mardi 3 mars 2015

"Laboratelier"


Ce n'est pas "l'atelier", qu'il aurait fallu l'appeler. C'est "le laboratoire", et même, "le laboratoire secret". Car ce lieu est un peu comme la cave secrète de Batman : nulle personne étrangère à la famille n'y est admise. Ce n'est pas une pièce que l'on visite - et les gens, après avoir parcouru nos 3 x 30 mètres carrés ne réclament pas de monter un escalier de plus pour visiter notre grenier, ouf ! ;-)

Propositions

Mieux, personne n'assiste à nos séances de "travail". Une exception cependant : mon petit frère fut admis dans le sanctuaire, une fois, il y a longtemps, parce que je savais que sa présence n'allait pas déranger l'activité des enfants. Il s'est assis sur le sol et a observé en silence pendant 3/4 d'heure avant de lâcher d'une voix grave : "Et bien oui : C'EST un atelier.". Ça, c'est mon frère ! :-)

Table de travail

Ah si, à présent que j'y pense : plusieurs ouvriers (couvreurs, éléctriciens...) ont eu à monter là-haut pour des raisons techniques. Et ils ont eu ce cri du cœur : "Mais c'est une belle SALLE DE JEU que vous avez là !". Merci à eux : s'ils avaient dit "salle de classe", je me serais un peu inquiétée ! ;-) Il est d'ailleurs vrai que "jeu" et "travail" sont totalement synonymes dans la bouche de mes enfants - je n'en suis pas peu fière.

Table "de la nature"

Notre atelier a beaucoup changé ces derniers mois. D'abord, parce que depuis que je n'achète plus de matériel montessorien, le caractère reggian prend le dessus assez naturellement. Mais la vraie révolution n'est pas d'ordre matérielle, et elle ne vous apparaitra sans doute pas sur les photos du jour...

Ça sent le printemps ! :-)

C'est dans ma tête que la fonction de cet espace a évolué.

Coquillages

Les enfants ont besoin de constance. Ils ont besoin de prédicabilité. J'en suis toujours persuadée à 200%. Mais ils ont aussi besoin aussi de liberté.

Table "d'argile"

Le rythme temporel sécurise. Les jours de la semaine, les mois de l'année s'enfilent comme des perles sur un collier. Les actions du jour (lever, petit déjeuner, toilette, etc.) reviennent invariablement. Les fêtes saisonnières et l'évolution des végétaux au jardin rythment les saisons et leur donnent corps. Voici le socle solide sur lequel la liberté va s'appuyer pour s'élancer et se déployer.

Affichage libre

Le cadre matériel, à présent : il est flexible. Il est "réorganisable" à l'infini. Un peu comme un jeu de lego géant : l'enfant peut prendre un élément sur une étagère et décider de lui trouver une nouvelle place, selon une analogie qui sera sienne. Les liens entre les objets du monde sont multiples. Un lieu de travail doit refléter cette multiplicité, cette complexité. En lâchant prise et en faisant confiance aux enfants, l'éducateur s'aperçoit que leurs rapprochements, leurs propositions sont dotés d'un sens profond. ILS SAVENT.

Espace "écriture"

J'ai compris que lorsque je disais que les enfants apprennent par le corps, il fallait que j'aille jusqu'au bout. À présent, mes enfants ont le droit de crier, de courir et de sauter dans l'atelier - même si dans les faits, ils le font peu, et que dans ce cas je les oriente assez vite vers une sortie à l'extérieur. Mais les jouets  sont désormais les bienvenus dans l'atelier. Eux qui me dérangeaient tant quand, à cause du manque de place, ils s'y retrouvaient en stand by du fait de la rotation des jouets !  Depuis plusieurs semaines, c'est le cheval à bascule qui règne sur cet espace. Quand j'ai voulu le redescendre et l'échanger contre autre chose, les enfants s'y sont fermement opposés. Car après avoir travaillé tout leur saoul, ils aiment bien le promener, lui offrir des objets, le peigner avec des outils divers (miroirs, caillous...) et lui montrer leurs dessins. Et je comprends en les voyant faire que c'est justement la dimension qui manquait à cet espace.

Chevalet

Le temps que les enfants passent entre ces murs est à présent indécent. D'autant que je n'hésite plus à les y laisser seuls (puisque tout y est permis !) pour vaquer à mes piètres occupations (cuisine, ménage...). Vrai, en ce moment, je culpabilise souvent de ce qu'ils ne jouent pas assez, et ne fassent que "travailler". C'est oublier que la limite entre les deux activités est poreuse aux yeux enfantins...

Espace lumière

L'atelier et le jardin : voici les deux espaces domestiques favoris (loin devant les chambres...), dans lesquels la créativité et le jeux libre s'exercent le mieux... et dans lesquels une foultitude d'apprentissages s'élaborent. Là, le corps et l'imagination tout entiers sont engagés. Tous les objets présents sont sollicités : on fait semblant, on déplace, on agence, on fait des liens, on observe... On apprend. On l'exprime. Et tous les matériaux sont susceptibles d'être détournés pour illustrer la pensée enfantine...

L'espace sans lequel rien ne serait possible ! ;-)

Les corps de nos enfants sont forts. Leurs idées aussi.  What else ? :-)

dimanche 1 mars 2015

Notre semaine 09/15 en dix photos

Le froid s'en va et puis revient

Exploration des formes et des silhouettes : gommettes et rétroprojecteur
(sur une idée des enfants eux-mêmes)


Cubes miroir, Haba

Les premiers insectes (gendarmes, abeilles sauvages) sortent de leur sommeil hivernal certains jours de soleil trompeur... mais les pauvres téméraires, saisis par le froid du soir, ne passent pas la journée...

Panier de déguisements

Moelleux au chocolat

Gouache à quatre mains

J'aime notre ludothèque ! :-)

Continence diurne : c'est OK ! Du jour au lendemain ! :-)

Et de mon côté, une reflexion de fond sur le dessin d'observation reggian... dont je vous ferai part quand elle aura mûri ! ;-)

Bonne semaine chez vous ! ;-)

samedi 28 février 2015

Février 2015 en dix "petits bonheurs"


J'aime quand mes enfants imitent le loup, le vent, la chouette, le fantôme, et comparent longuement, avec beaucoup de scientificité, tous ces "HOUHOU" entre eux. :-)


J'aime quand Antonin appelle sa sœur : "Tu viens, MA CHÈRIE ?" :-)


J'aime quand mes enfants reprennent les textes de leurs albums préférés pour les intégrer à leurs jeux : "Ça, c'est bon, la petite fille, c'est tendre, c'est sucré !", "C'est très mauvais pour un rouge-gorge d'avoir la gorge rouge", ou "Demande-le autrement, un peu plus gentiment !" :-)


J'aime quand Louiselle me pose des colles ("Qu'est-ce qu'il fait, comme bruit, le chien ?"), que je fais semblant de réfléchir et de me tromper ("Euh... Miaou ??") et qu'elle me corrige en éclatant de rire. :-)


J'aime quand Antonin se glisse dans notre lit à l'aube, bien calé entre son Papa et moi, et fait visiblement de gros efforts pour ne pas nous réveiller - en gesticulant comme un beau diable et en nous posant des tas de questions. :-)


J'aime quand mes enfants-grammairiens maltraitent les formes verbales : "J'ai PRENDU mon manteau", "Tu veux t'ASSIR ?", "Il a PEINDU partout !", "Bon, je m'en VA"... :-)


J'aime quand mes enfants-linguistes inventent des mots-tiroirs carrément pertinents : "Si tu bois l'eau du bain, tu vas ÉTOUSSER !" (étouffer/tousser), "Moi, je veux DIGÉRER la brouette !" (diriger/gérer)... :-)


J'aime quand un chat errant nous choisit comme famille - non sans une certaine autorité. :-)


J'aime quand Antonin parle à voix basse parce que le chat dort sur le canapé. :-)


J'aime quand Louiselle dit "Je m'occupe de MON chat !" et qu'elle l'ensevelit sous les coussins, les couettes, les couvertures - puis, un peu à court, sous tout ce qui lui tombe sous la main : jouets variés, livres et bibelots divers... et j'aime que le chat se laisse enterrer vivant sans même ciller de la moustache ! :-)

Bonjour, mars ! :-)

vendredi 27 février 2015

La trompette de Sacha


Bon, en fait, son vrai nom, ce n'est pas Sacha.
Et puis sa trompette, ce n'est pas une trompette, mais un cornet à piston - qui, plus court et plus léger, sert de trompette d'apprentissage à ce jeune débutant de 7 ans.
Et d'ailleurs, l'article du jour n'est pas vraiment un article - tout au plus un "pense-bête" qui m'est bien utile et que je voulais partager.

Quelle que soit la quantité d'instruments que vous ayez chez vous, vous ne pouvez les avoir tous. Même si vous êtes multi-instrumentiste, vous ne pourrez jouer de tout.

D'où l'importance, pour vivre des situations d'écoute authentiques, d'emmener les enfants assister à des concerts et de suivre la fanfare du village à chaque commération nationale. Seulement, il manquera encore à mon sens une dimension à l'expérience, dans la mesure où les musiciens professionnels ne se laissent pas facilement approcher...


Il y a forcément des musiciens dans votre entourage. Il y en a forcément plein. S'ils ont moins de 15 ans, c'est encore mieux. Demandez-leur, la prochaine fois que vous les inviter à goûter, s'ils accepteraient d'emporter leur instrument pour le montrer à votre petite famille.

Sacha s'est montré très enthousiaste. Et dès qu'il a franchi la porte avec son étui, Antonin n'a eu de cesse de lui demander - toutes les minutes - s'il était prêt à lui montrer sa trompette. Bon, Sacha a commencé par se poser, il a joué, puis nous avons mangé... Profitant d'un temps creux, et pleine de pitié pour mon Damoiseau qui se languissait tant et tant en louchant sur la malette de cuir noir, je propose à Sacha de sortir son instrument.

J'avais quelques balises en tête (déformation professionnelle, quand tu nous tiens !), ce qui a permis aux enfants de tirer un maximum de profit de cette expérience de découverte. Les voici :

- En amont, nous avions écouté quelques morceaux de tous registres joués par Maurice André, et j'avais laissé notre Cd à disposition quelques jours. Dans le flux de la conversation quotidienne, nous avions parlé à plusieurs reprises des instruments que nous connaissions, et de leur différentes familles.

- Lorsque Sacha a sorti son instrument, je lui ai demandé s'il pouvait nous désigner le nom des différentes parties de l'instrument. Il pouvait. Il nous a montré l'embouchure, le tube, le pavillon, et les trois pistons, et nous a expliqué leur usage avec ses mots d'enfant.

- Je lui ai demandé s'il pouvait produire des sons variés avec son instrument. Sacha a joué la gamme, et nous a expliqué que la tessiture des notes dépendait à la fois du doigté et de la position des lèvres.

- Antonin était très impressionné - voire gêné - par le bruit produit. J'ai alors demandé à Sacha si nous pouvions toucher son instrument pendant qu'il jouait pour essayer de percevoir le son produit dans notre corps. Cette mise en recherche a permis à Antonin de dépasser son sentiment négatif, et nous nous sommes accordés sur le fait que pour sentir au mieux la vibration, il ne fallait pas toucher le corps de l'instrument mais laisser la main ouverte quelques centimètres devant le pavillon.

- Puis, le moment tant attendu : Sacha accepte de nous prêter son cornet pour que nous essayions de produire un son. Peine perdue. Enfants, adultes, tout le monde y échoue. Sacha n'est pas peu fier de sa compétence - et, il faut le dire, Antonin est un peu déçu.

- Enfin, de sa propre initiative, Sacha nous joue tout son répertoire, qui se compose d'airs de comptines que les enfants connaissent, chouette ! Tout le monde chante, et on s'amuse bien.

Verdict ? Antonin reste sur son idée première : il jouera du piano. ;-)

Et Louiselle ? Louiselle ne sait pas encore. Je crois qu'il va falloir que je provoque beaucoup de situations comme celles-ci pour qu'elle puisse se décider en connaissance de cause ! ;-)

mercredi 25 février 2015

Répertoire graphique

Invitation

Les formes à dessin sont le tout premier matériel montessorien que j'ai acheté - avant même d'être Maman, et bien avant de renoncer aux achats de ce type - pour l'utiliser avec mes élèves.

C'est peut-être pour cela que j'éprouve à leur égard une tendresse toute particulière : bien que n'en ayant jamais fait un usage conforme à la présentation montessorienne, j'aime leur lignes épurées, leurs couleurs tendrement contrastées et les encastrements géométriques qu'elles permettent. J'apprécie qu'elle soient pensées pour travailler les courbes caractéristiques de l'écriture cursive et que, contrairement à la plupart des pochoirs, rien ne vient arrêter le geste de l'enfant dans son élan.


J'aime surtout qu'elle génèrent du désir chez l'enfant, la volonté d'une implication forte dans le graphisme. On peut, si on accepte de les détourner de leur usage strictement montessorien, les mettre en situation de diverses manières, qui vont nourrir l'engagement graphique et le plaisir du geste, les combiner avec de mutiples supports, de multiples matériaux, et s'appuyer sur elles pour asseoir une progression d'art graphique, de la maternelle au collège.

Louiselle aime beaucoup les formes à dessins. À deux ans et demi, elle explore la tenue de l'outil et les effets produits de son action, commence à réguler la pression exercée sur son feutre ; elle renforce sa dominante motrice (elle est droitière depuis sa naissance) et prend ses repères dans l'espace feuille.


Antonin aime beaucoup les formes à dessin. À quatre ans, il possède tout un répertoire graphique, qu'il a développé au cours des mois : d'abord vécus sur de grands espaces-feuilles, généralement au cours de séances de peinture, de nombreux tracés ont été adoptés, répétés, et réduits dans l'espace ; le geste s'affine, le répertoire s'enrichit de jour en jour.


Antonin et moi avons observé ses derniers travaux ensemble ; nous en avons prélevé une dizaine de motifs récurrents (lignes droites, obliques, brisées, cercles et spirales, vagues et créneaux...) que j'ai reporté ensuite, le plus soigneusement possible, sur de petites fiches.


Voilà un petit matériel simple et personnalisé qu'il peut reprendre à sa guise pour décorer les figures obtenues grâce aux formes à dessin.


Ces petits supports incitent : 
- à la créativité puisque les motifs ne demandent qu'à être mixés, enrichis, détournés...
- à la réflexivité puisque les productions permettent de discuter de la manière dont un signe a été tracé, des choix qui ont été opéré... et pour sélectionner les nouveaux motifs qui viendront enrichir notre répertoire.

Bon, moi aussi, j'aime beaucoup, et je pratique les formes à dessins aux côtés de mes enfants, d'ailleurs ! ;-)

lundi 23 février 2015

Écrire, les différents stades

Dédié à Gwen et à son Crapouillot-lecteur-scripteur.

Antonin, février 2015.

Connaitre les différents stades de développement permet d'avoir, en tant que parent, un peu de recul sur les avancées de nos enfants. Cela nous permet d'affiner nos observations et de proposer le matériel approprié au bon moment. Bien entendu, nos têtes blondes ou brunes s'empressent de bousculer ces progressions pré-pensées - pour notre plus grande fierté, il faut bien l'avouer !

Pour moi, les stades de développement mis à plat par les psychologues sont toujours disponibles dans un coin de ma tête, et ils m'aident beaucoup... même si chacun de mes enfants s'évertue à faire ses acquisitions selon un ordre très personnel... ! :-D

Voici aujourd'hui la belle progression des manuels... Elle est riche d'enseignement, vous allez voir... surtout si on considère que tous les stades décrits s'interpénètrent intimement, et qu'on essaie d'assaisonner tout cela de considérations pratiques pour accompagner cet apprentissage capital.

Une dernière chose avant de commencer : qu'est-ce qu'écrire ? Voici la définition que je considère ici (et à vrai dire, je n'en connais pas d'autre) : apprendre à écrire, c'est avant tout apprendre à s'exprimer, par écrit, d'une manière authentique et personnelle. C'est apprendre à encoder ses expériences de façon à les rendre communicables. C'est vivre un cheminement digne des plus grands auteurs ! :-)

Louiselle, février 2015.

Stade 1 : Dessin.

Le dessin est une étape primordiale pour l'apprenti-scripteur, aussi bien du point de vue de la perfection du geste graphique que de la capacité à injecter du sens dans une production. Jusqu'au CM2 au moins, encouragez vos enfants à communiquer leurs idées ou à raconter des histoires à travers leurs dessins. Quand on prend le temps de se pencher sur un dessin d'enfant et d'en discuter avec lui, on apprend toujours quelque chose sur sa vision du monde et sa compréhension des choses. Si on sait les écouter, certains enfants très jeunes dotent de sens ce qui semble être des gribouillis informes - qui, bien sûr, cessent de l'être immédiatement et deviennent à nos yeux aussi structurés qu'une suite de vignettes de bande dessinée...

L'adulte doit avoir en tête : 
1. De ne pas émettre de jugement de valeur ("Ouah, c'est beauuuuu !"), même si c'est très difficile. Mais de favoriser la description ("Oh, je vois que tu as peint un large trait bleu, ici. Ça tranche avec ce rouge-là, je trouve."). 
2. De questionner sans agresser. Pour ma part, je déteste les "Alors, qu'est-ce que c'est ?", qui prennent souvent les enfants de court et les enferment dans le plus profond mutisme. Qui nous dit d'ailleurs que l'enfant ait voulu dessiner QUELQUE CHOSE ? Que c'est réducteur, lorsqu'on y pense... On peut tenter un "Veux-tu me parler de ton dessin ?", bien plus respectueux... et ouvert au champ des possibles ! ;-)

À ce stade, il est intéressant de prendre en note les commentaires de l'enfant - lorsqu'il en produit. Pas systématiquement, bien sûr, mais certains travaux parleront plus à l'ensemble de la famille et mériteront une légende spéciale. Demandez d'abord la permission au principal intéressé - et acceptez sans piper un NON catégorique... Si c'est OUI, n'écrivez pas directement sur l'œuvre ! Vous pouvez noter rapidement les observations de votre enfant au brouillon et les reporter plus tard au verso. Mieux, collez les œuvres choisies sur une feuille un peu plus grande qui pourra, elle, accueillir les explications sans polluer l'espace-feuille original.

Pourquoi se donner tant de mal ? Parce qu'en nous voyant faire nos enfants comprennent que leurs mots, leurs histoires, sont importantes ; ils accèdent de plus à ce qu'on appelle, dans le jargon, "la permanence de l'écrit" : un texte, une fois couché sur le papier, est toujours le même quoi qu'il arrive, à chaque fois qu'il est lu. Ce n'est pas ordinaire. Ce n'est pas ainsi que fonctionne l'oral, par exemple, qui code le sens de manière beaucoup plus souple et fluctuante.

Viendra un temps où vos enfants seront capables de légender eux-mêmes leurs dessins - sur le recto s'ils le souhaitent, eux ont le droit, c'est LEUR dessin ! Dans un premier temps, ce ne seront que des simulacres d'écriture, mais bientôt... :-) Dans tous les cas, c'est le moment de glisser crayons à papier, stylos, post-it et petits bristols dans leur matériel à dessin... Il se peut que ça serve ! ;-)

Antonin, décembre 2014 : alphabet sur papier de soie.

Stade 2 : Pré-écriture.

Lorsque l'enfant apprend à reconnaitre les lettres qui l'entourent, il prend plaisir à les intégrer dans ses productions. À ce stade, les lettres surgissent sans rime ni raison ; ce sont, tout simplement, les lettres que l'enfant connait et qu'il sait reproduire. Chaque enfant a ses petits chouchous, qui fleurissent en abondance dans ses dessins pendant plusieurs mois. Ce peut être les lettres qui composent son prénom, ou, plus prosaïquement, celles qu'il a sous les yeux au moment de sa production. Certains enfants couvrent l'espace feuille de graphies serrées, d'autre inscrivent chaque lettre en très gros et épuisent ainsi leur réserve de papier avant d'avoir reproduit l'alphabet...

Pour l'adulte, c'est le moment d'être attentif... et de continuer de faire ce qu'il faisait déjà : écouter, encourager et prendre en note les commentaires de l'enfant à propos de ce qu'il écrit.

Quel matériel proposer à ce stade ?
- Si vous êtes montessorien, vous fournirez, bien sûr, des lettres rugueuses. Je profite de cet article pour lancer un appel : je suis avide de témoignages ! Les enfants ayant appris à écrire en "attaché" directement (en IEF, je présume) ont-ils ponctué leurs dessins de lettres cursives ? Merci de me raconter si cela correspond à votre vécu...
- Si vous êtes plutôt reggian - c'est-à-dire adepte d'un apprentissage dans la complexité - vous pouvez glisser un support de ce type dans le nécessaire à dessin de votre enfant :

Invitation

Ici, si je ne cesse de répéter aux enfants que les lettres "écrites" sont des lettres "attachées", j'ai décidé de laisser le temps au temps et de m'appuyer, une fois de plus, sur ce qui surgit dans les productions d'Antonin : les capitales d'imprimerie. Les enfants ont très bien intégré que ce type de graphie n'était qu'une étape vers la cursive et que les lettres "des livres" n'étaient pas les mêmes que celles que les adultes écrivent. Louiselle, qui ne maitrise encore l'écriture d'aucune lettre - à son grand dam - s'exclame souvent fièrement devant ses productions emmêlées : "Ce sont des lettres ATTACHÉES !"... ce qui rend son frère furieux, lui qui sait que les choses sont un poil plus complexes... :-D

Antonin, février 2015.

Stade 3 : L'encodage.

Tilt : l'enfant comprend que les lettres se lisent. Que les mots s'écrivent, se codent. L'idée phare (et simple, si simple !) de l'apprentissage de la lecture selon la méthode Montessori est bonne à suivre : lorsque l'enfant s'intéresse aux lettres, on lui fournit le son qu'elle produisent en lieu et place de leur nom officiel - lequel ne sera utile qu'à partir du CE1/CE2, ainsi que l'ordre alphabétique, pour orthographier et faire une recherche dans un dictionnaire. Pour le dire clairement, le N se "nomme" [n] et non [ɛn]. C'est bête comme chou, mais, quand on y pense : quelle économie pour l'apprentissage du codage/décodage !!!

Vous y voici : la chair de votre chair veut écrire. Aidez-la ! Prononcez les mots à écrire lentement, en accuentuant chaque phonème. "Quand je dis ton prénom, NNNNNOLAN, qu'est-ce que tu entends en premier ?" L'enfant prononce et transcrit la lettre "N". "Quand je dis ton prénom, NOOOOOLAN, qu'est-ce que tu entends ensuite ?". Si l'enfant peine à reconnaitre les sons, fournissez-lui simplement la lettre correspondante. Ayez à disposition un alphabet (mobile ou non), de façon à créer des liens entre les différents sens (visuel, auditif, et si possible tactile, avec les lettres rugueuses).

Pendant cette étape, il est bien plus valorisant pour l'enfant de parvenir à codifier les sons de la langue que de produire une orthographe correcte. Et d'ailleurs, comment le pourrait-il ? En français, les pièges se dressent à chaque coin de mot, et il faut connaitre la plupart des graphies par cœur... ce qui sera fait. À la fin du collège ! ;-)

Lorsque l'enfant sait décomposer les mots qu'il veut écrire en sons, il devient indépendant. Mais il est vrai : le travail d'accompagnement est délicat pour les parents. Il est plus confortable d'épeler ("CRAYON, ma chèrie ? Sé - ère - a - i grec - o - ène.") que de leur laisser découvrir chaque son par lui-même, avec toute la maltraitance orthographique que cela suppose.

Bon. Certains petits malins comprennent vite qu'il y a des pièges. Et on ne vous demande pas d'induire la chair de votre chair en erreur, et lorsqu'il vous regarde dans le blanc des yeux en vous sommant de lui épeler "Clown" ou "Femme", il faudra bien vous exécuter... sans mentir. Et c'est à vous de trouver un second souffle quand votre chérubin, après avoir soigneusement noté les lettres énoncées d'un mot sans piège ([lego] = LEGO) se redresse dans une attitude réprobatrice : "Bon, d'accord, mais EN VRAI, Papa, comment ça s'écrit ?" - "Ben, euh, si, comme ça, je t'assure..." :-D

N'y allez pas par quatre chemins : expliquez à votre enfant que lorsqu'on apprend à écrire, on ne graphie pas tout de suite tous les mots correctement. Dites-lui la vérité : que vous aussi, vous faites encore des erreurs. Qu'il apprend à se faire comprendre, et que cela lui prendra un certain nombre d'années - mais qu'il tient le bon bout ! Un jeune auteur de 5 ou 6 ans a beaucoup de choses à gérer : ce qu'il veut dire, comment tracer les lettres, comment encoder les sons... Quel est le plus important dans tout cela ? C'est ce qu'il veut dire, n'est-ce pas ? C'est cette impression de l'instant qu'il faut coucher sur le papier - et elle ne sera plus là dans 8 ans, quand l'enfant aura maitrisé l'orthographe qui, elle, pourra toujours se modifier a posteriori...

Stade 4 : Le récit.

L'enfant commence à écrire en vue de transcrire des histoires ou des idées complexes. Ne vous étonnez pas si un matin au petit déjeuner votre bout de chou vous annonce avec le plus grand sérieux qu'il commence un roman ! Ne riez pas, et disposez sur le bureau de sa chambre le nécessaire pouvant encourager cette activité : stylos variés et jolis carnets dans lesquels votre enfant reportera ses œuvres.

Le tâtonnement phonologiquement se poursuit, et votre aide reste précieuse. Parallèlement, l'enfant commence à se construire un petit répertoire de mot usuels dont il maitrise l'orthographe ("et", "les", "dans", etc.). C'est toujours cela de moins à penser. Néanmoins, gardez votre ligne de mire : il est toujours plus formateur pour l'enfant de coder un mot lui-même, même s'il l'écrit mal, que de le recopier "bêtement" ou de la prendre en dictée - aucune connection ne se fait alors, aucune analyse, aucune expérience. Quand le codage phonétique sera achevé, l'enfant sera disponible pour intégrer les règles orthographiques qu'il cotoie chaque jour.

Car je ne dis pas qu'il n'y a pas un apprentissage orthographique à mener ! Mais celui-ci concerne plutôt la lecture (savoir déchiffrer un mot malgré ses bizarreries) et n'a donc pas sa place ici... Pour le dire autrement : il est important que l'enfant sache lire "ÉLEPHANT". Cette compétence relève pleinement du domaine de l'orthographe. Qu'il sache écrire ce mot est totalement secondaire pour le moment.

Au stade 4, l'enfant a bien d'autres chats à fouetter : il s'enthousiasme pour la ponctuation (au point d'en coller souvent un peu partout !), expérimente la neccessité des espaces entre les mots ; il se repère sur l'espace-feuille - et apprend à aller à la ligne, par exemple. Il maitrisera tous ces codes à la fin de sa scolarité élémentaire.

Stade 5 : La maitrise... et la lassitude.

À l'adolecence, les compétences orthographiques et grammaticales se mettent en place. C'est également l'âge où la joie d'écrire disparait - la pratique semble instrumentale aux jeunes adultes, qui l'assimilent à un devoir scolaire. Le fait est qu'ils sont plus souvent mis en situation d'écrire pour décrocher un diplôme que pour exprimer des émotions, une passion ou une vision du monde...

Tout comme la pratique des arts plastiques, le rapport de la famille à l'écriture va être déterminant pour vivre ce tournant. On peut aider un adolescent qui se détourne de l'écriture à réintégrer cette pratique dans un réseau de compétences artistiques dotée de sens : pourquoi ne pas l'encourager à illustrer ses idées dans un film, une expo photos, un blog, un carnet de voyage... ? Autant de projets motivants au cours desquels l'écrit l'aidera à coucher ses sensations et ses intuitions...

Je souhaite à nos enfants une belle d'histoire d'amour avec l'écrit ! :-)

dimanche 22 février 2015

Notre semaine 08/15 en dix photos

Il faut trois ans pour apprendre à parler.
Il faut toute une vie pour apprendre à se taire.
Proverbe chinois.
;-)

Empreintes éphémères

Coudre des gros boutons

Projeter au plafond : une découverte !

Art libre : aquarelle sur fèves

Puzzles 10 pièces : c'est OK ! :-)

Cookies chocolat/noisettes à tomber par terre

Constructions baroques...

... et algorithmes spontannés

Exploration des couleurs et de la transparence

Décoration de masques vénitiens pour Mardi-Gras

Bonne semaine chez vous ! :-)