mardi 26 août 2014

Alphabet mobile

Vous savez que nous avons fait, Antonin et moi, un petit séjour à l'hopital la semaine dernière. Vous pensez bien que je ne m'y suis pas rendue les mains vides : en plus de quelques bouquins et de mon tricot, j'avais emporté de quoi fabriquer un alphabet mobile. Je ne me suis pas embêtée : j'ai acheté (à moins d'un euro) ce document-là, j'ai imprimé en plusieurs exemplaires les feuillets qui m'intéressaient, et je les ai plastifiés. Restait à découper chaque rectangle et à coller deux petites bandes de scotch magnétique au dos. Et voilà ! 

Invitation

Cette fabrication ne m'a pas demandé beaucoup de temps, et au final, c'est un alphabet mobile très économique (il faut prévoir quelque chose comme 3 euros pour le scotch magnétique, cela me semble raisonnable !). Le fait que les lettres puissent adhérer à notre tableau est vraiment un "plus" : l'enfant peut écrire "à la verticale", ce qui me parait visuellement intéressant pour lui ; et les lettres ne s'éparpillent pas partout en cours de rédaction...


Mon pauvre Damoiseau a la malchance d'avoir un prénom complexe, du fait qu'il contient deux digrammes - dont un à l'initiale... Bon, si je vous dis que j'y ai songé au moment du choix du prénom de mon bébé, vous me direz que je souffre vraiment de déformation professionnelle grave, n'est-ce pas ? :-D

Il était donc vraiment temps d'introduire les phonèmes "an" et "in", que j'ai imprimé en noir, d'un seul tenant. Que deux lettres accolées puissent ne former qu'un seul son est encore très abstrait pour Antonin ; il va falloir que je renforce cette compréhension par des exercices de phonologie spécifiques, car en Moyenne section, c'est sûr : il va apprendre à écrire son prénom. Et j'entends bien que cet apprentissage majeur, une fois de plus, ne soit pas déconnecté du sens.

Si on suit à la lettre la progression montessorienne, le premier alphabet est présenté vers 4 ans, quand l'enfant connait au moins la moitié des lettres rugueuses. Par "connaitre les lettres rugueuses", on entend deux choses : que l'enfant sache reconnaitre et prononcer la lettre, et qu'il sache la parcourir tactilement correctement. C'est toute la magie de la pédagogie Montessori que d'associer les perceptions dans l'élaboration des connaissances !

Ici, j'ai été un peu bousculée par mon Damoiseau, qui a appris, tranquillement, les sons de toutes les lettres de l'alphabet (en capitale d'imprimerie). Quant à "les avoir dans les doigts", c'est en cours d'acquisition. Nous n'avons pas de lettres rugueuses (je ne sais pas s'il en existe en capitales scriptes ?), mais nous utilisons l'ABCdaire à toucher de Balthazar et Antonin ne manque jamais de s'exercer en le lisant.

Puisqu'Antonin commence à enchainer les phonèmes, j'ai donc décidé de nourrir cet intérêt, même si, je le rappelle, l'apprentissage de la lecture est un processus très long, qui se fait sur plusieurs années. Il ne s'agit pas encore pour lui d'apprendre à lire (même si ce type de matériel l'y amènera, un jour), mais plutôt de consolider un processus mental dont il a l'intuition, à travers un support adapté.

Pour le reste, l'usage que nous faisons de notre modeste alphabet est conforme au procédé montessorien :

- Je propose à Antonin d'écrire un mot. Spontannément, il ne cherche pas le sens ; il préfère placer des lettres côte à côte, au petit bonheur, et déchiffrer ensuite. Ce qui donne des choses comme : "PFG" ou "NCZ" fort difficiles à prononcer, mais toujours très rigolotes. Bon, je lui ai expliqué que pour que les syllabes soit plus faciles à dire, il vallait mieux glisser une "lettre rouge" de temps en temps ! :-)

- Donc, soit Antonin finit par choisir un mot (ces derniers jours : "Koala" et "Tarte"...), soit je lui en propose un ("Papa" fut le mot d'aujourd'hui !). Je le prononce ensuite plusieurs fois, de plus en plus lentement, en insistant bien sur le premier phonème.

- Antonin identifie le son initial, prend l'aimant correspondant et le place sur le tableau. Je redis le mot en insistant sur le deuxième phonème, etc.


Vous le voyez, mon rôle est encore très important, et le Damoiseau n'en est pas à former des mots tout seul ! Mais c'est un petit jeu qui lui plait beaucoup, et certains jours, il souhaite enchainer plusieurs mots, voire de petites phrases.

Il est à noter qu'en quelques jours, Antonin a fait de net progrès pour "écrire" ses mots de gauche à droite ! ;-)


Et ces aimants sont bien pratiques pour improviser de petites expositions personnelles ! :-)

lundi 25 août 2014

Notre semaine (34/14)

Cf. ICI

Une semaine un peu light, à cause de l'hospitalisation d'Antonin, durant laquelle je n'ai pas proposé grand chose de nouveau... Mais les enfants n'ont pas besoin de moi pour suivre leur petit bonhomme de chemin ! ;-)

Du côté de Louiselle, une avancée discrète, mais majeure : la Damoiselle nous informe gentiment du moment où elle fait pipi ou caca dans sa couche ! Ça, c'est intéressant, n'est-ce pas ? Oui, c'est trèèès intéressant. Surtout pour moi qui suis de plus en plus décidée à lui faire une confiance totale pour l'apprentissage de la "propreté", comme on dit. La Damoiselle choisit elle-même les moments où elle veut aller sur le pot ou sur les toilettes... Bon, pour le moment, il ne se passe absolument rien pendant ces séances - à son grand désappointement d'ailleurs. C'est évident : Louiselle ne maitrise pas encore ses sphincters. Une raison supplémentaire pour ne rien faire de mon côté. ;-)

Manipulation libre et tri spontanné par couleurs

Dans l'atelier, les mêmes activités se poursuivent : Louiselle progresse dans sa maitrise du support à boulons, Antonin reprend fréquemment les pinces à linge, et il y eut quelques séances d'argile - il va vraiment falloir que je confectionne un support spécifique facile à nettoyer, c'est urgent !


Louiselle m'apprend beaucoup de choses sur la capacité d'un très jeune enfant à s'auto-gérer si on lui en donne l'opportunité : à présent, elle est totalement autonome lors de ses activités de peinture. Je m'explique : lorsque nous quittons l'atelier après y avoir travaillé, je sais qu'il faut impérativement que je vérifie trois choses avant de fermer la porte : les appareils lumineux sont-ils éteints ? La pâte à modeler est-elle rangée dans un récipient hermétique ? Les pots de peinture sont-ils refermés ? Bon, c'est devenu un automatisme, et dans la foulée, je réunis les pinceaux et outils entachés de peinture, les dispose dans la cuvette prévue à cet effet, et j'emporte le tout pour le nettoyer en bas. Bien. 

Mais à présent, Louiselle parvient non seulement à ouvrir les petits pots de peinture, mais elle n'oublie jamais de les refermer après usage - et dispose très soigneusement ses pinceaux dans la petite cuvette... Ouah. De nouvelles perspectives s'ouvrent à moi - je veux parler d'organisation de classe, oui. Merci ma petite fille ! :-)

À propos de peinture, j'ai montré aux enfants le protocole pour mélanger les couleurs. Je n'ai pas réussi à photographier l'installation avant qu'Antonin ne se jette dessus, et ne trempe les petites cuillères dans la peinture ! :-D

Invitation

J'ai rencontré un jour un collègue très branché "arts plastiques" - ce n'était pas sa seule qualité, c'était un excellent enseignant ! :-D - qui m'a beaucoup appris. Il disait toujours que l'oeil de l'enfant est capable de distinguer des nuances de couleurs très fines, là où nous, adultes, nous empressons de faire tomber la nuance sous un concept (clair, foncé...) sans pouvoir l'observer vraiment. Il demandait toujours à l'ATSEM qui préparait les pots de peinture dans sa classe d'opérer de légers mélanges : un trait de bleu dans le pot rouge, par exemple... Le rouge reste rouge, mais ce n'est plus le magenta de base, il a une nuance qui lui est propre, et qui n'échappe pas à l'enfant... C'est une astuce que j'ai reprise dans mes classes. Ce serait dommage de priver les enfants d'une expérience sensorielle aussi subtile ! ;-)


Allez savoir pourquoi, lorsqu'Antonin mélange deux couleurs primaires, il s'agit presque toujours du bleu et du jaune ! :-D

Nous avons donc passé une belle séance à explorer les mille nuances du vert - Louiselle, qui était la bienvenue bien sûr, s'est détournée très vite de cette activité. Cela arrange bien mes affaires, elle fera cette expérience plus tard, rien ne presse !


La tour rose a été sortie une seule fois cette semaine...


... par Louiselle, qui partage avec son frère une certaine indifférence vis-à-vis de ce matériel.

Ceci dit, elle m'a épaté en procédant très méthodiquement pour les quatre premiers cubes, et en sélectionnant à chaque fois le plus gros parmi ceux étalés devant elle. Au terme de quoi, elle a perdu le fil, et a commis quelques erreurs... ce qui a compromis l'équilibre de sa tour !


Qu'à cela ne tienne, Louiselle a patiemment remonté sa tour jusqu'à ce qu'elle parvienne à une construction stable. Et de me demander alors malicieusement : "Je peux casser ?". Et bien, oui, pourquoi donc construirait-on des tours, à deux ans, si ce n'est pour les casser ensuite ? ;-)


Les enfants ont découvert une fonctionnalité de leur rétroprojecteur qui les a longuement intéressés : en coulissant une petite manette sur le côté, un écran occultant se déploie... et l'image projetée disparait ! Magique ! :-)


Mes jolis plateaux de découpage n'ont aucun succès auprès d'Antonin...

Mais rassurez-vous, le Damoiseau découpe tout de même beaucoup, en suivant ses goûts propres. Il aime particulièrement découper les prospectus...


... et le scotch ! Cette activité "collage" est une des favorites de la maison, les enfants la reprennent très frequemment. Mon homme et moi sommes à l'affût du moindre "masking tape" original et peu cher (mon mari en a même rapporté tout un lot d'un voyage à Vienne !), et nous avons fini par réunir une petite collection, qui permet de proposer un plateau varié.


Antonin a décidé de travailler un jour sur table lumineuse ; je n'y aurais pas songé ! La lumière donnait à voir les motifs superposés par transparence... Intéressant ! ;-)


Sans suprise, l'activité "solides" a été reprise plusieurs fois avec enthousiasme... Les tris par type de solides ont émergé spontannément dès la troisème séance... et le vocabulaire est assimilé à une vitesse qui me déroute ! Avec une résistance (légitime), cependant, en ce qui concerne les prismes : je ne veux pas introduire immédiatement la distinction entre "prismes à base triangulaire" et "prismes à base polygonale", puisque je veux qu'Antonin découvre lui-même, plus tard, la forme des bases. La famille "prismes" comporte donc des volumes très variés (sans compter que le pavé en est un, ainsi que le carré, qui est un pavé particulier...), et Antonin refuse de leur donner le même nom, puisque "ce ne sont pas les mêmes" ! Nous nous sommes accordé sur une définition provisoire : quand Antonin ne sait pas nommer un des solides, c'est que ce n'est ni un pavé, ni un cylindre, ni un cube, ni un cône, ni une pyramide, ni une sphère, ni une demi-sphère... On dit alors que c'est un prisme ! Nous affinerons cela avec le temps ! :-)

Des liens spontannés se forgent...

Enfin, des pochoirs Djeco, offerts aux enfants par leur tante Isabelle, ont complètement supplanté nos formes à dessin...


Je vous en reparlerai, car je compte bien, dans les prochains mois, introduire une pluralité de matériel pour travailler le graphisme... Mon Damoiseau en a bien besoin, qui s'apprête à entrer en Moyenne section sans avoir automatisé la tenue correcte de son crayon... Ce n'est pourtant pas faute de pratiquer ! :-/

Une exposition en plein air sur les métiers anciens...

La semaine prochaine, notre espace "lumière" sera fermé pour cause de travaux : je repeins tout en blanc, ça fait du bien ! Mais il manque déjà cruellement aux enfants, comme vous pouvez le deviner à travers les multiples photos de cet article s'y référant... Bon, quand il sera tout beau tout neuf, on l'inaugurera par une "fête de la lumière" ! Je vous raconterai ! :-D


Je cesse là mon bavardage du jour, mais reviens dès demain vous présenter notre alphabet mobile... Il sera aussi question très vite par ici d'éducation physique et de cubes... Et oui, encore les cubes ! D'ailleurs, seriez-vous éventuellement intéressées par une grille d'observation dans ce goût-là les concernant ? Ça vaut ce que ça vaut, mais je trouve que plus on a d'outils à sa disposition, mieux on observe et analyse les productions enfantines...

Je vous laisse sur un duo de choc : Louiselle et son Papa !

video


Très bonne semaine chez vous ! ;-)

dimanche 24 août 2014

Amygdalectomie


La grande affaire de ces derniers jours, ce fut, bien évidemment, l'hospitalisation d'Antonin, dont vous avez été nombreuses à vous inquiéter, merci ! :-)

Voici un rapide récapitulatif des faits ; vous vous souvenez peut-être que je me posais des questions sur l'ouïe du Damoiseau. Après plusieurs visites chez un ORL un peu mou du genou, il s'est avéré qu'Antonin entendait bien, finalement, et même très bien compte-tenu du fait qu'il souffrait d'une double otite séreuse (accumulation de liquide à l'arrière du tympan), dont les traitements que nous suivîmes quelques mois ne vinrent pas à bout.

Ayant l'impression de piétiner un peu, je changeais d'ORL, et emmenais directement Antonin au service pédiatrique du CHU de Grenoble. Nous tombâmes sur une ORL du tonnerre, qui détecta immédiatement la cause de cette double inflammation : des amygdales hypertrophiées, qui se touchaient l'une l'autre ! Si ! Bon, j'avais bien remarqué que les amygdales du Damoiseau était très grosses, mais comme c'était aussi le cas chez moi avant que je ne me les fasse enlevées sur le tard, je croyais que c'était normal... À la réflexion, non : j'ai regardé dans la bouche de Louiselle, pour avoir un point de comparaison (c'est vrai, quoi, on ne se montre jamais nos amygdales mutuellement, c'est tout de même dommage...!!) et bien croyez-moi ou pas : on ne les voit pas, ou à peine. Il parait que c'est comme ça, pour les amygdales normales ! :-o

Bref, nous décidâmes de faire opérer Antonin au plus vite - ses amygdales le gênaient énormément pour respirer, en particulier la nuit, et même pour parler et déglutir... Sans compter qu'il vivait la bouche ouverte en permanence et que ce n'est pas bon du tout pour le tonus facial en pleine élaboration à cet âge. Hop, au bistouri ! Et l'ORL a profité de l'anesthésie générale pour lui ôter également les végétations (pour dégager le nez) et placer des drains tympaniques de façon à évacuer le liquide accumulé.


Bon, tout s'est merveilleusement bien passé. Nous avions préparé cette petite épreuve par de longues discussions et des lectures. En fait, Antonin était ravi d'aller à l'hôpital - et Louiselle en bavait de jalousie... - même s'il avait bien compris qu'après l'opération il serait malade. Nous avons eu droit à une grande chambre individuelle, très lumineuse, avec vue sur la montagne. Nous sommes arrivés la veille de l'hospitalisation, et nous en avons profité : nous avons pris l'ascenseur un nombre incalculable de fois (wouah !), joué avec d'autres enfants dans les salles de jeux ou les parcs extérieurs... Je n'ai quitté mon Damoiseau qu'à la porte du bloc pour le retrouver aussitôt sorti, et encore endormi. L'équipe était absolument fabuleuse ; les infirmières m'ont littéralement impressionnée. Elles dégageait toutes un équilibre incroyable, une spontanéité et une gentillesse immenses, un contact formidable avec les petits... Enfin, tout, quoi !! Pourtant, ce métier est tellement difficile, elles auraient le droit d'être parfois de mauvaise humeur... Elles ont beaucoup fait pour que tout se passe à merveille, et je leur en suis très reconnaissante.

Bien sûr, Antonin a un peu souffert, surtout le jour même. Sa douleur a toujours été prise en compte et traitée. Dès le lendemain, il s'est levé, a mangé, a joué... Et nous sommes rentrés à la maison avant midi - à peu à regret pour Antonin : "C'était bien, l'hôpital !!". :-)

Depuis deux jours, Antonin ne prend plus de médicaments. Hormis sa voix qui est légèrement plus aiguë (je ne sais pas si ça va durer ?), il ne reste aucune trace de l'opération. Il ne se plaint plus de la gorge, et, curieusement, développe un appétit nouveau. On m'avait prévenue à l'hopital qu'il risquait de se nourrir de yaourts, de glaces et de compotes les premières semaines, ce à quoi j'avais répondu qu'il s'agissait justement de son régime habituel... Mais mon Damoiseau a l'esprit de contradiction : alors même que sa gorge devait le faire encore souffrir, il s'est mis à dévorer. Enfin, "dévorer" n'est peut-être pas le mot, il s'agit d'Antonin, tout de même ! Mais disons que depuis quelques jours il est beaucoup moins sélectif et me surprend à apprécier des plats variés : salade verte, panisses, pancakes de légumes, pâté végétal, artichauts vinaigrette, oeufs à la coque, radis, tourte aux pommes de terre... Depuis la première fois que je suis Maman, je n'ai pas l'impression de cuisiner pour rien, puisque tout le monde mange - au moins un peu - au repas...

Pourvu que ça dure !! :-)

vendredi 22 août 2014

Ce que Reggio n'est pas (et ce qu'elle est sans doute...)


Plus ça va, plus je me dis que la naissance de la pédagogie Reggio tient vraiment du miracle. Il y a fallu la conjoncture d'un certain nombre de facteurs proprement hallucinants - la fin d'une Guerre totale qui laisse un monde dévasté, une physique et une métaphysique toute neuves, de nouveaux enjeux sanitaires et sociaux, et la rencontre d'hommes et des femmes infatiguables et passionnés, qui sont à la fois des théoriciens et des gens de terrain, et qui apprennent, dès le début, à travailler et réfléchir ensemble, en synergie et dans la participation citoyenne.

Décidément, après avoir lu des dizaines de tentatives de définition de la pédagogie Reggio Emilia, je me demande si elle n'est pas tout simplement cela : un incroyable concours de circonstances. Un miracle. Et le plus miraculeux de tout est certainement le fait que 50 ans plus tard, elle continue d'être efficiente et de rayonner à travers le monde comme un modèle...

Tout cela m'interroge. Dans la lignée de mon questionnement actuel, je me demande s'il est possible d'extirper cette pédagogie de son contexte pour l'appliquer chez moi ou dans mes classes. La question devient très pratique : "faire du Reggio", c'est faire QUOI ?? Et comme souvent face à une difficulté, je trouve qu'il est plus facile de commencer par définir ce que "faire du Reggio" n'est pas.

Ce que Reggio n'est pas :

Reggio n'est pas quelque chose que l'on peut copier. Bien sûr, rien ne nous empêche d'accrocher des transparents sur nos fenêtres ou de coller des miroirs partout. Il se peut fort, d'ailleurs, que quelque chose d'intéressant en résulte, et cela permettra au moins des expériences sensorielles nouvelles. Mais cela ne nous fera pas "entrer en Reggio". Reggio n'est pas un ensemble de recettes ; il n'y a pas de mode d'emploi magique.

Ce n'est pas une bonne nouvelle, hein ? Surtout si on songe - comme moi, je dois l'admettre - à écrire un livre pratique sur le sujet... :-(

Ce que Reggio est sans doute :

Reggio est un cheminement. Pour devenir reggian, il faut apprendre à douter, à aimer le doute, et à lui faire confiance. L'incertitude est un excellent compagnon de vie. Si nous voulons appliquer cette pédagogie et que nous cherchons des conseils, je crois qu'il n'y en a qu'un à retenir : mettons-nous en chemin. Prenons conscience de notre expérience en tant qu'éducateur, de ce qu'elle a d'unique, de ce que nous vivons et de ce que nous visons. Juxtaposons notre vécu avec nos idéaux ; analysons et interrogeons la distance constatée. En quoi s'opposent-ils ? Quelles sont les similitudes et les différences ? Comment pouvons-nous, à partir de ces constats, élaborer et réinventer chaque jour nos manières de faire ?

La marche peut sembler un peu haute, mais Reggio est un horizon ambitieux. Et pour nous consoler, je reprendrais la réflexion d'Hëlëne dans son commentaire à cet article : chaque petit pas compte. Dès le premier petit pas, nous nous écartons de la vision traditionnelle, dans laquelle le professionnel de l'éducation serait le détenteur du savoir qu'il transmet par perfusion. Le moindre petit pas amorce le changement social, accomplit un modèle nouveau dans lequel les enfants sont les protagonistes de leur propre histoire - et de la nôtre.

Et pour répondre à une question qui m'est fréquemment posée concernant les similitudes et les différences entre les pédagogies Montessori et Reggio, je dirais qu'il n'y a aucun lien entre ces deux pratiques, si ce n'est le cheminement des personnes qui les découvrent. C'est encore une conjoncture, ça, mais cette fois, c'est la nôtre : depuis les années 2005, des éducateurs se mettent en chemin. C'est une armée discrète et pacifiste, composée, pour la grande majorité, de jeunes Mamans. Il se pourrait bien qu'elles changent le monde, mais ne sont-ce pas toujours les mères qui, dans l'ombre, font les Révolutions ? Elles cheminent. Et elles rencontrent des alliés qui se nomment "Maria Montessori", "Arno Stern", "Charlotte Manson", "Rudolf Steiner" ou "Loris Malaguzzi". Et elles en font quelque chose, quelque chose de nouveau, qui se compose de tout petits pas additionnés.

Un autre miracle, en somme.

mercredi 20 août 2014

En ce moment nous lisons/écoutons (08/14)

Louiselle, 2 ans, lit :


- Le gilet de la petite souris.

Bon, je ne suis même pas fichue de vous donner les noms des auteurs... Je ne sais pas lire le japonais ! :-D

Ce livre a été offert aux enfants par leur oncle, qui enseigne le japonais et utilise souvent ce livre avec ses étudiants : la structure répétitive permet aux apprenants de "fixer" certaines tournures grammaticales... en prenant bien du plaisir ! Ici, je le "lis" en français ; mon frère m'a fourni une traduction que j'ai facilement retenue, le texte se répétant à chaque page. La petite souris protagoniste est très fière de son nouveau gilet, tricoté par sa Maman. Mais il est si beau qu'il attire un tas d'animaux du voisinage, qui demandent tous à l'essayer à tour de rôle. Seulement, ces malotrus sont de plus en plus gros, et à chaque fois qu'il change de main, le gilet se déforme... Lorsque la pauvre souris le récupère enfin (sur le dos de l'éléphant !), il est bien sûr devenu beaucoup trop grand pour elle. Les illustrations sont très fines, très drôles, et c'est une manière agréable d'aborder les ordres de taille. Je pense d'ailleurs faire des petites figurines reprenant les personnages un jour, pour que les enfants s'exercent à les ranger du plus petit au plus grand.


- Je veux des pâtes, Stéphanie Blake, L'école des Loisirs, 2008.

Un grand classique absolument irrésistible - si vous ne connaissez pas, précipitez-vous dans votre bibliothèque de secteur, c'est sûr : ils l'ont ! Et ce qui est sûr aussi, c'est que vos enfants vont a-do-rer Simon, le petit lapin masqué, qui "tout à coup et tout à trac, se mit à rouler des yeux démoniaques". Et qu'ils sauront bientôt prononcer d'une traite la proposition sus-citée (et tout l'album, avec le ton !).


- Je ne veux pas aller à l'hôpital !, Tony Ross, Gallimard Jeunesse, coll. "Folio Benjamin", 2004.

J'ai eu un mal fou à trouver des albums sur l'hospitalisation, en vue du petit séjour qu'Antonin devait y faire la semaine dernière (amygdalectomie et compagnie). Heureusement que la fidèle petite princesse de Tony Ross - que les enfants connaissaient déjà grâce à ce volet-là - a répondu présente. Nous l'avons lu et relu, et même emporté avec nous à l'hôpital. Louiselle se le raconte seule  depuis quelques semaines, et les grandes lignes du récit sont là. Elle y a trouvé des ressources pour exprimer sa frustration face à l'extraordinaire chance qu'avait son frère de se faire dorloter au pays des infirmières : "Moi aussi, je veux qu'on m'enlève les damizales !!". :-)


- Pomme reinette et pomme d'Api, Antonin Louchard, Bayard Jeunesse, coll. "Tralalire", 2005.

Le travail d'Antonin Louchard reprend ici les procédés qu'il utilise beaucoup, en général, lorsqu'il travaille avec Katy Couprie (À tableTout un monde, Au jardin...) : une alternance de dessins et de photographies à la lumière un peu brutale, donnant à l'ouvrage une couleur à la fois hyper-réaliste et onirique, épurée et presque crue... On aime ou on n'aime pas, mais mes enfants sont complètement fans. Voici un livre de comptines - pour le reste, très traditionnel - qui fait partie de nos favoris familiaux.


- L'ABC, Eric Carle, Mijade, 2003.

C'est un coup de coeur qui ne date pas d'hier... Souvenez-vous, je vous en parlais déjà ici. J'ai glissé il y a quelques mois une liste de suggestions à ma bibliothécaire, et... j'ai retrouvé cet ouvrage, qui en faisait partie, sur les présentoirs quelques semaines plus tard !! :-)

Cet album est à fois un documentaire très sérieux (quoiqu'à la lettre X...) pointant, en quelques mots, certaines particularités des animaux présentés. C'est aussi un ABCdaire - encore un ! Mais vous savez à quel point je trouve ce genre intéressant... et mes enfants ne sont pas en reste, qui en redemandent. C'est enfin et surtout un livre d'art ; je suis toujours émerveillée face au travail de cet homme, à la matière de ses oeuvres - peinture à la fourchette et autre barbouillages savants sont domptés en quelques coups de ciseaux et viennent donner corps au tracé soigné... J'aime Eric Carle ! :-)

Antonin, 3 ans et demi, lit :


- Chez Adama, Mécanique générale, Véronique Vernette, Point de suspension, 2001.

Enfin, enfin !!! Un livre qui parle des Africains, des vrais, qui, comme on le sait, vivent tous vétus de pagnes dans des cabanes de terre sèche. Ah non ?

Véronique Vernette navigue entre le sud de la France et le Burkina Faso, et elle aime l'Afrique. Elle aime aussi les énumérations, les histoires si quotidiennes qu'elles n'en sont pas vraiment, les dessins descriptifs, presques techniques, éclatés et colorés, et les assonances en "é". J'ai découvert cet album en librairie, et j'ai immédiatement su que j'allais repartir avec ! Bon, en réalité, je suis ressortie avec deux de ses albums... Mais voilà, cela faisait trop longtemps que je cherchais un auteur capable de transmettre sans cliché une image vibrante et vivante de la culture africaine à des enfants de moins de quatre ans...!!

Et comme toujours lorqu'il s'agit d'un énorme coup de coeur, j'avais un peu le trac en le présentant à mon petit critique : et si Antonin, lui, n'accrochait pas ? Bon, dès la première lecture, ce livre - tout comme son grand frère Cocorico Poulet Piga - a immédiatement captivé le Damoiseau. Le genre de livre qu'il faut lire dix fois par jour et qu'on cherche partout à l'heure du coucher parce que l'enfant le réclame à son chevet, vous voyez ? ;-)
 

- L'imagerie de la vie des enfants, Philippe Simon, Émilie Beaumont, Isabelle Rognoni, Colette Hus-David, Fleurus, 2000.

Sans transition, un Fleurus, un vrai. Documentaire précis, exhaustif et réaliste, dessins soignés - je ne sais pas pourquoi on a l'impression que celui-là date des années 80, car il n'en est rien... Utile, il permet d'aborder avec l'enfant tout un tas de thèmatiques d'importance, comme le divorce, la mort, l'hygiène... Bon, l'ensemble fait très "premier livre de morale" (et explique en long et en large qu'il faut bien se tenir dans les magasins, respecter ses voisins et le code de la route...), mais pourquoi pas. On y trouve un tas de situations pour amorcer des discussions avec les enfants, et je me demande si je ne l'utiliserai pas parfois en classe...

Bon, Antonin ne le lâche plus. Ces Fleurus, quel succès ! :-)


- L'ABCD Signes, Bénédicte Gourdon, Roger Rodriguez, Chamo, Thierry Magnier, 2008.

Ce petit livre flambant neuf au format carré et couleurs passées sur papier de haute qualité m'a fait de l'oeil à la bibliothèque... Vous comprenez pourquoi, hein ?

Antonin a commencé par l'ignorer royalement, et puis l'a découvert un beau matin, et n'a plus voulu le lâcher ! Même son Papa a dû se pencher sur la manière de signer les mots représentés, et je sais qu'il lui en a - un peu ! - coûté ! ;-)

Car la première remarque que l'on fait à la lecture de cet ABCdaire, c'est que les signes ne sont pas aisés à "lire" et à reproduire sans passer par Sematos. C'est lié aussi au fait qu'il ne s'agit que de verbes - sauf pour la lettre "Y", on sent que les auteurs sont retrouvés à cours... -, finalement peu usités dans le dialogue des parents avec leurs bébés, dans lequel les noms prédominent. Le vocabulaire est d'ailleurs assez pointu - c'est une bonne chose - et pioche dans divers registres de langue - ce qui me va. Les illustrations de Chamo, pseudo-naïves, n'hésitent pas à piocher dans le scatologique pour faire sourire - ce qui, vu l'âge d'Antonin, interpelle plutôt ses parents -, et revêtent même quelques atours à la limite du trash... Ou alors, c'est moi ??


- Bande de cochons !, Mireille d'Allancé, L'école des Loisirs, 2010.

Plus on connait Mireille d'Allancé, plus on l'aime. Je ne connaissais d'elle, il y a encore quelques mois, que Grosse colère, et la renommée de cet album est telle, sur ce délicat sujet, que je ne pouvait pas vraiment juger. Depuis, ses oeuvres se succèdent entre mes doigts, et j'y retrouve avec plaisir son trait dodu, ses faux-aplats réchauffés de nuances cachées et sa plume vive. J'aime beaucoup, et les enfants accrochent complètement !

Cet album-ci permettra d'aborder, sans souffrance, les notions de sens propre et figuré avec les très jeunes enfants... et de bien rigoler ! :-)

Je lis :


- Reggio Emilia, 40 ans de pédagogie alternative, Enfants d'Europe n°6, février 2006.

Je me suis enfin décidée à commander la seule publication en français sur le sujet qui me passionne en ce moment, et je ne suis pas déçue. Attention cependant : il s'agit d'une approche purement philosophique. En d'autres termes, on n'y parle pas de la pédagogie dans ses manifestations concrètes. Si vous cherchez comment introduire cette approche entre vos murs, et que vous êtes en quête d'exemples et de conseils, vous n'en trouverez pas ici. Mais pour moi, cette approche théorique me permet de relier ce que la littérature américaine m'avait appris sur le sujet à ma culture personnelle : Gilles Deleuze et Edgar Morin, excusez du peu !, font partie des penseurs ayant inspiré le mouvement, et il se trouve que ce sont aussi mes premiers amours doctrinaux (je suis une ex-étudiante en philo, ça laisse des traces !) !

Nous écoutons :

Très honnêtement, dans la mesure où Antonin est libre de choisir et de lancer les CDs qu'il veut écouter, nous avons droit aux deux mêmes en boucle depuis des mois (celui-ci et celui-là), excellents, au demeurant. Bon, j'essaie quand même de proposer de nouvelles choses, et en ce moment :


- Les 40 plus belles chansons et comptines, Gallimard jeunesse Musique, 2012.

Alors, je ne sais pas si ce sont "les plus belles", mais il y en a bien 40, qui mêlent comptines traditionnelles ("La mère Michelle", "Aux marches du palais", etc.) à des créations contemporaines. Les premières permettent à mes enfants d'enrichir leur répertoire (les comptines ont la cote, en ce moment !), les secondes leur ouvrent d'autres horizons... Bon, certaines thématiques sont encore un peu éloignées de leur ressenti, mais cela viendra vite, à présent ! L'orchestration est d'une grande qualité, et s'inscrit dans le souci permanent d'aborder des genres variés. Rien à redire, c'est très bon !


- Mon arbre à chansons, Alain Schneider, Gallimard Jeunesse Musique, 2005.

Celui-ci a surtout pour objectif d'enrichir mon propre répertoire, car les enfants me réclament de plus en plus de nouvelles berceuses au moment du rituel du coucher. Cet album est un petit bijou de poèsie et de sensibilité, je compte bien l'apprendre par coeur ! Les gourmands de mots, de rythme et de sonorités toute douces se régaleront littéralement. L'accès au sens est tout à fait à la portée des plus petits dès deux ans.


Et à propos de douceur... Cesària Évora m'évoque irrésistiblement des souvenirs de bords de mer, le rythme taquin et paresseux des grasses matinées de vacances et des virées en amoureux, et la poésie, la nostalgie, l'amitié, et la danse... Elle n'aurait pas fait mieux si elle s'était adressée exclusivement aux enfants, voilà ce que j'en dis ! :-)

Et vous, vous lisez/écoutez quoi ? :-)

samedi 16 août 2014

Géométrie : Reggio style


Ayant renoncé au cabinet de géométrie montessorien, mon intention d'initier cet été Antonin à l'univers fascinant de la géométrie restait évidemment intacte. J'ai pris beaucoup de plaisir à mettre sur pied la "situation découverte" dont je souhaite vous parler aujourd'hui. Et comme je reçois ces dernières semaines beaucoup de questions sur la pédagogie Reggio Emilia auxquelles il m'est impossible de répondre en moins de 20 pages, je me dis que la petite illustration pratique ci-après éclairera peut-être certaines lanternes...


La première des choses à savoir sur la démarche reggiane, c'est que personne ne vous dira quoi faire, comment le faire et à quel moment. Il n'existe aucune progression pré-pensée, aucun contenu de programme imposé. Si quelqu'un tente de vous vendre un document dans ce goût-là, vous saurez immédiatement qu'il s'agit d'une anarque. Par définition.


Ainsi, face à mon problème de départ : "Comment initier des enfants à la géométrie ?", je suis d'abord seule avec moi-même. Mais non pas seule au monde, puisque j'ai à ma disposition le travail des pédagogues antérieurs, qui réfléchissent aux questions éducatives depuis l'aube de l'humanité. Et non pas "en roue libre", puisque je communique avec d'autres éducateurs sur mon cheminement et le leur, confrontant, refléchissant et avançant au contact des autres... Ce que je fais, entre autre, ici même sur ce blog, avec vous, chères lectrices ! :-) La communication et le travail de recherche des éducateurs sont des ingrédients essentiels du travail reggian.


Et d'ailleurs que répondriez-vous, vous, à cette question : en géométrie, faut-il commencer par la géométrie dans l'espace (solides géométriques) ou par la géométrie plane (figures géométriques) ? Bien que les enfants apprennent spontanément très rapidement les noms des formes planes usuelles (triangles, carrés et compagnie), je suis arrivée à la conclusion qu'il vallait mieux commencer par présenter les solides, qui sont des objets physiques, manipulables, dotés, comme tous les corps de notre environnement, de propriétés appréhendables par les sens (matière, couleur, dimensions...). Une figure plane est finalement quelque chose de beaucoup plus abstrait, qui "s'abstrait", d'ailleurs, du solide : trempez un cube dans de la peinture pour obtenir un carré sur votre feuille...


Ceci étant pour moi établi, j'ai réfléchi à ce que je voulais provoquer, très concrètement, chez mes enfants : de l'émerveillement. Oui, et l'envie de toucher. De regarder, de comparer, de déplacer, de soupeser... et de faire des liens.

De mon point de vue, mes objectifs pouvaient être énoncés ainsi : je voulais que mes enfants manipulent longuement des solides de formes variées, et s'imprègnent de leurs noms.

Je voulais enfin, une situation "ouverte" (la langue anglaise dit joliment "open-ended") : mon invitation, hautement sensorielle, devait porter en elle la capacité de donner des idées. Lequelles ? Mystère. Ce que cet enfant-là en fera, nul ne peut le prévoir. Mais il fallait que la proposition porte en elle une richesse, une poèsie, une logique intrinsèque, une beauté, un je ne sais quoi d'irrésistible qui invite à une pluralité d'actions et de pensées possibles.

Invitation

Bon, tout ce merveilleux matériel n'est pas à moi... J'ai emprunté à droite à gauche (Les deux Céline, si vous me lisez, merci !!!) - en particulier les solides en plastique, que je vais devoir rendre à la rentrée... :-(

Mais voilà l'idée : sur notre table de travail, j'ai disposé, en secret, des dizaines de solides. Certains sont en bois, d'autres en plastiques. Certains sont gros, d'autres petits. Certains sont translucides, d'autres sont opaques. Certains roulent et d'autre pas. Certains sont rouges, et d'autres bleus, ou jaunes, ou...

J'ai étrenné nos nouveaux miroirs pour l'occasion : les solides, en se reflétant, donnent à en voir d'autres...

Le tout, un jour de beau soleil qui filtrait par les fenêtres : c'était magnifique ! :-)



Et la première réaction d'Antonin et Louiselle fut de s'exclamer : "Oooooh ! C'est beauuuuu !".
C'est ce que j'appelle une bonne entrée en géométrie ! :-)

Et Antonin de demander aussitôt : "On peut toucher ou on peut pas toucher ?"
:-D

La séance a duré 3/4 d'heure, durant lesquel il y eut :


- Des manipulations pour le moins... constructives ! :-D

Ce fut l'occasion de nommer tous ces objets par leur noms, à commencer par celui de "solide", que les enfants n'avait jamais entendu. Mais aussi "sphère", "demi-sphère", "cylindre", "cône", "prisme", "cube", "pavé" et "pyramide"... Le terme "sommet" m'est venu à la bouche plusieurs fois. Pas ceux d'"arête" ni de "face", mais les enfants en ont désormais une connaissance sensorielle, je vous l'affirme !


- Des tris par couleurs. Les miroirs ont été réquisitionnés pour devenir "la maison des rouges", "la maison des bleus", etc.


- Des tris prenant en compte plusieurs critères : par exemple ici, couleur et taille.

- Le réinvestissement immédiat d'une partie du lexique : "Maman !!! Louiselle, elle veut pas me donner la sphère rouge !!". ;-)


- Et beaucoup de fun ! :-)

Et dès la deuxième séance, ma satisfaction de voir les enfants réinstaller cette situation tout seuls :


Pour moi, c'est décidé : c'est ainsi que je débuterai chaque année scolaire le programme de géométrie, quel que soit le niveau de classe que j'ai en charge ! :-)

mardi 12 août 2014

Éloge du tricot


C'est pour moi une passion qui remonte à l'enfance. Mais comment diable voulez-vous tricoter, lorsque certains habitants de la maison n'ont pas deux ans de vie ? :-)

La plupart de mes amies ont débuté le tricot en devenant Maman - ah, ces petites pièces de layette, c'est à croquer, n'est-ce pas ? J'ai fait l'inverse : à la naissance d'Antonin, j'ai arrêté. 

Bon, pas complètement arrêté. J'ai quand même tricoté une couverture pour mon petit garçon (vaguement visible ICI, mais elle n'est pas à son avantage !), un petit pantalon bouffant (avec des aiguilles n°3, aïe, aïe, plus jamais ça !) dont Louiselle a hérité l'hiver dernier, et quelques bonnets. Pour poupées, pour bébés, pour bambins, pour enfants, pour adultes... J'adore les bonnets ! Surtout lorsqu'ils ont la forme de bonnets péruviens, et qu'ils se parent de couleurs chinées. J'en ai tellement fait que je suis à présent capable de me lancer sans modèle, et c'est toujours très chou - le genre de bonnets qui transforment votre entourage en lutins des bois, j'adore ! ;-)

(Et en fouillant dans mes archives à la recherche d'images de mes créations éparpillées, je me dis que j'ai tout de même drôlement progressé en photographie le jour où j'ai compris qu'il ne fallait JAMAIS se servir du flash !) :-D 

Bon, toujours est-il que lorsque je veux tricoter, il me faut des aiguilles. Du genre pointues. Il se trouve aussi que j'ai tendance à oublier mon oeuvre en cours au creux douillet d'un canapé, à l'endroit exact où j'aimais poser mon nouveau-né - en gros, les tricots et les bébés aiment les mêmes petits recoins tout doux. Sauf qu'après avoir manqué d'éborgner le fruit de mes entrailles une ou deux fois, je reléguais le tricot dans un placard où je l'oubliais.


Bon. Qu'à cela ne tienne, un tricot, ça se reprend. Je le ressortais donc joyeusement un jour d'automne - s'il était destiné à un enfant, il fallait tout refaire parce qu'il avait grandi, mais passons. C'est reparti ! Mais mon nouveau-né n'en est plus un. À présent il rampe, attrape et explore - et est tout à fait en mesure de s'éborgner tout seul. Et le tricot, fraichement défait et recommencé, retourne très vite en haut de notre armoire...

En plein hiver, une fringale de tricot me reprend. Bon, entre temps, le projet a carrément changé de nature - non, les barboteuses ne sont plus de mise, je vais plutôt me lancer dans une combinaison taille 18 mois - pour être sûre. Et là, je découvre que mon bébé est absolument fasciné par mon travail. Les mains qui voltigent, le fil qui oscille, la pelote qui se dévide... Il observe ce manège avec des yeux de chat. Dès que j'ai le dos tourné, c'est l'orgie sensorielle : les menottes se tendent, aggrippent, tiraillent, chiffonnent et débobinent. Bon, ce travail-là est fichu. Il faut croire que la laine qu'on m'a vendue il y a un an était maudite. N'en parlons plus.


J'en reparle. Timidement - Louiselle a tout de même arraché l'aiguille porteuse du travail en cours, mais ce n'est rien, n'est-ce pas ? Ça se rattrappe, et il faut bien qu'elle fasse ses expériences, cette petite. Mes deux enfants adorent presser la pelote de laine qui danse sur mes genoux, mais ce n'est plus une fixation destructrice... Mais bien, oui, le signe d'un intérêt que je souhaite encourager ! Je n'étais pas bien haute quand j'ai ardemment demandé à ma Maman de m'apprendre à tricoter, et c'est bien parce que je la voyais faire n'est-ce pas ?


D'un point de vue purement égoïste, cela me fait beaucoup de bien de me remettre à tricoter. Sans mentir, je crois que cela me permet de faire des pauses - j'avais un peu oublié comment faire. Bon, j'ai calculé : dans ma vie, j'ai passé 17 ans à glandouiller. Il faut croire que j'éprouve à présent un furieux besoin de me rattraper, et je ne parviens plus à me "poser" ! J'ai toujours 100 idées en tête, en cours, au bout des doigts... La seule activité "passive" que je m'octroie, c'est la lecture, mais j'ai besoin de concentration, et je la réserve pour les moments où les enfants dorment. Le tricot, c'est autre chose. Mon esprit est disponible pour parler, observer et interagir, mais mon corps, sur fond de cliquetis à la fois tonique et apaisant, se repose. Ah !... Et ma conscience est au repos, elle aussi, puisque JE FAIS quelque chose, n'est-ce pas ? ;-)

Sans rire : il sera BEAU, Antonin, dans son gilet de rentrée, non ? :-)