mardi 16 septembre 2014

Jeux de piste


Encourager ses enfants à marcher...

Je crois que c'est un gros sujet de réflexion parmi nous, que nous soyons randonneur confirmé ou promeneur du dimanche...

Pour moi, j'ai toujours été archi-frustrée sur cette thématique, depuis les premiers jours de ma maternité. De sérieux problèmes de dos m'empêchèrent d'utiliser les fameux "Caddy", et je n'ai porté mes bébés en écharpe que contre l'avis formel de mes médecins - je ne le regrette pas une seule seconde, mais je dois avouer avoir souffert un martyre... qui a stoppé net le jour où j'ai arrêté... :-(

Ensuite, c'est mon fiston qui y a mis une mauvaise volonté flagrante (en clair : la moindre balade s'achevait dans les hurlements...). Le jour où, au bord des larmes, je confiais à mon mari que je ne savais plus COMMENT l'accompagner à l'école et l'en faire revenir de manière sereine, nous décidâmes d'investir :


Boum. Le "jogger" fit irruption dans notre vie. Vous savez, cet espèce de remorque (les enfants l'appellent "calèche", s'il vous plait ! Non, non, ne cherchez pas QUI fait le cheval...) qui s'accroche derrière les vélos... Sauf que chez nous, qui vivons à flanc de coteau, les vélos, on oublie (du moins si on veut sortir du village, car pour le reste, il est construit sur du plat)... Bref, notre jogger se convertit en une espèce de méga-poussette... jaune fluo, oui : me voilà à présent connue dans le bourg comme le loup blanc jaune... C'est moche, mais comme dirait l'autre, ça peut sauver des vies - et je m'adresse ici explicitement à ces automobilistes qui roulent à tombeaux ouverts dans nos ruelles sinueuses limitées à 20 à l'heure, et qui me donnent de jolies sueurs froides... :-(

Mais bref. :-/

Bon, pour moi, ce jogger fut d'abord l'incarnation d'une défaite.

Moi, ce que je voulais, c'est que mes enfants MARCHENT ! Comment ce truc allait-il pouvoir les y encourager ?? :-(

Il les y a encouragés. Si.

Grâce à lui, nos limites géographiques furent très largement repoussées. Nous faisons à présent des balades formidables, et les enfants, selon leurs capacités et leurs envies respectives, marchent. Quand ils le souhaitent. Et de plus en plus.

Cette année, pour nous rendre à l'école - le trajet est plat - j'ai décidé d'acheter une seconde draisienne pour Louiselle. Mais je prends tout de même le jogger qui, s'il ne sert jamais à l'aller, me dépanne bien en fin de journée. A tout le moins, il me permet d'entasser les sacs, les cahiers, les pommes de pins, les plumes, les bâtons et autres trésors récoltés, les vélos si les enfants veulent marcher, les vélos ET les enfants si ces derniers veulent se laisser pousser... C'est super pratique... et pour le moment aucune crise de colère damoisienne n'est à déplorer ! :-)

Vous visualisez le convoi que nous formons ? Les enfants avançant allègrement sur leurs draisiennes jumelles et moi courant presque derrière avec ma poussette XXL débordante de trucs et de machins ?? :-D

Bon, à présent, donc, mon Damoiseau avance. Mais je suis, depuis la rentrée, confrontée à un autre problème : puisqu'Antonin rentre à la maison pendant la pause méridienne, il faut à présent qu'il avance un peu plus vite le midi. Loin de moi l'idée de bousculer mes enfants, mais si nous mettons une heure pour parcourir nos 500m (si, si, cela s'est vu...) le temps de jeu libre entre 12 et 13 heures, "re-création" à laquelle je tiens tant, saute... :-(

J'ai vaguement pensé, l'espace d'une seconde, prendre la voiture... Non, je vous rassure, ce n'était qu'un moment d'égarement ! :-D

C'est alors que les bons vieux jeux de piste me sont revenus en mémoire...


Les semaines passées, j'ai pris des tas de photos. Sur nos trajets de tous les jours, nos promenades préférées ou celles que nous faisons épisodiquement - et surtout, sur le chemin de l'école. J'ai essayé de collecter une foultitude de petits détails "en dur" - j'ai évité les végétaux seuls, parce que certaines photos seront présentées à une toute autre saison.


J'ai tout imprimé, plastifié et perforé, et il ne me reste qu'à relier, dans leur ordre d'apparition, les 3 à 5 détails de la chasse aux indices du jour - que je fais varier de temps en temps. Le tout tient dans une poche.


Nous sommes aujourd'hui en mesure de faire le chemin en 10 minutes ! :-)

Les enfants observent une photo, se représentent la localisation de l'original - pour le moment, c'est assez facile... - et foncent pour confronter l'image et l'objet, afin de "vérifier". Puis, ils s'intéressent à l'indice suivant...

:-)

Et pour varier les plaisirs, voici d'autres idées de chasses aux indices que je concrètiserai certainement :

- La plupart des jeux de piste nécessitent une préparation en amont : un adulte jallone, la veille ou le matin même, le chemin de la promenade à l'aide de farine saupoudrée, de cailloux dignes du petit Poucet, de pommes de pin, ou de tout autre élément naturel...

- On peut aussi jouer à cache-cache, à condition d'être au moins deux adultes et deux enfants. Un couple enfant/adulte prend de l'avance et se cache sur le parcours... Les autres doivent les retrouver. Attention : ce jeu ne peut être pratiqué qu'au long d'un circuit très familier, de manière à ce qu'il n'y ait aucune ambiguïté... Sans quoi, les personnes cachées risquent d'attendre longtemps d'être découvertes ! ;-)

- Sur le principe de la chasse aux oeufs de Pâques, je songe à organiser une rando-papillotes quelques jours avant Noël... ;-)

- Mais il existe aussi des jeux de piste "spontannés", des chasses au trésor improvisées : collecter un maximum de feuilles mortes, de coquilles d'escargots vides ou de pommes de pin, en vue de décorer une "table de la nature" ou de confectionner un mobile... La cueillette de fruits sauvages (mûres, fraises des bois, etc.) est également très motivante pour les enfants fatigués.

- Et pourquoi pas une petite chasse phonologique ? On peut s'amuser à chercher sur le chemin des objets commençant par tel son : [a] comme "arbre", [b] comme "balançoire", etc.

D'autres idées ? :-)

lundi 15 septembre 2014

Un espace "lumière"


Voilà, j'ai fini de repeindre notre "espace lumière" et je me suis hâtée de le réaménager - à l'identique d'ailleurs - parce qu'il manquait cruellement aux enfants. Le voilà présentable (mais non pas "achevé", car j'ai encore quelques idées à concrétiser !), et je vous le présente donc, même si aucune nouveauté n'est venue s'adjoindre aux activités que je vous rapporte régulièrement.

Cet espace a naturellement trouvé sa place derrière une mini-cloison qui sépare l'espace sous les combles et qui bloque une partie des rayons de la lumière naturelle. Notez cependant que cette zone n'est en rien tamisée : les fenêtres de cette pièce ne sont jamais occultées, et la luminosité telle que vous la constatez sur les photos de cet article est parfaite pour mener à bien nos expériences sensorielles sans éblouissement. On a toujours l'impression, sur les photos, que les enfants expérimentent dans le noir, mais il n'en est rien ! Il s'agit d'une illusion due au contre-jour : la source de lumière étant face à l'appareil photo, les mains de mes enfants apparaissent en ombres chinoises ! :-)

Notre "espace" s'articule autour de trois pôles : le rétroprojecteur et le mur qui lui fait face (qui sert d'écran de projection), la table lumineuse, et des étagères proposant des petits matériaux spécifiques.


Les objets proposés varient tout doucement selon l'inspiration...

En ce moment, nos étagères contiennent :

- Une série de petits pots en verre vides d'entremet du commerce.


- Quelques boules en rotin, nos abaques.


- Des billes classiques, des billes plates en verre.
- Une jolie pomme de pin, des mouchoirs à plier.

 

- Une natte à rouler les sushis, un kaléidoscope, des miroirs à mains.
- Des coquillages, des plumes et des anneaux en bois variés.



- Des "glaçons" réutilisables en plastique, un plateau "magnétisme".
- Des bouteilles d'eau colorée.


- Une boite contenant des formes géométriques découpées dans du PVC (pochettes translucides).
- Un panier de cubes "fenêtres", très à l'honneur en ce moment (photos à venir).

Hormis les cubes et l'abaque, tout ce matériel est bon marché, se trouve facilement - la plupart du temps en grande surface.

Et vous pouvez me croire : il plait beaucoup !! :-)

Je prépare un spectacle pour inaugurer notre nouvel espace : vous serez tous invités... mais patience ! La préparation ne se fera pas en un jour ! :-D

samedi 13 septembre 2014

État des lieux #2


La rentrée amène invariablement son lot de questions familiales et professionnelles... Vous souvenez-vous qu'il y a un an je me posais la question de définir le type d'enseignement que nous pratiquions à la maison ? Et bien, j'ai beaucoup évolué sur ce point, car à présent, je sais ! ;-)

Ce que nous faisons, ce n'est pas l'école à la maison. Nous avons opté, dans notre famille, pour une école "à l'école". :-)

Ce que nous faisons ce n'est pas du Montessori, ni du Reggio, ni du Waldorf (ni du Freinet, ni du Manson, etc.)... Mais un peu de tout cela ; et j'ai la nette impression que ce qu'il en résulte nous convient merveilleusement. :-)

Ce que nous faisons, il y a un mot en anglais pour le dire, c'est du unschooling. Qui n'est pas, comme son nom semble l'indiquer, une "déscolarisation", mais une méthode d'apprentissage, souvent appliquée dans un cadre IEF, mais dont les principes peuvent être mis à profit dans un cadre plus institutionnel aussi.

Ce que je fais, à la maison, peut être réduit en une simple proposition : je suis (du verbe suivre !) mes enfants

Ce qui signifie : 

- Que j'ai décidé une fois pour toute que l'acte d'apprendre était un processus naturel et totalement jouissif.

- Que je présuppose que mes enfants sont aptes à décider ce qu'il faut apprendre et quand il faut l'apprendre. 

- Que je cherche toujours à m'éloigner au maximum des méthodes traditionnelles d'enseignement et d'apprentissage, d'une part parce que je les remets de plus en plus en question, d'autre part parce que mon Damoiseau les expérimente déjà quelques heures par semaine (à l'école !) et que je ne veux pas en "remettre une couche". 

- Qu'il s'agit d'apprendre dans le flux de la vie de tous les jours. Ça a toujours été pour moi une évidence : les objets "scolaires" n'en sont pas. Les lettres, les chiffres, le calcul, l'analyse grammaticale sont des objets du monde. De même que les dinosaures, les rois de France ou le mouvement des planètes. Ce sont des sujets que l'on aborde à table, en balade, en jouant... Ils ne sont pas cantonnés aux salles de classe, et il n'est pas question qu'ils deviennent tabous entre nos murs sous prétexte qu'ils font partie des programmes scolaires !! La maitrise de la langue, le goût de la recherche et du raisonnement, le développement des activités motrices, l'étude des langues et des civilations étrangères, la compréhension et la description du monde réel, l'Histoire, la Géographie, les Arts, l'esprit Civique et l'informatique vivent avec nous notre toit, alors pourquoi s'acharner à en écarter mes enfants ??

- Que mes enfants ne sont jamais contraints de quoi que ce soit. Bon, si vous voulez la vérité, ce sont eux qui me contraignent... à aller bosser quand je préfèrerais buller au soleil ! :-D

- Que les préférences de mes enfants sont les sujets d'étude les plus passionnants qui soient. Je n'ai jamais cru à la hiérarchie des savoirs. Un enfant qui aime la musique ne vaut pas moins, ni mieux, qu'un enfant qui aime les sciences. Laissons les enfants se gorger de ce qu'ils aiment jusqu'à plus soif ! :-)

Vous savez quoi ?

Je n'ai plus d'insomnie. :-)

Du moins, plus pour le moment ! :-D

Et j'ai retrouvé la pêche.
J'adresse un merci tout particulier à Céline, à Marie et à Oops pour leur petits mots/coups de pouce ! ;-)

mardi 9 septembre 2014

Cartes de nomenclature : quels animaux ?


Un petit break dans mes vacances...

Plusieurs d'entre vous m'ont demandé des cartes de nomenclature sur les animaux, mais je ne sais plus exactement quelles étaient les catégories qui vous intéressaient...

Je suis en train de fabriquer les cartes des "animaux marins", celles des "animaux de la forêt"... Si vous en souhaitez d'autres, manifestez-vous vite, je suis en plein élan !

:-)

samedi 6 septembre 2014

Notre semaine (36/14)

Ça bouge ! ;-)

J'adore le rythme. Dans tous les sens du terme. J'aime le tempo de la musique, que l'on écoute à peine, mais qui nous transperce, règle notre respiration cardiaque et nous donne envie de danser. J'aime ces retours réguliers, dans l'étude d'un phénomène - en Sciences, en Histoire, dans le vent ou les marées... - qui nous donne la possibilité d'injecter du sens dans le monde. J'aime l'équilibre, parfois instable et vascillant pourtant, qui émanne des oeuvres plastiques réussies. J'aime les débits des voix humaines, avec les inflexions qui leur sont, à chacune, propres.

Et j'aime ce qu'on appelle "les rythmes scolaires".

Ne vous inquiètez pas, je ne vais pas vous refaire cet article-là ! ;-)

Le rythme dit, "scolaire", on pourrait, en fait, l'appeler autrement. Je trouve d'ailleurs que les personnes qui en parlent le mieux sont les parents qui pratiquent l'IEF, et qui, centrées sur leur enfant, le suivent.

Le rythme "scolaire", c'est une succession de temps faibles et de temps forts, qui, sans que les uns valent mieux que les autres, s'imposent d'eux-mêmes, comme une respiration. C'est une question d'équilibre. De feeling. De mouvement.

Nos rythmes d'apprentissage à nous, les voici : cet été fut très intense, avec des séances dans l'atelier pouvant dépasser les deux heures quotidiennes. Les raisons ? Je ne sais pas... Une météo fraiche et humide, des enfants en forte demande de "petit travail" (sic)... À vrai dire, je serais bien sortie un peu plus, moi, certains jours, mais Damoiseau et Damoiselle réclamaient leur séance d'atelier à cor et à cris !! :-)

Par contre, pour la deuxième année consécutive, le mois de septembre est un mois très calme par ici. Du fait de la rentrée, oui, sans doute. Du fait aussi que nous y recevons - et c'est maintenant une tradition - une branche de notre famille que nous ne voyons pas souvent. D'ailleurs je n'écrirai pas la semaine prochaine, et voici mon dernier article avant quelques jours de vacances bloguesques ! :-)

Et sinon, la rentrée ?

Ben, ici, comme ailleurs, ce fut plutôt un non-événement. Rien ne semble étonner mon petit blasé de trois ans et demi : ni le fait que deux maitresses à mi-temps se partagent la semaine, ni que sa classe soit à niveau unique, ni le fait que certains camarades soient toujours là et que d'autres soient nouveaux... Ben quoi, c'est ça, l'école, et maintenant, Antonin connait l'école. Par coeur. ;-)

Moi, ce que je vois, c'est que mon bonhomme file dans la classe le sourire aux lèvres, sans prendre vraiment le temps de me dire au revoir... What else ? :-)

Par contre, une chose est sûre : Antonin revient de ces matinées très clairement fatigué, je vais donc attendre encore un peu avant de lui proposer d'y aller l'après-midi...

 
Quant à ce fameux mercredi boycotté, il sera, dans sa classe, consacré aux arts plastiques ! Cela tombe bien, n'est-ce pas ? ;-)


Lorsque j'ai appris cela, je me suis exclamée à l'étourdie : "Ah, bien ! On fait justement beaucoup d'art plastiques à la maison..."

Ce n'est que sur le chemin du retour, que j'ai ri sous cape en imaginant ce qu'aurait été ce cri du coeur, si la maitresse m'avait annoncé que les mercredis matins étaient consacrés à l'étude de la phonologie ou de la numération...


"Ah, bien ! On fait justement beaucoup de phonologie/de numération à la maison..."

Je crois que l'enseignante m'aurait regardé d'un drôle d'air !!! :-D

Et pendant ce temps, dans l'atelier...

On découpe.


Le découpage a toujours la cote... Mais mes plateaux montessoriens continuent d'être boudés. Tant pis, l'important, c'est la pratique ! La star de ces derniers jour, c'est le découpage de boudins de pâte à modeler. Louiselle maitrise ! :-)


On mathématique.


J'ai présenté à Antonin le "Jeu de mémoire" montessorien. À vrai dire, j'ai hésité à me donner cette peine, car cela me semblait trop facile pour lui. Depuis le temps qu'il manipule la numération de 0 à 10 en long, en large et en travers... Je savais que cette activité, prise au sens strict, ne lui apporterait rien de nouveau...

C'était oublier que les activités montessoriennes ne se réduisent jamais "au sens strict" ! ;-)

Je me lançais donc un beau matin où je sentais que les activités dans l'atelier tournaient un peu en rond, et me mis, sous les yeux du Damoiseau, à écrire les nombres de la suite numérique sur de petits morceaux de papier. Bon, j'avais à peine réuni le matériel que mon fils me colle aux basques :

Antonin
Qu'est-ce que tu fais ?

Moi
J'écris "0" sur ce morceau de papier... Zéro... Et je le plie... Je prends un autre papier et je vais écrire... euh... Qu'y a-t-il après 0 ?

Antonin, du tac-au-tac
1.

Moi, écrivant, pliant, etc.
1... D'accord... Et après 1, j'écris quoi ?

Antonin, du tac-au-tac
2.

Etc. Il a répondu sans l'ombre d'une hésitation jusqu'à 8, après quoi il s'est mis à réfléchir pour pouvoir me fournir le nombre suivant. Quelle que soit la procédure (surcomptage ou addition de type n+1), j'ai eu alors la preuve que j'attendais depuis longtemps : le Damoiseau avait acquis la notion de suite numérique !

Ça parait bête, mais toute la compréhension des calculs futurs repose sur cette prise de conscience ; prise de conscience, qui est, d'ailleurs, par elle-même, une opération mathématique complexe. L'enfant, sans le savoir, exécute ce qu'on appelle une "application". Et même, si vous voulez faire l'esbrouffe en société, pouvoir dire que 3, c'est 2+1, c'est opérer sans le savoir l'application suivante :

u_{n+1} = u_n + r

C'est super classe, certes, mais c'est surtout primordial pour aller plus avant, et j'étais un peu "bloquée" tant que je ne pouvais mesurer la profondeur de la connaissance des nombres de mon Damoiseau !

Et voilà que ça me tombe dans le bec au détour d'une activité montessorienne... MERCI QUI ?? ;-)

(Et comme par hasard, du jour où j'ai eu cette révélation, Antonin s'est mis à ranger les nombres "dans l'ordre" à tout bout de champ... Oui, oui, décidément, c'est acquis !)


Pour le reste de l'activité, elle s'est déroulée de manière très académique, Antonin prenant plaisir à déplier les papiers, à les lire, et à partir en quête, dans l'atelier, du nombre d'objets correspondants à la collection nommée...

Encore une fois, si cela parait facile, il y a toujours plus dans cette activité que ce qu'elle semble contenir : l'adulte peut aussi vérifier, par ce biais, l'aptitude de l'enfant à catégoriser. Il s'agit, en effet de réunir une collection d'objets homogènes : si l'enfant tire le chiffre "5" et rapporte 3 aimants et 2 billes, l'adulte lui demande alors ce qu'il a rappporté. Si la réponse est du type : "Ce sont des objets.", c'est acceptable, puisque l'enfant les fait tomber sous le même concept. Sinon, il faut amener l'enfant à prendre conscience que les objets choisis ne peuvent appartenir à la même collection. Le cas s'est présenté ici une fois, et Antonin s'est corrigé très aisément malgré la difficulté théorique ! Encore une fois, les exercices montessoriens me bluffent complètement par la capacité qu'ils ont d'aborder des notions archi-complexes de manière si simple...


L'exercice fut repris plusieurs fois cette semaine... Mais que fait donc la Damoiselle pendant ce temps ? L'exercice est hors de sa portée, mais l'intrigue fort. Elle passe beaucoup de temps à piocher un papier, le déplier, le poser sur le tapis, le reprendre et le replier soigneusement (!). Et doit trouver qu'on l'ignore un peu. Elle brandit alors un chiffre en clamant "HUIIIIIT !". Bon sang. C'EST un huit. Il faut vraiment que je fasse quelque chose pour étayer l'appétit mathématique de Louiselle (qui, parallèlement, connait la comptine numérique jusqu'à 10 et est entrée de plain-pied dans le dénombrement...). Arg. Au boulot !

On puzzle.


Et même, on puzzle dur. Le sujet mérite que je fasse un petit point prochainement d'ailleurs. Antonin, en particulier, a fait des bonds prodigieux, et maitrise à présent TOUS les puzzles à sa disposition - mais quel bond n'a-t-il pas fait, ce Damoiseau, depuis ses trois ans et demi ? Bref, il va falloir que je réagisse, et, une fois de plus, j'ai l'impression d'être à la traine par rapport aux compétences de mes enfants...

Bref.


Notre seul puzzle zoologique d'inspiration montessorienne a un succès monstre. Antonin le refait très souvent (quasi les yeux fermés) et Louiselle est capable de le reprendre 20 fois de suite sans lasser ("20 fois" n'est pas une hyperbole...). Pour moi, je suis complètement séduite par ce type de support qui me permet de faire l'économie des fabrications de cartes de nomenclatures classifiées et d'éviter un ènième matériel à base de papier plastifié - toujours un peu cheap, il faut admettre -, et dont je visualise des utilisations possibles de la Petite section au CM2... C'est décidé, je commence officiellement une collection ! :-)

(Certains d'entre vous ont-ils acheté des puzzles de ce type chez Tangram Montessori, et si oui, les recommanderaient-ils ?).

On écoute.

Voici un petit jeu très simple : j'ai selectionné divers objets produisant des sons aisément identifiables (trousseau de clefs qu'on agite, agrafeuse vide que l'on pince, couvercle de petit pot que l'on presse, boulier que l'on secoue, minuteur que l'on actionne...). Je les montre un par un aux enfants, en les nommant, et en les faisant sonner. Je commence par deux objets - et j'augmente leur nombre petit à petit - que je cache sous un tissu. Les enfants doivent les reconnaitre à l'oreille.

Antonin est très fort ! Et même, pour tout vous dire, un peu détaché, puisqu'il est capable de faire l'exercice sans lever le nez de l'album qu'il est en train de lire... :-/

Louiselle préfère encore manipuler les objets sélectionnés librement en les nommant, ce qui est de son âge...

En tous cas, c'est une belle activité "musique" très facile à monter et à faire varier !

On phonologise.

Pas de surprise, c'était quelque chose d'annoncé : je tiens absolument à ce qu'Antonin apprenne à faire correspondre la graphie "AN" au son correspondant, en vue de l'apprentissage qu'il risque fort de faire, cette année, de l'écriture de son prénom.

Zut : ses maitresses ont étiqueté cette année les porte-manteaux des enfants par ordre alphabétique, ce qui m'a permis de constater du première coup d'oeil qu'il y avait une floppée de prénoms qui, dans la classe d'Antonin, commençaient par les lettres "AN" - mais, pas de chance, elle "sonnaient" toutes "ANE" (comme dans "Anaëlle", "Anatole" ou "Anaximandre")... Il est le seul enfant dont le prénom commence, phonologiquement, par le son "AN" comme dans "antilope"...

Je crains la confusion. Cette année, comme l'année dernière, les enseignantes ont pris soin d'écrire la lettre capitale dans un caractère spécial - la première lettre, pas le premier son. À force de s'entendre dire que son prénom commence par "A" en petite Section, et alors qu'il était, parallèlement, en pleine découverte phonologique (à la maison...), Antonin avait fini par me demander s'il s'appelait ATONIN ou ANTONIN ? :-(

Cette période semble passée, mais je crois que si elle fait seulement mine de ressurgir, j'en parlerai aux enseignantes pour attirer leur attention sur cette situation... C'est bien la première fois qu'un semblant de "conflit" entre les apprentissages domestiques et les apprentissages scolaires pointe son nez... Je ne suis pas dupe, et je me doute bien que ce ne sera pas le seul... [Soupir...]

Bref, ici, il faut qu'Antonin fasse la distinction entre "A" et "AN" - ne serait-ce que pour l'expliquer à ses maitresses. Donc, voici les invitations qui ont fleuri sur son tableau magnétique cette semaine :

Invitation 1

Comme toujours, je pars du connu, voire de l'archi-connu. Ici, une série de cartes de nomenclature (Ananas, Concombre, Melon, Pêche et Orange), sumontées des phonèmes correspondants placés dans le désordre. Il n'y a aucun "piège", il s'agit simplement qu'Antonin prenne possession de la situation. Et il la connait si bien, cette situation, qu'à présent, elle prend la forme d'un texte à trou :

Moi
Mon petit oeil voit un objet dont le nom commence par le son...
(Je désigne la première lettre sans la dire)

Antonin, marmonant,
A,aaa,a,ha,ha...
ANANAS !

Nous déplaçons alors l'aimant portant la lettre "A" pour la placer au dessus de la photographie de l'ananas, et reprenons l'exercice pour chacune des graphies.

Les situations suivantes introduisent le phonème "an" (présenté d'un bloc, sur un seul aimant) :

Bateau, Train, Moto, AMbulance, Voiture
AUbergines, ENdives, Cerises, Courgette, Poivron


Je songe à fabriquer très vite une serie de cartes représentant des objets dont le nom commance par le son "an" (et si possible, la graphie "AN",  afin de fixer la bonne orthographe dès le départ). Je vous la ferai passer, ainsi que toutes les cartes de nomenclatures promises (j'y travaille !) ;-)

La troisième étape consistera à proposer pèle-mêle des mots commençant par le son "A" et d'autres commençant par le son "AN"... Nous n'en sommes pas là ! :-)

On mange.

Antonin pourrait, je pense, vous expliquer
comment faire une mousse au chocolat... par coeur ! ;-)

Ce n'était pas une vue de l'esprit... Mon Damoiseau reste ce qu'on appelle un appétit de moineau, mais sa curiosité gustative s'est accrue depuis son amygdalectomie... mais alors !!! :-o

La semaine dernière, une journaliste de TEVA m'a contactée : elle voulait venir filmer mes enfants, intriguée qu'elle avait été par cet article-là... J'ai refusé, principalement parce que j'essaie sincèrement d'éviter de faire de mes enfants des personnages médiatiques... Mais aussi parce que chez nous,  il n'y a rien à voir ! Conformément à notre méthode du lacher-prise, nous ne parlons pas nourriture, n'examinons pas les assiettes d'Antonin... Il semblerait même qu'il mange, alors ? Cette dame et son équipe se seraient déplacés pour rien, je pense ! ;-)

Youpi.

Très bonne semaine chez vous ! :-)

vendredi 5 septembre 2014

Très vite...

Connaissez-vous Céline Alvarez ?...

Si oui, pouvez-vous me donner une bonne raison de rester dans les métiers de l'éducation ? :-(


Bon, promis, dès demain, j'arrête avec mes sujets "spécial rentrée", mais que voulez-vous... Dans un an, je reprends, et d'ores et déjà, ça me travaille, ça me travaille... :-(

Et, oui, j'ouvrirai alors un autre blog, plus pro, pour cesser de "polluer" celui-ci, plus axé "famille"...

En attendant...
Ça me travaille, ça me travaille...

:-(

Et vu les insomnies que ça me coûte, j'avoue : je n'ai PAS hâte ! :-(

mercredi 3 septembre 2014

Coup de gueule du mercredi

"Les rythmes scolaires peuvent s'entendre de deux manières : soit ils correspondent à l'alternance entre les moments d'activité et ceux de repos imposés par l'école (il s'agit alors des emplois du temps scolaire et des vacances) ; soit ils sont compris comme les variations périodiques des processus physiologiques, physiques et psychologiques de l'enfant, du pré-adolescent, de l'adolescent en situation scolaire."
  Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation, Philippe Champy, Christiane Etévé, Nathan,1994 

 
Bon, ça ne m'arrive pas souvent, de parler politique sur ce blog, hein ? ;-)

Allez, aujourd'hui, c'est pour la bonne cause.

Figurez-vous que je suis LA SEULE MAMAN du village à boycoter le mercredi matin dans notre école maternelle (qui compte tout de même cinq classes, oui, Madame).

C'est tout de même curieux, je trouve. Mais quand j'en parle autour de moi, les parents ont ce cri du coeur : "Oh, oui, d'accord, mais MOI, le mercredi, ça M'arrange !!"

(Variante : "Bon, mais si c'était le samedi, ça ne M'arrangerait pas !!")

Savez-vous quel est mon sentiment quand j'entends cela ?

J'ai HONTE.

C'est toujours la même histoire, qu'il s'agisse d'emballement climatique, de dérégulation bancaire ou de coup bas porté à la démocratie : on s'acharne à trouver un tas de bonnes raisons de faire comme si de rien n'était, et à mettre toute notre énergie pour préserver notre confort, au mépris des générations futures. Moi, ça m'aurait pourtant bien plu, que mes enfants et leurs descendants vivent dans un monde à peu près propre, pacifiste et égalitaire... Il n'en sera rien, évidemment, et si on ne peut pas dire que la faute nous en incombre directement, nous sommes au moins tous coupables de non-assitance à civilisation en danger.


Dans un an, j'aurai le privilège de rencontrer les parents des élèves de ma classe, et comme chaque année, ils auront la tête qui tourne en sortant de ma réunion d'accueil - que voulez-vous, c'est plus fort que moi, je les traumatise toujours. ;-)

D'ordinaire, c'est à coup de :

"Vous voulez faire quelque chose pour la réussite scolaire de votre enfant ? Foutez votre télé aux orties."

"Les devoirs écrits sont interdits depuis 1956."

"Vous voulez des évaluations ? Je verrai si vos enfants, eux, en veulent, et sous quelle forme, et je ferai au cas par cas."

... et autre joyeusetés...

A présent, je vais avoir un nouveau refrain :

"Ah, le mercredi matin vous arrange ? Et bien, il n'arrange pas vos enfants. 

Quelle génération d'adultes sommes-nous en train de former en ne laissant aucun répit, ni dans sa journée, ni dans sa semaine, à un enfant dès ses deux ans et demi ? Une génération de détraqués. Point.

Je vais vous dire : à cause d'un besoin simple qui est refusé à vos enfants, nous ne ferons rien de bien constructif à l'école le mercredi, puisque, de toute façon, ils auront besoin d'une pause. Ce "rien de bien constructif" peut avoir divers visages selon les projets pédagogiques qui vous seront présentés, mais ce sera toujours "rien de bien constructif". Sauf que la pause méritée n'ayant pas eu lieu, le jeudi sera difficile. On y bouclera deux ou trois travaux en retard, mais on n'entamera aucune leçon. Et le vendredi... Euh... Le vendredi a toujours été la journée la plus compliquée... Mais là, disons qu'elle devient ingérable. Allez : récré pour tout le monde, nous n'avons pas le choix. C'est tout de même magnifique, l'excellence scolaire, et vous voyez qu'on tient le bon bout pour boucler les programmes, avec une semaine marathonienne de cinq jours, où deux seulement sont consacrées au travail sérieux.

Ou alors, j'ai une autre option : gardez vos enfants à la maison le mercredi. Faites de la résistance civile. Militez pour le retour du samedi matin (pourquoi y avons-nous touché, oh, mais POURQUOI ??? ). Vous travaillez ? Embauchez une nounou. C'est de l'argent bien placé, croyez-moi. Et puisque, de toute façon, vous n'acheterez pas d'écran plat cette année...

Lorsque l'école avait lieu le samedi matin, deux enfants sur trois, en maternelle, restaient chez eux. C'était une très bonne chose. À présent que l'école a lieu le mercredi, cela va de soi, il faut y aller. L'enfant passe donc d'une semaine de 4 jour avec pause à une semaine de 5 jours sans pause... Et vous voulez me faire croire que tout va bien ???"

(Je ne suis pas une prof très sympa)


En discutant avec le directeur de l'école d'Antonin, j'ai appris un "détail" délicieux : la commune était, à l'origine, favorable au samedi matin. Mais le directeur (excellent homme au demeurant, qui fait bien son job et vote comme il faut sinon mieux) a demandé aux élus l'autorisation de faire un sondage auprès des parents, de crainte, je cite, "qu'ils ne s'orientent massivement vers le privé" (lequel dans notre région, fait grassement son beurre pour être resté à la semaine de 4 jours, mais passons). Résultat de l'enquête : les parents réclament en bloc l'école le mercredi... et l'école de la République s'aligne.

L'école de la République s'aligne.

J'ai dû louper un truc. Il faudrait expliquer aux parents que l'école publique n'a JAMAIS été là pour leur faire plaisir. L'école est un instrument de l'Etat. Avant d'arracher les enfants aux travaux des champs, sondait-elle les familles rurales ? Lorsqu'elle contestait le monopole du savoir détenu par les religieux, faisait-elle des référendums auprès des populations catholiques ? Lorsqu'elle jouait son rôle d'ascenseur social, demandait-elle aux parents de choisir le niveau d'étude et le futur métier de leurs enfants ?

Mille excuse, aujourd'hui, la France est capitaliste, l'Etat n'est plus le maitre chez lui, et les services publics sont détournées à des fins qui ne visent plus le bien commun. Pas question d'arracher nos enfants à ce mode de pensée sacro-saint, bien au contraire : l'école  prend à coeur d'élever nos enfants dans le respect sans réserve pour le système dominant. Et fonctionne, elle-même, comme une entreprise, pour montrer le bon exemple.

Quand je vous dis que j'ai honte...


À l'école, c'est - comme partout ailleurs - la loi du marché qui gouverne : les "clients" (parents) commandent, nous (enseignants) optempérons, sous peine qu'ils ne passent à la concurrence.

Moi, je suis une douce rêveuse (doublée d'une hussarde noire...), et je croyais que l'école était justement une zone neutre, où l'enfant pouvait grandir sans être aliéné aux modèles d'aujourd'hui, mais en élaborant librement le monde de demain...

Bonne rentrée à tous, et je le dis sans ironie, malgré le contexte !
J'espère de tout coeur que tout s'est bien passé pour votre petit-bout !

Et pour nous, aujourd'hui, comme tous les mercredis à venir, c'est relâche... bien méritée !