mardi 17 septembre 2013

Une nuit d'insomnie : état des lieux


Une nuit de la semaine dernière, je n'ai pas réussi à fermer l'oeil. C'est qu'un certain nombre de questions essentielles me travaillaient fort à la veille de la rentrée d'Antonin.

Lorsque j'ai découvert la pédagogie Montessori, j'ai d'abord cru que j'allais pouvoir en faire bénéficier mes enfants en les inscrivant dans une école alternative. La vie en a décidé autrement, et j'ai tout raconté ICI. À présent, mon travail de deuil est terminé. J'ai digéré le fait qu'Antonin et Louiselle fréquentent l'école de la République, et pour être complètement honnête, cela comporte autant d'avantages que d'inconvénients. J'essaie à présent de penser l'enseignement scolaire dans une relation de complémentarité (et non d'opposition) avec ce qui se passe à la maison.

Mais voilà : QU'EST-CE QUI SE PASSE, AU JUSTE, À LA MAISON ??

Voilà le noeud des interrogations qui m'empêcherèrent de fermer l'oeil. Je ne sais pas trop bien ce qui se passe à la maison en terme d'apprentissages formels. Nous avons une salle dédiée à nos activités dans laquelle nous n'allons presque jamais malgré la demande insistante du Damoiseau ; c'est que nos étagères comportent tout un tas de plateaux et de matériels qui ne sont pas adaptés à l'âge de Louiselle. Et comme Louiselle est toujours avec nous, nous ne pouvons aller "faire du petit tapis" (pour reprendre l'expression d'Antonin) que ponctuellement, le week-end, lorsque le Papa des enfants peut s'occuper de sa fille. 

Le bilan est simple à exprimer : nos moments purement "pédagogiques" sont rares et courts, et excluent 50% de mes enfants.

Bien. Il fallait donc faire quelque chose. Mais quoi, et par où commencer ?

Mmm... Cette nuit-là, j'ai commencé par réfléchir à ce que je ne voulais pas. C'est toujours plus simple à exprimer, je trouve !

1. Je ne veux pas faire l'école à la maison. Rien que cette idée me rend complètement nerveuse. Peut-être parce que je suis enseignante de métier et que je ne suis pas du tout prête à mettre en oeuvre autant d'énergie pour un enfant qu'il en faut pour trente (car oui, un élève, c'est presque autant de boulot en amont qu'une classe entière). Certainement parce que je sais qu'en tant que mère je ne suis pas du tout objective sur le niveau de compétence de la chair de ma chair. Surtout parce que je refuse d'être "L'adulte référent à tous les étages" - hé, je suis leur mère, c'est déjà énorme, non ? Si un jour ils payent des psys, ils passeront des heures à parler de moi, pas de leurs enseignants successifs que je sache. Je n'ai pas à craindre la concurrence !!! Plus sérieusement, je sens qu'ils ont besoin d'apprendre par d'autres que moi. Parce que la relation mère - enfants est bourrée d'affects et de séduction, et que je sais bien que mes enfants rechigneraient à faire certaines choses avec moi alors qu'ils les feront avec plaisir dans un autre contexte. Et parce qu'au moins, si leur enseignant échoue à leur apprendre quelque chose, je pourrais dire que c'est de la faute de l'adulte ou de sa méthode sans avoir à me remettre totalement en question. :-D

2. Je ne veux pas imposer à mes enfants une tranche de travail supplémentaire après une journée d'école. C'est vrai, c'est séduisant : j'aménage une pièce bourrée de matériel, et après la classe, j'organise des activités Montessori afin que tout le monde se détende... Ah, ah. Je suis enseignante, ne l'oubliez pas. Je SAIS ce que c'est qu'une journée d'école. Personnellement, j'en sors sur les rotules, et mes pauvres élèves ne sont pas beaucoup plus vaillants. Et puis, les enfants ont des besoins que je n'ai plus (ou moins) : courir, crier, jouer, jouer, jouer. Le temps non-scolaire est fait pour cela, pas pour se contraindre à nouveau, se concentrer et se mettre le cerveau à l'envers. On n'est pas en Corée.


Ce que je veux, à présent ?

- Je veux préparer mes enfants à leur vie future en les aidant à déployer le meilleur d'eux même. Je suis persuadée que former des adultes consiste à donner aux enfants ce dont ils ont besoin en tant qu'enfants.

- Je veux être la garante de la bonne santé de mes enfants : au niveau physique, moral, mental et spirituel. Je veux apprendre à accepter leurs ressentis, à suivre leurs idées. Je veux leur permettre de rencontrer d'autres gens (plein d'autres gens) sans se perdre eux-mêmes.

- Je veux que mes enfants aiment apprendre, et qu'ils apprennent bien. Et pour ce faire, je pense qu'il est primordial de leur donner des responsabilités (à leur mesure), de leur permettre de faire des erreurs, de prendre des décisions, de faire des choix. Je veux apprendre à les respecter en tant qu'apprenants distincts de moi-même : nous ne savons pas les mêmes choses, nous n'apprenons pas de la même manière. Mes enfants savent mieux que moi où ils en sont, ce dont ils ont besoin et quel est le meilleur chemin pour eux vers une notion. À moi d'observer pour savoir quel matériau (au sens large) proposer à quel moment.

- Je veux que mes enfants travaillent, et qu'ils aiment cela : qu'ils musclent quotidiennement leur imagination, qu'ils developpent leur créativité. Je veux qu'ils aiment vivre, et ce, toute leur vie. Je veux qu'ils aiment lire, écrire, dessiner, danser, jouer de la musique, compter, faire de l'algèbre, jouer des rôles au théâtre et parler. Dans mon monde idéal, voilà quelles seraient les matières enseignées à l'école ! ;-)

- Je veux partir de ce que mes enfants savent faire, de ce qu'ils aiment faire - et non de leur "lacunes" ou de ce qu'ils sont censés savoir faire. En d'autres termes, je pense que vous n'entendrez plus parler d'activité "pinces à linge" pour Antonin d'ici un bon moment !! :-D

- Je veux de l'autonomie et de l'auto-discipline pour tous les êtres humains vivant sous notre toit.

- Je veux procurer à mes enfants un environnement dans lequel ils puissent s'épanouir et se ressourcer, peuplé d'objets qu'ils aiment.


Aucun de ces points ne sera pris en charge par les enseignants de mes enfants. La preuve, si j'en avais besoin, que décider de les scolariser ne me délestait pas de ma mission éducative, et que notre pièce sous les combles avait sa raison d'être.

Au petit matin, j'étais gonflée à bloc. Notre "pièce aux petits tapis" (il manque un nom à cet espace, si vous avez des suggestions...) s'est vue complètement remaniée. Louiselle y est à présent la bienvenue, tout est à son niveau, à sa mesure, et à ceux de son frère aussi, bien sûr. L'aménagement n'est pas terminé, mais j'ai plein d'idées !!

Et vous savez quoi ? Depuis la semaine dernière, nous y passons trois heures en moyenne chaque jour !! Autant qu'une matinée d'école... ;-)

(Je n'ajouterai PAS que nous y apprenons tous trois fois plus... )
:-D

14 commentaires:

  1. Bonjour Elsa,

    Très intéressantes réflexions qui alimentent les miennes, car de même, je ne souhaite pas faire l'école à la maison (vive la sociabilisation !), tout en souhaitant faire quelque chose tout de même (qui ne serait pas du bourrage de crâne)...

    Pour la pièce aux petits tapis, je propose comme nom : l'Atelier.

    (j'aime beaucoup le NOUS dans la dernière phrase :-)

    RépondreSupprimer
  2. Passionnant ton article.

    "L'atelier" c'est pas mal, je vote pour :-)

    La pédagogie montessori, c'est au quotidien qu'elle se pratique. Plus un art de vivre qu'une méthode. Y'a qu'à te lire pour s'en rendre compte, c'est une approche de l'enfant plus que des sessions de travail organisé.

    Je n'ai pas de solution à t'apporter mais tant qu'Antonin va à l'école à mi-temps, organiser un "complément" de formation me semble la meilleure solution.

    Honnêtement, n'aurais-tu pas été un peu malheureuse/frustrée de confier toute l'éducation montessorienne a une ecole ?

    Ève

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, Eve, je ne crois pas, honnêtement : le Montessori "pur" n'étant pas possible à la maison, je garderai au fond de moi une légère déception de ne pas avoir pu leur faire profiter de ce type d'école... :-(

      Supprimer
  3. Et bien dis donc, elle était productive cette nuit blanche!

    RépondreSupprimer
  4. Je comprends et partage complétement tes réflexions...

    Je pense que faire l'école à la maison c'est envisageable surtout quand les enfants ne vont pas à l'école...
    Mais bon, je ne suis même pas sûre que je pourrai le faire si mes enfants n'étaient pas scolarisés dans le système classique. Je suis leur mère et aussi une enseignante mais pas leur enseignante et mes enfants le savent bien.

    Il n'empêche qu'à la maison nous apprenons mais ce n'est pas l'école (même Montessorienne) à la maison...

    Ici j'insiste surtout sur l'autonomie, la qualité de l'écoute et d'attention, la coopération des mes 2 loupiots et sur leur besoin de "motricité" : pour moi c'est ce qui manque le plus à l'école.


    Ps: je trouve que l'Atelier c'est vraiment une bonne idée

    RépondreSupprimer
  5. Très intéressant, cette réflexion. Nous sommes nombreux à réfléchir dans ce sens je pense.
    Proposer de l'éveil, du complémentaire sans surcharger ou empiéter sur l'école (surtout avec des plus grands, ce n'est pas toujours simple). C'est vrai aussi que Montessori, c'est une façon de vivre et d'envisager l'éducation dans tous les moments du quotidien. Je trouve d'ailleurs de plus en plus que des approches parallèles comme Reggio d'Emilia sont très intéressantes pour l'éveil, l'exploration, la recherche libre... en particulier pour les enfants scolarisés (à l'école, on a moins le temps d'explorer, c'est nécessairement plus cadré).
    En tout cas, votre atelier est très beau, très inspirant, je comprends que vos enfants aiment y passer du temps !
    Chez nous le soir, notre atelier est aussi un endroit où mes trois loulous aiment passer du temps, malgré une journée complète à l'école. Selon leur disponibilité, ils choisissent des activités plus ou moins cadrées, plutôt Montessori ou plutôt Reggio. Ma petite de trois ans dit qu'elle "fait ses devoirs" lol, comme son frère et sa soeur qui eux en ont ...
    En tout cas, ici, on souhaite tout plein de bonheurs complémentaires, à l'école et à la maison, à Antonin !

    RépondreSupprimer
  6. Oui,oui moi aussi je partage ta réflexion même si je n'ai pas participé à la nuit d'insomnie :-))
    Je l'avais déjà dit, je pense, mais j'aime me dire que mes enfants évoluent dans une ambiance Montessori à la maison sans faire forcément des activités identifiées comme telles.
    Moi non plus je ne me vois pas faire l'enseignante de mes enfants (même si j'y ai pensé un moment), peut-être par manque de confiance et/ou de patience mais je vais m'attacher, en tout cas, dans les prochains mois et années, à leur proposer ce qui ne peut l'être ou développer à l'Ecole, c'est à dire tout ce qui touche aux aspects créatifs, artistiques, linguistiques (je vais pouvoir moi aussi apprendre des choses...).
    J'aime bien aussi ton idée d'autres adultes référents pour nos petits bouts(cela m'avait aidé il y a quelques temps à renoncer à mon idée d'école à la maison), parce que je crois beaucoup aux rencontres et que l'école et puis bien d'autres lieux ensuite permettront à nos enfants de faire ces rencontres, si importantes pour leur "développement"(je n'ai pas trouvé d'autre mot).

    RépondreSupprimer
  7. Oh que ça fait du bien, cette série de réflexions de bon sens !

    RépondreSupprimer
  8. je ne ferais que reprendre les commentaires précédents, en disant que ce genre de réflexion, je l'ai menée aussi, il y a un peu plus d'un an, quand j'ai hésité à mettre mon avant-dernière à l'école classique ou à commencer l'IEF...

    Et puis, j'ai sauté le pas avec beaucoup d'inquiétude...surtout qu'entre-temps, j'étais tombée enceinte de la dernière, mais c'était aussi la continuité de ce que j'avais déjà mis en place avec elle...et je venais de terminer une année éprouvante à faire le bouche-trou, pardon à être le complément des collègues, avec des manières d'enseigner que je n'approuvais pas, travaillant à 75%, mais y passant toutes mes nuits à préparer et corriger...

    C'est donc peut-être un ensemble de choses qui m'a poussé à enseigner à ma propre fille, mais c'est une aventure magnifique, difficile parfois aussi (eh oui, Choupinette est précoce et cela pose encore d'autres problèmes!). Mais je comprends tout à fait qu'on ait pu faire un autre choix, car c'est aussi très prenant, et pas évident!

    bilan : cette année , on a repris de plus belle, et comme on évolue vers le français et les maths à grande vitesse (la sienne), et que j'ai suivi cet été les stages niveau 3 et 4, c'est presque magique!!!

    et merci pour votre blog (que je n'aurais malheureusement pas le temps de parcourir en ce moment), où j'y retrouve certaines pensées que j'ai moi-même évoquées sur le mien : une vision de l'école similaire...

    Petit bémol : tout n'est pas toujours magique à la maison non plus, je vous rassure...

    RépondreSupprimer
  9. Un grand merci pour cette réflexion !

    Mes filles ont sensiblement le même âge que vos enfants (3 ans pour l'aînée, 16 mois pour la cadette), et je vous lis avec admiration depuis quelques mois.
    Mes freins à l'IEF sont les mêmes que vous : cette question de l'unique adulte de référence et de l'impossibilité d'être objectif avec ses propres enfants.

    Je me demandais comment vous faisiez pour réussir à faire travailler autant vos deux enfants, je n'y parviens pas du tout : je suis principalement seule avec elles, et la petite veux forcément faire comme la grande... et inversement ! Impossible de commencer par une seule couleur en peinture, par exemple. Mon aînée m'a demandé depuis Juillet à utiliser les 3 couleurs "ça fait quoi comme couleur ? Oh, de la terre, du chocolat, du marron !"... ce dont a profité ma cadette, qui ne voulait absolument pas se contenter d'une seule ! Comment ça fonctionne, dans une classe Montessorienne ? Pour moi, c'est un grand mystère !
    Alors, quel soulagement (très égoïste je l'avoue) de voir que chez d'autres aussi, ça coince !
    Car, notre déménagement n'aidant pas, j'avais abandonné peu à peu nos activités, persuadée d'être juste trop incompétente pour continuer nos ateliers (nous aussi, on appelle ça comme ça, même si nous n'avons pas de pièce spécifique). On fait tous les jours bricolages et autres, mais sans la rigueur montessorienne... et donc sans le plaisir, la joie d'apprendre qui va avec.
    Et ça manque terriblement à mon aînée, qui réclame "du travail", et qui souffre de ne jamais pouvoir faire une activité constructive pour elle-même, sans être perturbée par sa petite sœur qui l’empêche de se concentrer, veut toucher à tout, etc. D'autant plus qu'elles partagent déjà la même chambre, et que même jouer à la dinette tranquille (ou avec moi) est impossible plus de 5 minutes !

    Bref, je vais grandement m'inspirer de votre réflexion pour créer un petit coin montessorien dans le salon...

    Vraiment, un très grand merci ; je suis remotivée, reboostée, à fond !

    RépondreSupprimer
  10. Chez nous la salle de classe s'appelle "jardin d'éveil" : on y fait des activités Montessori et aussi beaucoup d'autres choses, de la musique, de la danse, des jeux...

    L'année dernière, mon grand passait 6 à 7 h par jour à l'école et il rentrait épuisé, on ne pouvait pas faire d'activités de type pédagogique le soir, il était trop fatigué. On en faisait à petite dose le WE, dans le salon. Mais avoir un espace complètement dédié, cela donne beaucoup lus envie d'y consacrer du temps.
    Maintenant en faisant l'IEF seulement 2 à 3 heures par jour, il a beaucoup plus de temps pour jouer et ne pense même pas à s'ennuyer.

    RépondreSupprimer
  11. A propos de "L'adulte référent à tous les étages" : on peut faire en sorte que ça ne soit pas le cas, même en IEF. Les parents ne sont pas des super héros et ne savent tout, il est juste que les enfants le savent. Mon fils par exemple, prend des cours de musique et de natation avec des professionnels, qui sont des hommes et qui lui apportent leur compétence - qui n'est pas la mienne- et leur approche qui n'est pas féminine. Il fait des sorties culturelles avec ses grands-parents. On va à l'écomusée et il pose des questions au forgeron, au fermier, à l'apiculteur... A la maison, il me pose souvent des questions dont je connais pas la réponse (relative à la physique, la biologie ou la philosophie) ; on va faire des recherches dans les livres ou sur internet. Ainsi il se rend compte que même quand on connait pas quelque chose, on peut progresser en faisant des recherches ou en posant la question à quelqu'un de compétent. Il développe sa curiosité.

    RépondreSupprimer
  12. Bonjour,
    Je suis aussi instit, et je me suis posée également bien des questions comme les vôtres. Merci infiniment pour ce partage, ça me motive à fond pour 1/ prendre un temps partiel l'année prochaine... 2/ déculpabiliser de ne pas faire d'activités programmées à mes filles, 3/ voir que tout ce qu'on fait à la maison, si tout était un peu mieux rangé/présenté/ ordonné, c'est déjà chouette!!!! je reviendrai fureter par ici...
    Merci

    RépondreSupprimer
  13. bonjour! Tu as su mettre des mots sur des questions que je me pose aujourd'hui!
    Je vais tout comme toi me questionner maintenant sur la façon dont j'accompagnerai mon fils lorsqu'il sera en âge de rentrer à l'école. Merci infiniment pour ton blog, il est une véritable source d'inspiration pour moi! A bientôt

    RépondreSupprimer