mardi 22 octobre 2013

Promenade... intérieure


Avec les vacances, nos promenades matinales ont repris tous les jours. À présent que Louiselle marche, je la sors de sa poussette dès que mes enfants manifestent l'envie de s'arrêter quelque part et de jouer. "Jouer" en promenade, cela veut dire jouer à marcher, à escalader, à sauter, à courir, à lancer des cailloux dans les flaques, à grimper dans la poussette et à se faire pousser par celui qui n'y est pas, etc. Des jeux très moteurs, mais durant lesquels, finalement, mes enfants restent dans un espace donné. Une halte motrice, si vous voulez ! ;-)

Ces sorties sont très salutaires pour moi aussi, et en période scolaire j'ai souffert de ce que nous ne les vivions plus que le mercredi (le week-end ayant un rythme qui lui est propre qui n'est pas celui de la semaine où je suis seule avec les deux enfants). Ces promenades sont une véritable parenthèse dans ma journée durant laquelle je n'ai pas à me baisser cinquante fois pour ramasser des trucs épars, ni à vérifier qu'aucun enfant ne tourne autour de la gazinière pendant que le repas mijote, ni balayer la cuisine trois fois de suite alors que Damoiseau et Damoiselle vont de la maison au jardin (avant d'abandonner et de m'en vouloir pour tout ce temps perdu pour un peu de boue), etc. Il y a un côté très "Petite maison dans la prairie" à observer ses enfants, plein de santé et d'énergie, crapahuter dans tous les sens en criant de joie.

Bien. Oui. Mais il faut dire aussi... que parfois, je m'ennuie un peu. C'est vrai, moi, j'aime marcher. Rester plantée là à regarder, bon, ça va cinq minutes, quoi.

La temporalité des adultes et des enfants n'est pas la même. Vous leur demandez de se brosser les dents trois minutes et ils ont l'impression qu'ils seront devenus des vieillards avant d'avoir terminé. Ils vous demandent de rester "encore un petit peu, Maman !", et vous vous mettez à regarder l'heure toutes les cinq secondes en piétinant.

Je me suis fait une règle de ne donner le signal du départ que lorsque je perçois les premiers signes d'énervement et de fatigue. Cela doit venir des enfants, pas de moi. Reste que parfois, ces séances durent. Et j'en suis en fait profondément ravie, si seulement je pouvais trouver une occupation !!

J'en ai trouvé une : je nettoie. J'emporte désormais un sac en plastique avec moi et pendant les jeux des enfants, je ramasse les vieux paquets de clopes détrempés, les capsules rouillées ou les éclats de verre. Les endroits qu'affectionnent Antonin et Louiselle sont visiblement prisés aussi par une folle jeunesse qui éprouve le besoin de marquer son territoire sans se préoccuper d'écologie. Je nettoie. Au moins, comme ça, mes enfants peuvent ramasser des petits cailloux sans risquer de s'entailler la main. Bien. Je dois avouer que cela ne me change guère de mes activités domestiques (oui, se baisser cinquante fois et compagnie), mais quoi. Chasser le naturel... Il faut dire tout de même que je suis drôlement fière quand je constate qu'un emplacement de nature a été nettoyé par mes soins ! ;-)

Ce qui devait arriver arriva : à présent, nos petits coins préférés sont à peu près propres. Me voilà donc revenue à la case départ. Qu'est-ce que je pourrais bien faire à présent ?

Pendant une de ces matinées où je faisais donc le piquet, en suivant d'un oeil attendris les gambades de mes enfants, mes cours hebdomadaires de sophrologie me sont revenus dans le corps. C'est vrai, finalement. Alors même que j'ai conscience qu'il s'agit là d'un des meilleurs moments de ma journée, je m'ennuie. Et si je m'appliquais à accueillir le présent, tout simplement ? Et comme cela relève d'une véritable technique, il est certain que cela va me désennuyer.

Nos enfants, nous les aimons. Tout le temps, inconditionnellement. Tellement fort que nous n'y pensons pas souvent. C'est tellement évident. C'est un peu comme de respirer. C'est quelque chose avec quoi nous vivons en contact permanent - et que nous ne sentons plus vraiment.

Louiselle, 2 mois, et sa Maman :
une belle séance d'amour intentionnel !

Le but de ma méditation est donc tout trouvé : aimer intentionnellement mes enfants, qui, sous mes yeux, déploient leurs jeunes forces dans un cadre verdoyant. On peut imaginer pire comme exercice, non ? ;-)

Si l'aventure vous tente, voici un bref déroulé des différentes étapes. Il est évident qu'un peu d'entrainement est nécessaire pour parvenir à la conscience pleine du moment présent et des sentiments positifs qu'il suscite en nous. Mais la première étape a déjà beaucoup à apporter, et permettra de passer bien des minutes ! ;-)

1. Je m'enracine. Nous sommes dehors, rien n'est plus facile. C'est un exercice qui me parle beaucoup, et m'apporte immédiatement un sentiment de sécurité intérieure. J'applique consciemment la plante de mon pied contre le sol (enfin, contre ma chaussure), je la déroule ; j'imagine que des racines partent de mes talons et de chacun de mes orteils pour s'enfoncer dans le sol. Je prends le temps de les visualiser dans leurs moindres détails. Et puisque mes enfants s'ébattent sous mes yeux, je songe aussi à mes racines familiales - finalement, ce sont elles.

2. Je respire. D'abord, j'observe ma respiration (toujours très imparfaite chez moi qui respire par la bouche...), puis je la modifie à mon rythme pour me relaxer. Au fur et à mesure qu'elle devient plus profonde, je prends conscience de cet incroyable pouvoir que j'ai sur mon corps. En observant mes enfants, je m'applique à imaginer que l'air pénétrant par mes sinus, et ressortant entre mes lèvres a une énergie spécifique, qui correspond à ce que je vis : "énergie" de Louiselle gravissant de vieilles marches, "détente" d'Antonin qui fait une pause en observant une fourmi, "chaleur" du soleil qui se réverbère sur la peau de mes enfants, "fraicheur" du vent qui rebrousse leurs cheveux... Cette respiration qui est mienne, mais tout habitée du spectacle auquel j'assiste, je la prends elle-même comme objet de concentration. Et je l'utilise aussi pour observer comment mes pensées naissent et s'enchaînent. Quand je me rends compte que je suis en train de me dire : "Louiselle est sur la poussette, mais Antonin aimerait y être aussi", ou d'évaluer : "Mon garçon est trop mignon avec ce petit manteau", je reviens à la contemplation et à la réception de la sensation. J'essaie de ne faire qu'un avec ma respiration. Je me sens vivre. Je sens l'amour qui m'habite à l'égard de mes enfants.

3. Je me focalise sur mes sens. Bon, en l'occurrence, ne pouvant piocher un bambin pour le machouiller, l'humer, ni même le caresser, je me contente d'écouter et de regarder. Il y a tant de sons à entendre ! Le bruits des graviers qui crissent sous la semelle de Louiselle, le pépiement d'un oiseau, le craquement des feuilles sous les roues de la poussette, le bruit d'un caillou lancé, ou d'un bâton... Je laisse mon regard s'attarder sur les couleurs des vêtements de mes enfants, sur les formes de leurs silhouettes. Je prends le temps de voir ce qui les entoure, le sol, les talus, les plantes, les maisons alentour et au-delà... Je pose mon regard le plus loin possible, sur la montagne à l'horizon, sur l'infini derrière... Je reviens au petit doigt que Louiselle me brandit pour un bisou magique...

4. Je reviens dans mon corps, pour y réperer une tension, une douleur. Il y en a toujours ! ;-)
Sur l'inspiration,  je me remplis de tout ce que la scène à laquelle j'assiste a de positif pour moi (les couleurs automnales, les rayons de soleil sur les peaux encore bronzées de mes enfants...) ; sur l'expir, je diffuse toute cette chaleur sur la zone douloureuse. C'est incroyable comme cet exercice fonctionne bien, et me délivre de mes maux de dos ! Cela me bluffe toujours de constater le pouvoir que nous avons sur nos douleurs...

5. Suit un moment de bien-être total, durant lequel je sens mon corps et je sais ma posture. Alors, forcément, pendant tout ce temps, je continue à bouger. Pour suivre le rythme de mes bambins qui se déplacent, pour tendre une main secourable le cas échéant. Mais j'ai conscience de tous les signaux des capteurs résidant dans mes muscles, mes tendons, mes os, qui croisent leurs informations avec celles données par les sens de la vue et de l'équilibre. Qui disait tout à l'heure qu'il s'ennuyait à être là ? ;-)

6. Je laisse tomber ma vigilance étriquée. Je suis attentive, c'est-à-dire ouverte. L'objet de ma concentration peut être ma respiration ou le mince flux de cailloux qu'Antonin verse dans ce trou d'eau.

7. Je choisis mes pensées. Je les observe et je me dis que je ne suis pas obligée de croire ce que certaines me disent ; la plupart sont issus d'une construction décrochée de toute expérience. J'observe les pensées qui reviennent de manière récurrente...

8. J'éprouve de la gratitude envers cette petite mèche de cheveux, mal coupée par moi, qui vole dans le mouvement de mon enfant, envers cette petite main si parfaite, avec le bon nombre de doigts qu'il faut, qui s'ouvre et se referme impeccablement, envers ces deux paires d'yeux merveilleux, envers ces petites oreilles si bien ourlées... Je visualise (dans la mesure où mes piètres connaissances scientifiques me le permettent) le travail des cellules et des organes dans leurs petits corps tout neufs. Je perçois les liens entre eux et moi (et dire qu'il y a quelques mois ils étaient dans mon ventre !), l'interconnection de toutes choses...

J'adore nos promenades du matin ! :-D

16 commentaires:

  1. Assez bluffant! C'est un peu comme si on avait "grandit ensemble"!
    D'abord car je ne sors plus en ballade sans un petit sac à déchets...
    Et ensuite parce que moi aussi, pendant les moments de ballade où Anjali s'amuse d'un tout et d'un rien, je me place sur le moment présent, et je l'apprécie, au-dessus, au-dessous et au dedans de mon être...
    et j'essaie de voir le moment avec les yeux tout neufs d'Anjali, comme si je débarquais également à l'instant... et que c'est bon...
    Tu écris bien tout ça!!! Bravo, et tes photos sont toujours aussi belles! ;-)

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  2. Pour moi, ma ballade intérieure ce fait le soir quand je berce Émy pour l'endormir. Nous sommes dans la pénombre et je me laisse bercer par les mouvements de mon corps et ses petits bruits de succion, souvent quand je reviens de ma méditation, elle dort depuis longtemps et je n'ai pas vu le temps passé ;-)
    J'aime particulièrement ce moment dans ma journée...

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  3. J'ai été tellement surprise par la sophrologie pendant ma grossesse que je suis certaine de pouvoir vivre ce genre de balade intérieur moi aussi...il faut que j'essaie!!!!
    Je prends déjà beaucoup de plaisir dans mes balades matinale avec la gommette et ça, depuis que je la laisse avancer à son rythme! Il est vrai que nous sommes plein de contradiction, nous parents, à toujours trouver que nos enfants ne restent pas concentrés assez longtemps sur certaines activités et en même temps à les presser d'accelerer quand ils le sont...
    J'aime regarder la gommette avancer seule sur un chemin au milieu des champs (pas très difficile, nous vivons au milieu des champs!), se baisser pour regarder une fourmi, une flaque, de la terre...la voir partir en courant d'un coup ou s'exercer à sauter! Alors oui, je vais tenter la balade intérieur en extérieur et dès demain!

    Profite bien des vacances!!!!

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  4. héhé! moi aussi je nettoie!! :) mais la jeunesse gembloutoise est plus persévérante, c'est toujours crado, toujours... quand j'ai enlevé tous les morceaux de bouteille de pasoa et autres scotch, je m'allonge sur le banc en bois pour faire quelques étirements ou je fais des respirations "longues lentes et profondes" comme dirait ma prof de yoga :) ça fait un bien fou!

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  5. Tellement merci pour cette note ! Ma chérie avait des nuits agitées ces temps-ci, je me suis dit qu'elle n'avait sûrement pas assez canalisé son énergie, et respiré l'air du dehors. Comme elle veut marcher comme une grande, et qu'il fait particulièrement chaud et beau chez nous en ce moment, je l'emmène se promener alentour. Aujourd'hui justement je me suis faite exactement la même réflexion que vous sur l'unité de temps pour un adulte ou un enfant et moi aussi j'ai pris conscience de m'ennuyer profondément. Souvent c'est moi qui met fin à la balade d'ailleurs. Alors merci pour la sophro, je vais tenter. Ce qui me délivrera d'une petite névrose héritée récemment (il y a 6 jours) alors que ma Gabrielle s'est ouverte le front en crapahutant (premier séjour aux urgences à 12 mois et demi). Je suis sans arrêt dans la pensée de me focaliser sur elle pour lui éviter un risque de chute. Je préfèrerais avoir quelque chose de plus positif en tête... Donc merci (encore.)

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    1. Oh, Pascaline, je suis désolée de la chute de votre puce !! :-(

      Une petite séance de sophro méditative ne vous empêchera pas d'être très attentive, je vous rassure... bien au contraire !!!

      Bonnes ballades ! :-D

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  6. C'est rare et sympa de te voir aussi :)
    La sophro me tente bien du coup, je vais essayer à l'occasion car c'est pareil ici, quand ma fille s'arrête sur un détail pendant une ballade, ça peut être long.

    Eve

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  7. C'est une excellente "occupation".... mais à moins de me "cacher" derrière un livre ("Maman n'y est pour personne"... et encore, succès très très limité), il y a toutes les 30 secondes une petite voix qui m'appelle pour que je vienne à son secours (typiquement, ma 18-mois qui escalade plus vite que son ombre et lâche tout pour redescendre....), une petite main qui tire sur mon manteau pour que je vienne jouer avec elle, construire un château, tenir les "trésors"....

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    1. Coucou Clotilde !

      Tout cela peut être fait sans sortir de sa méditation, c'est justement le challenge ! Il n'y a que dans les temples qu'on peut méditer sans être dérangé, mais c'est artificiel : dans la vraie vie, il faut rester "là" pour venir en aide, répondre... Mais je t'assure que c'est possible avec un d'entrainement ! ;-)

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    2. Les Clotildes ont les mêmes questions! Je crois que je n'ai pas encore le niveau necessaire pour arriver à être dans un niveau de pleine conscience (moi ça me fait vraiment penser à la pleine conscience ce que tu décris) et en même temps répondre à mes enfants

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    3. À vrai dire, moi non plus... mais j'y travaille !

      Pour le moment, j'ai tendance à sortir de ma méditation assez souvent, mais je sens les progrès de jour en jour !

      Et je ne m'ennuie plus ! ;-)

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  8. Ca me fait penser aussi à la méditation de pleine conscience qui propose justement de se reconnecter au moment présent.
    Je n'avais pas pensé au sachet à déchet, bonne idée !

    PS : j'ai instauré depuis le début de l'automne le "si il ne pleut pas goûter dehors !" qui a lieu parfois sur notre perron quand j'ai du mal à traîner mon ventre de femme enceinte. Ça relance bien l'après-midi (sans sieste ici ).
    A chaque fois j'ai une petite pensée pour vous :)

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    1. Il s'agit de méditation de pleine conscience, Clairette ! C'est elle ! ;-)
      La sophrologie utilise les techniques méditatives, en tout cas celle que je pratique.

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  9. Cet article m'avait profondemment marqué l'année dernière. Je l'avais oublié et ce matin, j'ai eu une très forte envie d'y revenir ! Il y a eu un avis de tempête (émotionel) chez nous la semaine dernière et c'était moi l'ouragan. Et malheureusement, c'était une récidive... Bien sûr, je ne suis pas fière d'avoir crié sur mes enfants, c'était injuste et cruel, ma colère n'avait rien à voir avec eux. Ton calendrier de l'avent me fait beaucoup de bien et porte ses fruits.

    J'ai entrepris un long chemin de réflexion sur celle que je veux être, pour moi et pour ma famille. C'est terrible d'être dominé par un sentiment violent, et cela me fait comprendre ce que mes enfants ressentent, sans filtre.

    Jour après jour, je vais explorer la pleine conscience afin de lutter contre cet ennemi intérieur, pour trouver mes failles et tenter de les combler. C'est pourquoi cet article m'est revenu en mémoire.

    J'ai compris ce qui l'a déclenché ce soir là : un fort sentiment de solitude et d'abandon. J'étais seule avec trois enfants (mari en déplacement), un nourrisson qui hurlait (normal, j'étais la tempête) et deux petits qui bien sûr réagissaient d'une manière de petits face à cette explosion (agitation extreme, refus de manger, refus de tout, et pourtant de la compassion pour leur maman. Si si, ils sont extraordinaires, malgré ma colère, ils sont venus me consoler, incroyable).

    Voilà, je ne savais pas que j'étais habitée par tant de colère moi qui suit calme et sereine. Je crois que je suis sous contrôle permanent, c'est sûrement la source.

    Un grand merci pour cet article, qui, tu le vois va m'aider à cheminer !!

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    1. Céline, je t'envoie PLEIN d'ondes positives...

      Bon courage, et dis-toi qu'il y a au moins un truc de bien avec les "coup de mou" : c'est que ça permet d'en apprendre sur soi et d'avancer...

      Bisous à tes trois petits ! :-)

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