enchevêtrent comme ça, mais je crois que tout le monde le vit bien. Le ménage, chez nous, c'est ça.

      Je ne sais pas si je suis très claire... ?

      Et je ne dis pas que c'est parfait, hein. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, comme disait ma grand-mère ! :-D

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    3. Clotilde :

      Pour la vaisselle, tout est beaucoup plus simple depuis le surgissement du lave-vaisselle dans notre demeure.

      Antonin a du mal à faie le deuil de la vaisselle à la main (pas moi...). Après le repas, il choisit quelques pièces à laver (souvent de gros trucs, comme poêle et marmite...), il lave, il rince, il laisse s'égoutter quelques minutes... puis il met au lave-vaisselle !! :-D

      Souffler sur la farine parce qu'il y en a trop ? Voilà qui est logique !! Et agaçant...

      Moi, j'en suis SÛRE, que tu feras mieux la prochaine fois !! :-D

      (En ce moment, mes "coups de gueule" ne vienent pas des ateliers cuisine... mais de l'apprentissage de la propreté... C'est pas bien et ça n'avance à rien... Mais j'en ai MARRE qu'Antonin refuse de faire caca dans le pot !!)
      (Je ferai mieux la prochaine fois !)

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    4. un peu hors sujet mais pour rebondir sur ton pb de propreté. J'ai pris le livre "je ne veux pas faire caca dans le pot" de Frederic Kessler pour résoudre le même pb avec T. et cela a marché du tonnerre...alors qu'il bloquait depuis plusieurs semaines, tout s'est "résolu" après une lecture assidue en quelques jours.
      bon courage.

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    5. MERCI MERCI MERCI lc, commandé. HOP.

      MERCI MERCI MERCI !

      :-D

      (Marre du caca !!!)

      :-)))

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    6. le livre de Catherine Dolto a débloqué bcp de choses ici pour le caca il s'intitule caca prout

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    7. Merci pour ces précisions Elsa, je comprends mieux :)

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    8. Ici on a lu l'histoire de la petite taupe qui voulait savoir qui lui a fait caca sur la tete
      http://www.amazon.fr/petite-taupe-voulait-savoir-avait/dp/2745911880/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1389561001&sr=1-1&keywords=caca+sur+la+tete
      on apprend au passage les différents types de crottes des animaux, très drôles pour toute la famille et on "désacralise" le caca
      Anaïs

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  5. Encore un super article, merci Elsa!
    J'avoue que je n'avais pas pensé à impliquer Francis dans des préparations simples comme le riz, ou piquer la pâte! Il adore balayer et faire la vaisselle, alors généralement, il s'occupe de cette manière pendant que je cuisine. Maintenant, je sens qu'on va se lancer dans d'autres préparations...On fait souvent des gâteaux aux pommes ou des biscuits et ça va être bien de diversifier!!

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