vendredi 27 avril 2012

Difficile deuxième année

Lors de la première année d’Antonin, nous nous sommes - simplement, allais-je dire - appliquer à comprendre son désir et à remplir ses attentes, persuadés que nous étions (que nous sommes) que cette attitude de totale disponibilité parentale et cette rapidité de réponse lui permettait de mesurer la force de ses moyens ; de là, il a jugé le monde bon ou mauvais. Et oui, je suis convaincue que l’enfant dispose d’une année pour devenir optimiste ou pessimiste, pour être confiant ou méfiant envers autrui ! Qu’est-ce qu’une année au regard de l’enjeu ! Il fut donc très important pour moi de ne pas ménager ma disponibilité.

La seconde année, tout change, et hélàs, tout se complique, surtout pour nous autres, les éducateurs. Antonin a fort bien compris qu’il avait un pouvoir sur le monde, et c’est une très bonne chose, parce que c’est vrai. Mais à présent, il doit intégrer qu’il n’a pas TOUT pouvoir sur le monde (ni sur autrui), sans quoi des comportements pathologiques de perversité et de manipulation pourraient s’ancrer en lui pour la vie. Je sais, hélàs, de quoi je parle, pour l’avoir vécu avec des membres de ma famille, ou encore pour le constater dans mon travail. Nous voyons parfois arriver des enfants de 3 ans qui sont des “enfants-rois”, complètement désorganisés, tyranniques et… malheureux.

“Un enfant qui peut faire n’importe quoi sans frein, sans loi, n’est pas un enfant libre : il est l’esclave de ses défauts, qui apparaissent s’il ne vit pas dans des conditions favorables (de même que la maladie peut arriver quand on n’a pas des habitudes et une nourriture saines).” (Jeannette Toulemonde, Le quotidien avec mon enfant, Editions l’instant présent, 2010, p. 85).

Autant dire qu’en tant que parents, cela nous met une pression monstre ! Je ne me rendais pas vraiment compte de cela avant d’être maman. Car, croyez-le ou non, il est bien plus facile de faire accepter la limitation de leur toute-puissance à 30 élèves qu’à un seul fils ! Et oui, mes élèves, je les respecte infiniment en tant que personnes, mais je ne les aime pas. Pas de pathos. Je suis dans la sphère professionnelle. Je n’éprouve pas le besoin de crier (et je n’ai bien évidemment pas le droit de les frapper !), je garde la tête froide face aux conflits et aux tentatives de séduction, j’applique la justice. Point.

Quelle différence lorsqu’Antonin se met à hurler (ah, nous venons de fermer la porte de la cuisine dans laquelle il n’a pas le droit de rentrer seul…) ! J’ai l’impression que mon propre être se déchire ! J’ai l’impression d’entraver son développement ! J’ai l’impression de le faire souffrir et cela me fait souffrir ! Pas évident, dans ce flux d’émotions, de réagir de façon appropriée…

Jusqu’à présent, avec Antonin, nous avions organisé l’environnement de façon à ce que les objets fragiles ou dangereux soient hors de sa portée. Mais voilà, le temps arrive où cette installation n’est plus viable : Antonin est à présent assez fort pour pousser l’ampli et entrer dans la caverne d’Ali Baba. Ou pire, si nous le bloquons vraiment fort, il monte sur le canapé (facile !) et se laisse tomber de l’autre côté… tête la première ! Je l’ai rattrapé au vol il y a deux jours et j’en ai encore des sueurs froides ! Il aurait pu se fendre le crâne ! Evidemment, il a senti mon émoi, et maintenant, à chaque fois qu’il escalade le canapé, une fébrilité complètement disproportionnée le prend… Il ne contrôle plus ses gestes, il menace de tomber, j’interviens, il gesticule, hurle (de rire, souvent, ce qui m’agace puisque j’essaie d’interdire…), le message ne passe pas, nous sommes énervés tous les deux… et il recommence dans la seconde qui vient !

Je constate bien qu’à cet âge, il n’a aucune conscience du danger (certains parents préconisent d’approcher une flamme ou un couteau de la main de leur enfant pour apprendre le “c’est chaud ! ” ou le “ça coupe ! “, mais je ne me vois pas…), ni de ce qui est permis ou pas. Bien sûr, c’est évident qu’il ne faut pas toucher au four brûlant ! C’est évident pour moi, pas pour lui. Et soudain, il a la surprise de me voir réagir par des froncements de sourcils, de gros yeux, voire des cris (c’est nul, je sais…). Réaction du Damoiseau : “Tiens, j’ai le pouvoir de provoquer ces manifestations rien qu’en tendant la main vers le four ? C’est amusant. Vite, recommençons pour voir si ça marche à tous les coups !”

A l'usage des parents bien sûr...
pas des bébés ! ;-)

J’ai beaucoup réfléchi à l’attitude à adopter à ce stade de son développement, et voilà mes conclusions. Puissent-elles aider d’autres parents qui passent par ce cap difficile ! Et bien sûr, j’apprends toujours énormément de vos témoignages ! 

1. D’abord, réorganiser l’aménagement (encore et toujours). Bien faire la part des choses : oui, la cuisine, c’est dangereux (la porte reste fermée). Par contre, la caverne d’Ali Baba est ouverte quelques heures par jour. Et finalement, je constate qu’Antonin n’y fait pas tant de bétises que ça (pour le moment, il n’a jamais dérangé les livres, ni embêté les plantes). C’est comme si ses forces croissaient proportionnellement à sa raison : il peut à présent entrer dans cette partie de la pièce, mais il n’y fait plus les mêmes bétises qu’il y a six mois. J’essaie de lui donner quelque chose d’intéressant à explorer : en ce moment, c’est un petit bol rempli de médiators, de cordes de guitare, etc. qui le fascine. Et ce n’est pas dangereux.

2. En règle générale, j’essaie de détourner son attention de l’attitude que je veux éviter. Il est monté sur le canapé, très excité, et caracole au risque de tomber ? J’explique à Antonin que je ne suis pas d’accord pour qu’il fasse cela, et je quitte la pièce et vais dans sa chambre, en laissant la porte grand ouverte. Je vous préviens, ça suppose d’accepter des battements de coeur… Mais deux secondes plus tard, Antonin est avec moi, complètement calmé (puisque c’est le fait d’être sur le canapé qui l’excite). En fait, il s’agit ici de faciliter l’obéissance de l’enfant en lui proposant quelque chose de plus intéressant à faire. C’est moins épuisant et plus efficace, et de toute façon, gardons à l’esprit qu’avant deux ans, le “permis” et le “défendu” sont des notions complètement extérieures à l’enfant. Lorsqu’Antonin grimpe sur le canapé et gesticule, il est poussé à le faire, et il ne se pose pas la question du pourquoi ni du comment !

3. Antonin me frappe ! Je suis une Maman battue ! Evidemment, chez le tout-petit, c’est expérimental, et je sens bien qu’il exprime ainsi son amour dévorant (tout comme les enfants qui mordent). Mais c’est extrêmement douloureux à vivre, surtout quand on est exténué… Mon reflexe, c’est de crier NON en faisant de gros yeux, puis à m’éloigner. Bon, ça ne s’est pas révélé super-efficace, puisque le Damoiseau recommence  la première occasion (et semble ravi de me donner une baffe, comme s’il m’embrassait !). J’ai décidé de tester une autre méthode : je respire un grand coup, je dis STOP, et je lui saisis la main pour lui montrer comment caresser ma joue. Et je dis “Tu caresses… Caresse…”. Je me dis qu’ainsi j’inscris le bon geste dans son corps.

Et puis, il faut se dire que ce n’est qu’une phase… dont on dira plus tard que c’était “l’âge mignon” !!!

P.S. Encore un (trop) long article… J’essaie de me soigner, mais en attendant, merci à tous ceux qui me lisent jusqu’au bout…

1 commentaire:

  1. Pour cet article, j'aurais deux lectures à te conseiller qui donnent des méthodes qui marchent très bien avec ma fille.

    « J'ai tout essayé », d'Isabelle Filliozat : un MUST pour moi. Un livre clair, concis, bien fait et qui apporte un éclairage essentiel pour comprendre les enfants (de 1 à 5 ans), qu'on peut relire facilement. Un « truc » que j'applique au quotidien avec Eloïse, 16 mois, c'est d'éviter la négation (qu'un enfant n'appréhende pas vraiment avant 18 mois environ). Par exemple, au lieu de dire « non, ne fouille pas dans la poubelle ! » → « Eloïse, la poubelle reste fermée », « ce qui est mis dans la poubelle reste dans la poubelle ». Ça marche vraiment bien avec elle, et ça évite beaucoup de « NON ! », beaucoup de cris (16 mois et je n'ai jamais crié sur ma fille), et d'énervements. Il faut parfois aussi beaucoup répéter mais ça rentre et c'est efficace sur le moment aussi.

    « Parents efficaces » du Dc Thomas Gordon : beaucoup moins plaisant à lire (traduction assez bof, lourdeurs et redondances, on est bien loin de l'écriture poétique et vibrante de Montessori), mais qui propose une méthode de communication respectueuse vraiment super. Ce livre là donne vraiment toutes les clefs pour l'appliquer. Un des grands principes de Gordon que j'applique aussi beaucoup, ce sont les messages « je ». Pour faire très très bref : au lieu de « ne me tape pas ! » → « je n'aime pas qu'on me tape ». Le but est d'amener l'enfant à prendre conscience par lui-même de l'impact négatif de ses gestes sur son entourage en disant son problème plutôt qu'en imposant une conduite à suivre, pour favoriser l'auto discipline.

    Les deux livre ont pour point commun de partir du postulat que l'enfant est bon par nature, et que ce n'est pas un petit monstre qui passe son temps à tester les limites autoritaires et nerveuses de ses parents et qu'il faut mater sévèrement sous peine d'en faire un dictateur miniature. Ça te parle ça, non ?

    Bon c'est très très très résumé ici mais ces deux livres sont disponibles à la FNAC en format poche pour 6 €. Je les conseille à tous les parents.

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