mercredi 28 janvier 2015

Premiers pas en sophrologie


Antonin et ses colères.

Je ne vous ai jamais caché l'énorme problème que nous avions face à cela, n'est-ce pas ?

Nous cheminons - et nous avançons, si ! Ce ne sont pas des colères ordinaires. Il s'agit d'en chercher les causes, et cela se fera dans le temps - et certainement avec un peu d'aide.

Différents acteurs sont sollicités autour de ce problème. L'un d'eux est ma professeure de sophrologie - dommage, elle ne s'occupe des enfants qu'à partir de 7 ans. Néanmoins, je lui parle souvent d'Antonin, je fais sur moi-même un énorme travail sur les sentiments que ces "crises" génèrent chez moi durant les séances qu'elle me propose. Elle me donne des conseils, des idées de petits exercices à proposer au Damoiseau, mais jusqu'à présent je ne voyais pas comment les mettre en pratique. Dire à mon fiston en ébullition : "Allez, on va faire le coup de poing karaté !", je ne sentais pas, point.

Antonin est pudique. Sa maitresse me l'a encore dit hier. Il s'était cogné fortement la tête en tombant, et elle s'est précipité vers lui. Négation : "Je n'ai pas mal." L'expression de son visage semblait pourtant dire le contraire. Lorsque je viens le chercher quelques minutes plus tard, il se précipite dans mes bras, me serre fort et chuchote contre mon cou, comme s'il s'agissait d'un secret : "Maman, je me suis fait mal en tombant du banc.".

Pudique sur ses sentiments, aussi, ses émotions. Ceci explique bien sûr cela. Les colères d'Antonin sont des épisodes de décharge, nous le savons depuis le début...

Bon, tout ça, c'est bien joli, mais que faire ?

Une "crise" comporte toujours trois étapes :

1. L'aurore : Antonin devient grincheux, refuse, pleurniche. Une fois, vingt fois. Il cherche délibéremment à attirer notre attention, en faisant exactement ce qu'il sait qu'on ne veut pas qu'il fasse. Cela peut aller assez loin au fil des minutes - crier, taper, se précipiter en aveugle sur une route fréquentée. L'objectif semble être que l'adulte se fâche. Il arrive que cet objectif soit atteint.

2. Switch. Je ne sais pas comment le dire autrement. Soudain, quelque chose lâche. Comme un commutateur qui se mettrait en position alternative. C'est quelque chose que la littérature classique a poétisée à travers des œuvres telles que L'étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde. Étrange cas, oui, en vérité. Antonin s'en va.

3. Antonin est perdu dans les limbes. Il n'est plus là. Sans doute est-il en train de vivre un gros cauchemar dans une dimension parallèle. À la place, il y a un tourbillon d'énergie pure qui hurle son désespoir, sa peur et sa fureur. Cela aussi, la littérature classique l'a bien théorisé... J'en tremble rien que de l'écrire, mais c'est vraiment atroce pour moi d'avoir entre les bras cet être exprimant toute la misère des hommes et de leurs milliards de milliards de vies antérieures - ou un truc comme ça, en tous cas, quelque chose de beaucoup trop lourd pour Antonin comme pour moi.

Dans les faits, si la deuxième étape a lieu, la troisième suit nécessairement, et personne n'a plus aucune emprise sur les évènements. La troisième phase ne laisse aucun espace à une quelconque "gestion" par l'adulte et tous les bons - ou nettement moins bons - conseils que j'ai pu lire sur le sujet ne sont, à ce stade d'aucune aide. La seule personne qui nous ait donné un outil viable est Aletha Solter : il n'y a effectivement rien d'autre à faire alors que d'être là et écouter...

Si on parvient à éviter la crise, c'est dès le premier stade qu'il faut agir - qui n'est d'ailleurs qu'un long et maladroit appel au secours, durant lequel Antonin est visiblement très malheureux et démuni face à ce qui va suivre et qu'il pressent. C'est très difficile, mais on parvient parfois à éloigner la colère - rarement - grâce aux méthodes classiques (câlin, détournement d'attention, voire raisonnements et explications maintenant qu'Antonin est un peu plus grand). Mais : cette tentative est fortement aléatoire, et peut aussi avoir comme conséquence d'accélerer le processus (ce que je comprends tout à fait : toutes ces pis-aller ne font que nier l'émotion qui affleure). De plus, je reste persuadée que la 3e phase est cathartique, et qu'à essayer de l'éviter, on ne fait en réalité que la reculer...

La question est : comment permettre à mon enfant d'exprimer ses émotions personnelles autrement que par des scènes qui nous ravagent et nous épuisent... tous ?


Et j'en reviens à mon idée première : la sophrologie le permet.

Alors, faut-il que j'enseigne à mon enfant "le coup de poing karaté" ?

Cette technique est excellente, la voici : "armer" votre bras en le pliant : serrezle poing et en ramenez le coude en arrière sur l'inspire. En apnée, serrez fort votre poing en visualisant "dedans" toute votre émotion négative (nommez-la en amont). Expirez très fort, en laissant un son sortir librement de votre corps, et en lançant vivement votre main vers le sol comme pour jeter quelque chose à terre. On le fait 3 fois avec la main droite, 3 fois avec la main gauche, 3 fois avec les deux mains.

C'est vrai que ça soulage ! :-D
Mais c'est une posture plus difficile qu'il n'y parait. En particulier, le fait d'accepter de crier au moment de la décharge peut bloquer certaines personnes en séances collectives - d'autant que le son émis alors ne ressemble à rien de civilisé, c'est rauque, guttural, très thoracique, bizarre... ! Mais je vous le dis, ça soulage !

Seulement voilà : Antonin et le "coup de poing karaté" ???
Je ne le sens pas.
Antonin est pudique, je vous l'ai dit. Jamais il n'acceptera de sortir un tel son, jamais il n'osera se plier à ce geste de jeté. Trop théâtral pour mon Damoiseau.

J'étais un peu bloquée.

Et puis, il y a eu ce texte, publié chez Nawel, Zélie & co, que j'ai lu sur un téléphone portable, planquée sous une couverture, alors qu'Antonin dormait à côté de moi - il était hospitalisé pour son amygdalectomie, et nous couchions dans la même chambre. Aujourd'hui encore je ne peux pas le lire sans pleurer ! Décharge, sans doute... Car je sens qu'il me fait beaucoup de bien, et m'a aidé à trouver la manière dont je pouvait parler de tout cela au Damoiseau.

Les premiers mois, ce fut clairement abstrait pour Antonin.

Mais 4 ans est un âge formidable.

Depuis quelques semaines, voilà :

Lorsque la phase 1 de la crise se prépare, je dis : "Antonin, est-ce que tu as une émotion ?" - "Oui."

(Parfois, c'est non, car je peux m'être trompé, et il peut ne s'agir que d'un coup de fatigue, une frustration légitime à son âge, ou n'importe quel motif identifiable).

"Elle est où, cette émotion ?
- Là."

Antonin me montre invariablement sa gorge. En sophrologie, nous apprenons aussi à localiser nos émotions dans notre corps. Les enfants semblent plus aptes que nous à faire cet exercice tout naturellement !

"Qu'est-ce que c'est, comme émotion ? Tu peux lui donner un nom ?
- C'est la colère."

Je ne suis pas sûre que c'en soit vraiment. Mon homme et moi avons donné ce nom à cette émotion non identifiée car elle utilise le canal de la colère pour s'exprimer. Antonin reprend ce mot, je pense, parce qu'on le lui a fourni. Ce n'est pas grave, il affinera avec le temps. Le principal, ici, c'est qu'elle soit nommée, mais c'est symbolique - on pourrait aussi bien l'appeler "bulle" ou "cacaboudindum".

En sophrologie, on nous apprend à évacuer les tensions de la gorge en basculant le menton sur la poitrine ; mais Antonin refuse ce mouvement. J'ai alors décidé de proposer un exercice plus simple, et plus essentiel - retour au souffle !

"Bon. Tu vas faire sortir la colère en soufflant et moi je l'attrape, d'accord ?"

Je tends ma main devant la bouche d'Antonin et il souffle. Tout doucement, d'abord, très timidement. J'attrape la colère invisible dans mon poing et je la jette loin devant nous. Et on recommence. Antonin souffle de plus en plus fort. Je lui explique qu'à chaque expiration sa colère se fait plus petite. Il peut s'arrêter quand il sent qu'elle est partie. Il s'arrête au bout d'un moment, me fait un gros câlin... Et repart en gambadant, 100% lui-même.

Ceci n'est pas une recette magique, bien sûr.
Mais c'est un outil efficace, assurémment.

Et qui me semble pertinent à moi qui veut doter mes enfants de techniques pour gérer leurs propres vies... :-)

Antonin et moi sommes en train d'illustrer l'Histoire de bulles dont nous ferons un petit album, afin que nous puissions le relire quand on le souhaite. Merci du fond du cœur aux enfants qui l'ont écrit - et merci, Alexandra ! :-)

mardi 27 janvier 2015

Une journée type chez nous



C'est le matin. Disons, un matin d'école, puisque ces derniers reviennent quatre jours sur sept.

J'émerge assez laboriseusement vers 6h45, me dépêche de me laver, m'habiller et fonce préparer le petit déjeuner des enfants. Je ne le fais pas avec eux ces jours-là - sauf si Antonin s'est levé avant moi, ce qui est rarissime - de façon à les laisser dormir le plus tard possible.

Je vais chercher Antonin aux alentours de 7h00. Je le réveille. Pendant toute sa période pré-scolaire, le Damoiseau nous faisait l'immense joie de nous réveiller à 5h00 du matin, mais vous pensez bien qu'à présent que cela nous arrangerait, c'est fini. C'est un crève-cœur que de réveiller son enfant, hein ? Et attendez que j'ai repris le boulot, l'heure de lever risque de n'être plus aussi confortable... :-(

Antonin file sous la douche (deux fois sur trois, il y a eu un petit pipi nocturne), il s'habille - enfin, pour être honnête, les jours d'école, je l'assiste beaucoup car je tiens à ce qu'il le temps de jouer, et encore une fois, ne tiens pas du tout à le réveiller aux aurores. Les jours de congé, il s'habille seul et depuis quelques semaines, les pièces les plus difficiles ne lui résistent plus. Du coup, il s'habille avec plaisir et très naturellement, alors qu'il ne l'avait jamais fait vraiment de bon cœur jusqu'à présent.

Une fois habillé, Antonin descend boire sa bouillie, et je vais réveiller Louiselle. Nous descendons et nous déjeunons tous ensemble - hélàs, le Papa des enfants est déjà parti pour son travail et il ne voit ses enfants généralement que le soir.

Je change et j'habille Louiselle - qui, elle, met un point d'honneur à faire beaucoup de choses toute seule, puis je m'occupe de moi (ne pas oublier de déjeuner !) pendant que les enfants jouent.

8h10 : Nous partons pour l'école.

Sur le chemin du retour, je bavarde avec mes copines, Louiselle se balade en poussant "la calèche", nous faisons parfois quelques courses "de proximité" (boulangerie, poste...), mais nous ne tardons généralement pas trop à rentrer à la maison, surtout en plein hiver ! :-)

J'ai du travail : j'allume le feu, je range et nettoie le rez-de-chaussée, je m'occupe du cycle du linge et de celui de la vaisselle (merci au passage à toutes ces machines sans qui je n'aurais aucune vie personnelle, merci). Louiselle m'aide souvent. Surtout quand il s'agit d'aspirateur et de machine à laver. Mais elle peut aussi se montrer très indépendante et jouer dans le salon avec ses jouets.

Vers 10h, je propose à Louiselle une collation de fruits qu'elle dévore, et je la change. Généralement, elle demande à aller sur le pot à ce moment là, séance qu'elle assimile à "une bonne tranche de lectures et chansons avec Maman rien que pour moi". Quoi donc ? Siéger ainsi dans la salle de bain, les jambes délicieusement étendues devant le chauffage ronronnant, aurait-il un autre but ? Non, désolée, Louiselle ne voit pas... :-D

Suit le temps d'activité "spécial Louiselle", durant lequel je me rend disponible à 100%.

À 11h30, nous partons chercher Antonin à l'école. Le chemin du retour peut être une véritable (et longue) ballade, ou un véritable calvaire selon l'humeur du Damoiseau.

Toujours est-il que nous rentrons et que nous mangeons. Des restes. :-)

Enfin, moi, je mange, et j'ai très faim. Antonin ne touche généralement pas à son assiette, et Louiselle a de plus en plus une fâcheuse tendance à l'imiter - elle a envie de jouer, elle aussi, et sort souvent de table au même moment que son frère, soit au bout de trois secondes quinze.

Je débarrasse, range la cuisine. Les enfants jouent, jouent, jouent. Souvent dehors. Quoiqu'en ce moment, ce soit le coloriage qui ait la cote.


Ça y est, nous voilà l'après-midi. 13h00 : Je change Louiselle, toilette de chat pour tout le monde. 13h20 : Nous repartons pour l'école, et nous revenons au pas de course (je ne veux pas coucher Louiselle trop tard...).

Louiselle choisit une histoire, que je lis, puis je la laisse dans sa chambre, où elle joue et lit - dans son lit, toujours ! Parfois, elle dort. En ce moment, ça lui arrive même plusieurs fois par semaine ! Ce doit être l'hiver qui l'assomme...

À 15h30, nous repartons chercher Antonin. Nous revenons en flanant si le moral du Damoiseau est au beau fixe (et nous ramassons plein de trésors que nous entreposons dans notre poussette géante), puis nous goûtons.

S'ensuit généralement un temps au salon, durant lequel je lis des histoires aux enfants ; nous faisons des puzzles, des jeux de société, nous écoutons de la musique, nous dansons... Je crois que nous avons besoin de nous retrouver ! Il arrive même que les enfants me réclament une activité. On peut aussi choisir d'exécuter une recette (tout à l'heure, nous avons prévu de faire LE gâteau au chocolat qu'Antonin aime). Et si Louiselle a dormi, j'accepte d'ouvrir l'atelier (Il ne s'agit pas d'une quelconque "carotte" pour l'inciter à dormir, mais si elle ne sieste pas, je sais que la séance ne sera pas profitable).

Vers 17h00, je commence à préparer le dîner et à m'atteler à mes tâches ménagères hebdomadaires (par exemple aujourd'hui : changer les draps et passer l'aspirateur dans les chambres). Les enfants jouent, dehors ou dedans. Lorsqu'ils sont reposés, ils jouent ensemble dans l'harmonie la plus totale. En cas de fatigue, les choses peuvent dégénérer, et je bouscule l'horaire du repas de façon à les coucher très tôt.

À 18h, si le temps le permet, nous allons à la rencontre du Papa des enfants, qui rentre du travail en car. Les enfants peuvent avoir mangé seuls avant, mais généralement nous mangeons tous ensemble juste après - vers 18h30.

Vient ensuite notre rituel du coucher... que vous connaissez déjà ! :-)
Les horaires de ce rituel peuvent être avancés d'une bonne demi-heure les jours de grosse fatigue.

Et chez vous, à quoi ressemblent vos journées ?

lundi 26 janvier 2015

Janvier 2015 : Sensoriel

Louiselle a 32 mois.
Antonin a 4 ans.

"La neige, c'est comme les nuages."
Louiselle, lors d'une promenade en montagne durant laquelle, il est vrai, 
on distinguait assez mal le ciel de la terre.


Aujourd'hui, bilan sensoriel ! :-D

Sciences :

Le temps qu'il fait, c'est sensoriel. Surtout s'il pleut ou s'il neige. ;-)

Il a neigé ! Depuis le temps que les enfants l'attendaient. Le nez au carreau, c'est l'occasion de déployer tous ses sens émerveillés - les oreilles tendues tentent de capter le bruit de chute des gros flocons, en vain. C'est l'occasion de (re)découvrir une chanson spéciale. Et de sortir se promener, museau levé. Les flocons fondent sur la langue tendue, et gèlent le visage ; Antonin demande à observer "les petites étoiles" à la loupe ; on essaie de les attraper en plein vol, on marche sur la couche immaculée crissante, on escalade les congères denses et glissantes... Et on rentre trempés ! Ah, oui, la neige, c'est sensoriel ! :-)


Et voici un classique de la maisonnée, dès qu'il neige ou qu'il grêle : la dînette de glace ! ;-)


Une excellente occasion, pendant que les bambins explorent, d'attirer leur attention sur les sensations vécues ("C'est comment la neige ?  Qu'est-ce qu'on peut faire avec ?"), de décrire leurs actions ("Tu verses de la neige dans l'entonnoir.", "Tu en as attrapé une pleine poignée ! Ça fait quoi ?") ou de leur montrer le résultat de la fonte ("Cette neige devient de plus en plus translucide, elle fond. Elle se change en eau, regarde !, parce qu'il fait chaud, ici.").


Ou bien, ne dites rien et savourez. Dans tous les sens du terme, car c'est sûr : il faut faudra goûter à quelques dizaines de gâteaux glacés ! :-D

Antonin a vivement insisté pour peindre la neige - une idée étrange, oui, mais cet enfant est à bonne école... J'ai voulu proposer alors de l'encre dans de petits flacons-pulvérisateur de récup' qui m'avaient semblés assez souples...


Bon, en réalité, les presser fut assez difficile pour les enfants... Il y sont quand même parvenu à force d'acharnement, mais je garde ces flacons-pompe pour plus tard ! :-)

Magnétisme, cf. ICI

Activités Montessori :

Travaux parallèles... et spontannés ! J'adore ! ;-)

Les barres "rouges" :

Ce mois-ci, j'ai fait ça :


Ce sont de futures barres rouges et bleues (qui seront peut-être d'une autre couleur, car je compte bien exploiter les fonds de mes pots de peinture). Je trouve que c'est un matériel de numération vraiment riche, mais je me méfie un peu, mes enfants ne manifestant pas un enthousiasme débordant pour le matériel sensoriel montessorien - du moins, pas un enthousiasme qui justifie son prix. En les fabriquant soi-même, on s'en tire pour quelques euros, et la découpe est vraiment vite faite. Le résultat, s'il n'est pas mathématique au tiers de millimètre près (je suis tatillon...) vaut bien un produit chinois à 40 euros.

Avant de les peindre, j'ai décidé de les proposer à Antonin comme j'aurai fait des barres rouges. Bien sûr, des barres ROUGES, c'est mieux - c'est une couleur vraiment attrayante, qui motive. Bon, de toute façon, ça fait bien longtemps que les puristes ont claqué la porte de ce blog, et pour vous qui restez : on fait avec ce qu'on a, et on en est tous là ! :-)

J'ai commencé par les proposer en exploration libre (vraiment pas montessorien, une fois de plus, mais c'est une méthode qui nous correspond tout à fait). Antonin a fait ça :


Et bien moi, je trouve que c'est très montessorien, ça ! :-)


J'ai ensuite procédé à la démonstration classique et Antonin a parfaitement réussi l'exercice, à plusieurs reprises, et en utilisant spontanément le vocabulaire lié - "long", "court", ainsi que les comparatifs et les superlatifs s'y rapportant. Dès la deuxième fois, il a pris un 2e tapis et a effectué la graduation à distance.


Ce matériel semble vraiment bien lui plaire, j'en suis très heureuse. Il n'est jamais trop tard - et d'ailleurs, je trouve toujours qu'on présente ce type d'outil trop tôt. Depuis quelques semaines, Antonin n'a qu'une idée en tête : savoir qui est le plus grand, qui est le plus petit ; savoir qui est premier, deuxième, troisième... et le dire, le répéter. Quitte à redistribuer légèrement les rôles, car il faut bien l'admettre : le Damoiseau aime être le plus grand, et il aime être le premier. Le premier à monter les escaliers, au point de se jeter littéralement dans les jambes de celui qui le précède. Le premier à finir son dessert, même si Louiselle - qui perd toujours à ce jeu-là - lui répète qu'à table, celui qui gagne, c'est le dernier, celui qui mâche et qui savoure...

Cette lubie est toute fraiche. Et je me dis que ce serait sans doute le bon moment pour dégainer tour rose, escalier marron et barres numériques, qui permettent d'appréhender concrètement ces notions qui le "travaillent"... J'ai sans doute raté une occasion de prendre mon temps... :-/

Les clochettes musicales :

J'ai sauté le pas ! Malgré ma répugnance à cacher d'aussi jolies couleurs, j'ai peint en noir un de nos jeux de clochettes Vilac - l'objectif étant, bien entendu, de permettre aux enfants d'exécuter l'exercice de mise en paire tout seuls.


Malgré ma crainte, je dois admettre que cette opération se fait très facilement à la bombe. Bon il est assez difficile de peindre le demi-millimètre autour du manche, sur lequel la peinture bave d'ailleurs un peu malgré la protection de scotch ; je pensais fignoler au pinceau...

Mais pourquoi me serai-je donné cette peine ? Les enfants procèdent à la mise en paire comme à l'accoutumée. En ne s'appuyant que sur la vue, et ce, ainsi :


Bon. Je passe au plan B. J'ai peint l'intérieur des clochettes - corps, battant, ressort, tout y est passé. C'est facile (toujours à la bombe) et ça règle le problème. Sauf que lors de cette étape, de la peinture s'est redéposée sur l'extérieur de la cloche. Catastrophe : les solvants contenus dans la peinture ont décapé la première couche. Le résultat est affreux : la peinture "frise", se racornit, se disloque par endroit, en laissant apparaitre la couleur originale. Affreux. Impossible de laisser cela en l'état.

Pas grave. Je passe au plan C. C'est en cours. Et voici un indice :


Finalement, c'est presque plus joli, avec un petit côté rétro, non ? Mais, bon, j'admets, c'est du boulot ! :-)

(Je calme vos inquiètudes : malgré ces maltraitances successives, le son des clochettes n'est absolument pas altéré. Pas d'un iota. Dixit notre accordeur électronique. Ouf.)

Exercice du sens tactile :


Enfin, j'ai proposé à Antonin de "lire" ses chiffres rugueux en aveugle, du bout des doigts. C'est évidemment très difficile, mais c'était surtout un prétexte pour s'amuser et l'amener, progressivement, à accepter de "lâcher" sa vue, justement. Il a tenu à toucher tous les chiffres, un à un, longuement, puis me demandait de les nommer après son exploration. Il a beaucoup aimé !

Art :

Sur sa palette, Antonin poursuit son exploration sensorielle des mélanges de couleurs...


 ... et Louiselle découvre la "peinture" à l'éponge...


... avec de l'encre.

"Si j'appuie, ça fait du jus d'encre !"

Les enfants adorent mixer les techniques en arts plastiques. Ils sortent plusieurs matériaux sur la table, et se mettent au travail en associant les outils, souvent successivement pour l'instant. Cela donne des combinaisons infinies, comme :

... hanko et fusain...


... collage et feutres...

Oeuvre de Louiselle...                                       et celle d'Antonin

... ou cette très belle séance "collage et encre", au cours de laquelle j'ai été particulièrement bon élève, puisque j'ai pris en note les réflexions de mes enfants. Je devrais m'y astreindre plus souvent, c'est vraiment un exercice passionnant, et qui montre à quel point le processus prime pour le petit enfant, qui ne s'intéresse que très médiocrement à l'œuvre finale.


Les enfants ont commencé par coller librement des métariaux puisé dans leur "boite à collage" - une boite dans laquelle je jette tous les boui-bouis qui traînent (chute de tissu, de papier, bouts de ficelles, bidules variés et légers dont on ne sait jamais que faire...). J'ai posé sur la table de l'encre jaune et rouge.

ANTONIN :

"Moi, je fais un L."

LOUISELLE :

"Oh, ça cache !"

ANTONIN :

"Je mélange les couleurs, ou pas ?"

LOUISELLE, insistant sur les plis du papier de soie collé :

"Pourquoi ça fait noir ?"

ANTONIN, peignant en jaune sur un morceau de papier bleu :

"Oh, du vert !"

LOUISELLE :
"Comment on fait du vert ?"
ANTONIN, sur un ton d'infinie patience qui me fait toujours mourir de rire :
"Tu sais bien, Louiselle...!!! Tu mets du bleu et du jaune."
LOUISELLE, avec un grain de mauvaise foi puisqu'elle n'a pas de papier bleu sur sa feuille pour déposer son encre jaune :

"Je mets du jaune... Regarde, ça fait du vert !"

ANTONIN :

"Je recouvre toute ma feuille !"

Bon, je le sais bien, que c'est le processus qui prime. Et si j'en doutais, ces paroles collectées suffiraient en m'en persuader. Mais que voulez-vous, le résultat, moi, je le regarde. Longuement. Je le photographie, je l'encadre, je l'exhibe. La plupart du temps, ça parle à mes sens, à mon cœur et à mon esprit...


Pour moi, aucun doute : c'est de l'art ! :-D

Jeux de lumière :

Sur la table lumineuse :


Regain d'intérêt pour la table lumineuse après un petit mois de disgrâce. Les enfants ont découvert qu'on pouvait jouer aux billes dessus. Ils versent toute la collection, et font rouler le tout sous leurs paumes. Ça s'entrechoque dans tous les sens, ça gronde, ça étincelle, et même moi, j'ai envie de jouer. Je me demandais si le fait que notre table aient des rebords soit une bonne chose... Et bien pour le jeu des "billes en folie", c'est une condition sine qua non ! :-)


Antonin a découvert qu'en disposant des billes sur un boulier japonais, il pouvait le faire rouler - bon, il le savait... - mais que les passagères de verre de cet étrange véhicule roulaient elles aussi, du même coup. C'est la découverte technologique de la transmission du mouvement... Il reprend ce matériel tous les jours en ce moment.


Avec le rétroprojecteur :


Sans surprise, les Playmags sont du meilleur effet dans l'espace lumière et promettent des heures d'exploration.


Plus modeste, mais non moins intéressant : j'ai mis à diposition un nouveau bocal contenant un nouveau type de matériel, glané... dans notre caisse à outils. Rondelles, gâches, anneaux variés, écrous... dessinent des motifs tout à fait intéressants.


Pensez à recycler les languettes de cannettes, ça ne coûte rien, et l'effet est vraiment chouette ! :-)

À bientôt pour le volet "Langage" ! ;-)

dimanche 25 janvier 2015

Janvier 2015 : Mathématiques

Louiselle a 32 mois.
Antonin a 4 ans.

La fiche de la Damoiselle est téléchargeable ICI

C'est parti pour la récap' mensuelle ! :-)
On commence par les maths !

Numération :

Côté Damoiselle, on dénombre ! ;-)

Vous êtes nombreux à me demander des exemples de situations précises pour pratiquer le dénombrement avec un enfant de deux ans... Mais en réalité, chez nous, cela se fait, dans 90% des cas, dans le flux de la vie quotidienne. On ramasse des feuilles ou des pommes de pin ? On les compte ! On lit une histoire de chats ? On compte les chats sur la page ! On place le couvert ? On compte les assiettes ! On compte les aimants alignés sur la porte du réfrigérateur, on compte les jouets dans leur panier, les cubes du rempart miniature, les personnages Playmobil... Il ne se passe pas une demi-journée sans que Louiselle ne compte quelque chose - en fait, il ne se passe pas une heure sans que Louiselle ne compte quelque chose... Et généralement, elle le fait de sa propre initiative !

Il faut simplement essayer de favoriser des objets que l'on puisse pointer du doigt, de façon à bien travailler la correspondance terme à terme (un mot-nombre correspond à un objet) qui est l'objectif de ce palier.

Voici néanmoins un petit jeu plus structuré que j'ai proposé à Louiselle - c'est une variante du Jeu du verger ! :-)


Louiselle lance un gros dé à constellation, elle compte les points et place sur les arbres le nombre de fruits correspondant. Elle les dispose comme elle souhaite - il peut y avoir 5 fruits sur un arbre et 3 dans l'autre, et un même arbre peut porter aussi bien des pommes et des prunes. Oui ! :-)

Louiselle apprend seule à lire les chiffres, dans le sillage de son frère : elle les connait tous à présent - si on excepte la petite confusion d'usage entre le 6 et 9. J'envisage de plus en plus mon rôle d'éducatrice comme étant de permettre à l'enfant de faire un maximum de liens entre ses apprentissages spontannés. Le temps est donc venu pour la Damoiselle des petites mises en correspondance chiffres/quantité, pour permettre la notion de chiffres ne se déconnecte pas de celle de nombre, mais, au contraire, développe avec elle un lien intime.

Voici quelques activités proposées ce mois-ci dans ce sens :

1. Louiselle Monsieur le chien prélève un type de fruit dans une corbeille et compte les éléments.


Il va ensuite choisir le chiffre correspondant pour le mettre en regard de la collection - les chiffres rugueux sont disposés sur la table basse un peu plus loin, ordonnés de 1 à 6.


2. Plus difficile : Louiselle lance un gros dé, compte les points et place le dé sous le chiffre rugueux correspondant.


3. Louiselle lit un chiffre, dénombre le nombre de cailloux correspondant, et les pose sur de petits cercles qui permettent le contrôle de l'erreur... et préfigurent la pyramide de perles.


Cette fiche est téléchargeable ICI.


Antonin a eu droit à la même activité, adaptée à son niveau :


Cette fiche est téléchargeable ICI.

 
Et puisque le Damoiseau continue de travailler les nombres de 11 à 13, voici un exemple de fiches que j'ai ajouté à son lutin :


Bon, je ne vous ferais pas l'affront de vous les proposer en téléchargement ! :-D

J'ai simplement imprimé, trois fois, l'image d'un pot de fleur vide ; sur chaque feuille, j'ai écrit un nombre, à la main, sur le pot : 11, 12, et 13. Antonin garnit ensuite le récipient du nombre de brins d'herbe correspondant... non sans avoir soigneusement repassé les chiffres au préalable ! :-)


Parrallèlement, nous poursuivons la manipulation de la pyramide de perles. C'est toujours Antonin qui la "monte" avant un petit jeu. Et à force, il commence à mémoriser les couleurs, ce qui est un des objectifs poursuivi avec ce matériel : d'une part parce la mémoire est une alliée de taille en calcul et qu'il faut la cultiver soigneusement, d'autre part parce qu'en prenant appui sur sa visualisation des ensembles ("Le bleu clair, c'est 5, je le sais, je n'ai pas besoin de recompter.") l'enfant apprend à surcompter en confiance ("Donc, je peux continuer à compter en partant de 6.").

Notre jeu préféré est le suivant : je prends une barrette dans ma main, et Antonin doit me dire à quel nombre elle correspond et quelle est sa couleur. Au début, je prends les barrettes sous ses yeux dans l'ordre, puis sous ses yeux dans le désordre, et enfin dans le désordre pendant qu'il ferme les yeux. Du moins, c'était ainsi que je voyais ma petite progression, mais Antonin a exigé de sauter la deuxième étape ! :-D

L'enfant "devine" la barrette manquante en prenant ses repères par rapport à celles qui restent : cela équivait à "trouver le successeur/le précédent de...". Il aime beaucoup !

Je viens de lui proposer de travailler sur ce document, que j'avais acheté il y a déjà plusieurs mois... Mais il faut, pour le réaliser, des compétences en coloriage que le Damoiseau n'a acquises que récemment ! :-)

Repérage spatial et logique :

Fantacolor :


J'ai eu récemment avec une lectrice une discussion sur la frontière entre "jouet" et "matériel padagogique"... qui peut être extrémement ténue concernant les enfants d'âge "maternel", n'est-ce pas ? :-)

Et alors : les "Fantacolors", sont-ils des jouets ou un matériel pédagogique ?


Pour moi, j'opte pour la seconde option. C'est un matériel ludique, certes, comme devrait l'être tout matériel d'apprentissage. Mais il s'agit néanmoins d'un matériel ayant vocation d'exercer la motricité fine, la reconnaissance des couleurs, les compétences spatiales et numériques. Nous avons eu de belles séances de langages aussi, la semaine dernière, avec Louiselle autour de ce jeu : nous placions un picot à tour de rôle, et je devais suivre ses instructions ("dans le coin", "à côté", etc.). Bref, voici un formidable matériel multi-usage, auquel je dois aussi une reflexion de fond sur les algorithmes - dont je vous reparlerai le mois prochain, parce que je n'ai encore rien proposé de concret dans ce sens ! :-)

Puzzles :

Nous empruntons à présent une dizaine de puzzles à la ludothèque tous les mois ; le fait d'être confronté à des modèles variés attise vivement l'intérêt des enfants. S'il est parfois difficile de trouver des puzzles adaptés à la Damoiselle (pour qui les encastrements sont trop faciles, mais qui peine encore sur la plupart des puzzles "à pièces"), Antonin s'en donne à cœur joie et progresse à vue d'œil. Les puzzles "à strates" sont particulièrement appréciés : ceux qui représentent des végétaux évoluant au fil des saisons, ceux sur les cycles de développement (mouche, canard... ou croissance humaine !).

"Bébé/enfant/couple/femme enceinte"... et on recommence !

Emprunter à la ludothèque était vraiment la seule solution possible : un puzzle coûte si cher ! Et une fois que l'enfant le connait par coeur, il ne lui permet souvent plus vraiment de travailler les compétences spatiales... Néanmoins, il y a un puzzle très particulier qui échappe à cet inconvénient, puisqu'il permet, à partir de quelques pièces simples, d'élaborer une infinité de modèles...


Oui, le tangram ! C'est cela ! :-)

Puisque je n'achèterai plus de puzzles, je nous ai offert un beau tangram, na ! ;-)


J'ai laissé dans un premier temps Antonin manipuler librement les éléments. Il est tout de suite entré dans la figuration, sans que je ne dise rien, et a longuement cherché comment représenter une maison, avant d'opter pour un sapin de Noël ! Le parallélogramme posé sous le tronc, c'est la planche sur laquelle l'arbre est fixé ! ;-)


Le tangram est un puzzle de difficulté progressive :

- D'abord, on propose au jeune enfant les empreintes de chaque pièces séparées, dispersées sur le support et grandeur nature.

Source de l'image


- Ensuite, les pièces sont groupées pour former des figures, abstraites ou non. Elles sont toujours représentée à l'échelle 1/1 : l'enfant procède encore en superposant les pièces au support.


- L'étape suivante consiste à proposer à l'enfant des modèles plus petits (pas trop petits, dans un premier temps) qu'il devra reproduire sur table.


- Enfin, les modèles ne représentent plus les contours des formes. Ce peut être vraiment difficile, même pour les adultes ! ;-)


J'ai tracé moi-même le contour de nos formes sur feuille A4 pour les proposer à Antonin. Notre tangram étant assez grand, j'ai eu du mal à trouver des motifs qui tiennent sur une feuille A4, il va donc falloir passer à la phase 3 très vite, d'autant qu'Antonin est vraiment à l'aise dans cette deuxième étape.


Je comptais refaire un support pour Louiselle qui corresponde au premier stade, mais je lui ai quand même proposé avant les motifs destinés à son frère, pour voir. Bon, c'est OK. Elle tâtonne un peu plus, et se montre moins persévérante (elle "cale" au bout de 3 modèles), mais finalement, ces fiches correspondent plus à son niveau qu'à celui d'Antonin, qui les trouve trop faciles.


Exploration des grandeurs :

Je termine par l'activité chouchoute de Louiselle ce mois-ci, qui l'a occupé toute une matinée.

J'ai commencé par découper quelques ouvertures dans un énorme "carton à cabane" : une porte, bien sûr, et trois "fenêtres" rondes de diamètres variés (+/- 7, 15 et 22 cm). Louiselle m'a indiqué très précisement l'emplacement de ces ouvertures, et a assisté à toute l'opération. En suite de quoi, je l'ai invitée à une exploration concrète de ces ouvertures :


"Dans quels trous peux-tu passer tes doigts ? Tes mains ? Tes jambes ?"

Avec le pied de Maman, ça marche aussi, hum... ;-)

Lorsque l'enfant se fatigue, on propose un panier de balles...


... et, en théorie, on laisse le petit explorer ces objets tout son saoul. Sauf que la Damoiselle avait déjà très bien compris où je voulais en venir, et s'est mis en devoir d'introduire les balles une à une dans les ouvertures. Ouah : Une boite à formes géante, quoi ! ;-)


L'enthousiasme fut démentiel. Dès que les balles furent toutes placées dans la cabane, Louiselle se dépêcha de recommencer en sens inverse... encore... encore et encore... Le seul problème fut que j'eu toutes les peines du monde à prendre des photos qui ne sont pas floues... Les seules à peu près présentables sont celles où Louiselle tente de glisser une balle trop grosse dans un trou trop petit, car il y a alors comme un arrêt sur image...

Ça coince !

De toute manière, j'avais mieux à faire qu'à mitrailler. Ce type de situation est une occasion rêvée de verbaliser, alors, verbalisons : "Oh, tu a pris une grosse balle en plastique ! C'est cela : ce ballon passe au travers du gros trou... Et voici une petite balle de jonglage...", etc. Louiselle commentait aussi la situation en classant balles et trous en "grand/moyen/petit". Elle a inventé une technique de rangement faisant intervenir le tri : elle plaçait le panier sous une ouverture et y balançait toutes les balles d'un certain calibre, avant de passer à une autre taille.



À bientôt pour le volet "Sensoriel" ! :-)