samedi 22 novembre 2014

Bienvenue à Reggio Children !

"On dit que l'environnement agit comme une sorte de loupe qui reflète les idées, l'éthique, les attitudes et la culture des personnes qui y vivent. C'est là-dessus que nous travaillons."
Loris Malaguzzi, 1983.

Reggio Children, "la petite entrée"

À force de baigner dans les grands noms de la pédagogie alternative (pédagogie Montessori, Freinet, Waldorf/Steiner, Mason...), il fut un temps où nous en déduisîmes - logique ! - que Reggio Emilia était le nom d'un individu. Et non ! Il s'agit d'une ville, et c'est bien d'énergie collective qu'il s'agit dès qu'on aborde cette pensée. C'est d'ailleurs là que réside sa particularité, son essence - sa complexité. Nous n'avons pas forcément été habitués, jusqu'à présent, à penser ensemble, mais il n'est jamais trop tard pour commencer, n'est-ce pas ? :-)

Vous savez qu'il y a quelques semaines, je suis allée à Reggio d'Émilie pour y visiter le centre international Loris Malaguzzi, ou Reggio Children. Cette fondation se présente comme un lieu tourné vers l'avenir, accueillant tous les partisans d'une éducation de qualité, sans distinction d'âge, de culture, d'opinions, d'espoirs et d'idéaux. Cette vaste bâtisse - ou plutôt, cet ensemble de bâtisses - cache un centre de recherche et d'innovation éducatives, et s'attache à explorer tous les processus à l'oeuvre dans tous les champs de la connaissance.

Vaste programme, et vous comprendrez que j'étais assez frétillante en poussant ses portes ! ;-)


Lorsqu'on franchit le portail de fer forgé situé à l'angle de la rue Bligny, on quitte l'ambiance très urbaine de l'immense place de l'Europe : nous marchons dans un parc étroit mais ombragé rempli de chants d'oiseaux. Une plaquette discrète nous informe : "Centre de défense et de promotion des droits et des potentialités de tous les enfants". C'est bien ici. Devant nous, un grand batiment ancien où siège le Centre de recherche et dont nous apprenons qu'il s'agit d'un ancien entrepôt de Parmesan - ah, oui, l'Émilie Romagne n'est pas d'abord mondialement connue pour ses innovations pédagogiques, mais bien pour son fromage ! :-D


Le centre Malaguzzi, s'il n'est déjà plus flambant neuf, le parait. C'est un batiment de verre résulument contemporain qui trouve sa place, tout naturellement, entre l'entrepôt ancien et une école maternelle. Il est ouvert à tous, et sa visite est intégralement gratuite.


En passant le vaste tourniquet transparent, j'ai la même impression étrange que lorsque je me promène sur le site de la fondation : je ne sais pas trop où diriger mes pas. Le hall est immense, et me rappelle, en plus design et plus civilisé, l'ambiance des cafèt' de mes années fac. Ici, on bosse, en buvant un café et en grignotant quelque chose - oui, on peut acheter à boire, à manger, ou rien du tout. Dans un angle, un "espace" enfant, très comparable à celui que l'on peut trouver dans nos pharmacies ou nos fast-food - quelques chaise basses, des jouets récupérés et trois éléments de matériel à dessin. Le message me parait clair : je suis dans un lieu destiné au travail... des adultes, non ? Non ?

Je repère tout de même deux espaces d'exposition d'oeuvres enfantines, disposés de manière diamétralement opposée : l'une se compose de bateaux en papier, de toutes les tailles et de toutes les couleurs, savamment disposés ; le second retient longuement mon attention. Il s'agit d'une regroupement de sculptures d'argile, exécutées par des enfants entre 5 et 7 ans. Chacun s'est employé à créer un personnage, et toutes les figures rassemblées configurent une véritable foule. Les oeuvres sont vraiment bouleversantes d'expressivité, et je remarque en les détaillant une myriade de détails malicieux (ce chien... et sa crotte, par exemple !), de prouesses techniques (avez-vous déjà essayé de réaliser un vélo avec des boudins d'argile ?) et de poésie (ce couple d'amoureux s'embrassant à pleine bouche et qui semble imperméable à l'agitation ambiante)... La force qui se dégage de ce regroupement de travaux est tangible. Elle m'impressionne tellement que j'en oublie complètement de la photographier ! :-D Désolée...

À côté de cette oeuvre collective, un épais lutin est mis à disposition : chaque page reprend la photographie grand format d'une statuette, accompagnée des explications de son jeune auteur - hélàs, en italien, dont je ne lis pas le moindre mot... Mais je grave la présentation de ce projet très profondément dans ma mémoire ! :-)


Bon, c'est pô tout ça, mais ma liberté entre ces murs commence à me peser. Personne ne semble me voir, ni se demander ce que je fais là. Personne ne me propose de m'expliquer... quoi, d'ailleurs ? Je cherche un panneau indiquant un éventuel sens de la visite, mais il n'y en a pas. Ai-je d'ailleurs l'air d'être dans un musée ? Au bout d'un moment, je décide de faire la chose qui me parait la moins naturelle, bien que la seule possible : je fais comme chez moi. Et j'ouvre une porte au hasard. Hein, quelle audace ?!! ;-)

Boum. Me voici dans un espace à la lumière feutrée, tout en longueur (c'est un couloir) dans lequel je trouve une selection de projets et de documents à consulter - un témoignage de l'attention porté à l'environnement et de la manière dont ont été vécu les espaces scolaires dans la commune, au long de ces 35 dernières années de dialogue ininterrompu entre pédagogie, architecture et innovation. C'est l'exposition intitulée "L'école est une communauté d'apprentissage", dont j'attendais beaucoup, mais dont je m'aperçois immédiatement qu'elle concerne en réalité le concours d'architecture dont furent issus les locaux dans lesquels je me trouve...


Une manière de me rappeler d'emblée à quelle échelle les enjeux de cette pédagogie se jouent : celle de la cité, voire du continent ou du monde - en tout cas, elle déborde largement le cadre de la classe et encore plus le domaine privé. Légère déception - je me pose tant et tant de question par rapport à l'aménagement de l'espace ! Je retrouve ce sentiment agaçant, dont je ne suis pas, d'ailleurs, spécialement fière : mais parfois, j'aimerais tellement que quelqu'un me dise : "Voilà comment faire." Jamais cela ne me sera dit en Reggio... Je crois que j'aurais aimé une série de photos du type "Avant/Après", des exemples sur la manière dont les enseignants se sont débrouillés avec les moyens du bord...

Un "avant/après" comme je les aime,
extrait de Bringing Reggio Emilia Home, de Louise Boyd Cadwell

C'est sûr, les municipalités ne me demanderont jamais mon avis, à moi, avant de bâtir une école, et c'est bien dommage, puisque c'est tout de même moi qui vais ensuite devoir organiser cet espace... Avec tout un tas de contraintes imposées par la mairie, vous n'imaginez pas, à moins d'être vous-même passé par là !... :-/


C'est tout de même rigolo, de regarder ces plans. On se prend à rêver... C'est vrai, on n'ose jamais prendre (perdre ?) du temps pour rêver à l'école idéale... C'est que ça fait trop mal, ensuite, de revenir à la réalité des choses, dans nos locaux qui ne sont jamais idéaux, eux...


Je n'y connais rien, mais je n'aurai pas voté pour le gagnant de ce coucours d'architecture, moi... ! Mon côté "ex-fan des seventies" s'émoustille devant un Reggio Children en forme d'étoile et de bulle... Sympa, non ? :-D

(Oui, OK, chacun ses goûts, quoi...) :-)


"La recherche, c'est la tension qui caractérise chacune de nos tentatives pour comprendre. La recherche, c'est le cheminement personnel et partagé dans un monde de possible... 
La recherche essaie de définir la vie, et ce qui peut unir les enfants et les adultes, dans les écoles, et en dehors."
Carla Rinaldi


Pour celles et ceux que les détails de ce concours intéressent particulièrement, voici le topo - si vous avez de bons yeux :


Même si cette problématique ne correspond pas vraiment à mon champ d'action quotidien, je termine cette exposition en me disant qu'il serait bon de repenser un peu les modèles architecturaux "classiques" de nos écoles. D'essayer de dessiner des lignes plus douces, de gommer les barrières entre les espaces, d'ouvrir les différents lieux les uns sur les autres... Moins de murs, plus de fenêtres... Le boulot de l'architecte n'est-il pas finalement de s'extraire de la fonctionnalité (dessiner un dortoir, une cantine, un couloir, un coin regroupement, un coin jeux... qui doivent, par définition, répondre à tel cahier des charges) et de créer un lieu polymorphe ? - Les enfants ensuite, et ceux qui les encadrent, insufflent à cet espace une forme, une identité, une finalité... changeantes. Vivantes. Comme le savoir qui s'y construit.


Un environnement hydride : c'est celui qui ne se définit que par les relations qui s'y tissent.

Un espace riche, complexe, qui, loin d'être fracturé et simplifié, opère une fusion entre le dehors et le dedans, le formalisme et la flexibilité, le matériel et l'immatériel...

Finalement, elle est assez inspirante, cette exposition ! ;-)

Et en sortant, je tombe nez à écran sur le Video center. À pic. J'avais besoin de voir des enfants. Car depuis quelques jours, et bien... ils me manquent ! :-D

Sur l'écran de droite, un montage de projets menés en maternelle : sur l'écran de gauche, un montage de projets menés en crèche. Chaque parole d'enfant ou d'adulte est sous-titrée en italien et en anglais...

Alors... chut ! Si vous le voulez bien...

Video center

Là, je savoure... :-)

mardi 18 novembre 2014

Ma bibliothèque idéale : Noël

Je n'y ai toujours pas eu droit.

À quoi ? Mais à la question fatidique, bien sûr.

Car, bon, ce Père Noêl, il existe ou il n'existe pas ? ;-)

Nous verrons si l'interrogation surgit cette année, mais une chose est déjà tout à fait sûre. Ce Noël 2014 ne ressemblera pas à ceux qui l'ont précédé, car cette fois, pour la première fois, Antonin l'attend. Antonin n'a pas oublié son émerveillement le matin du 25 décembre dernier, et cette fois, il sait. Il attend. Il en parle. Beaucoup.

Le Père Noël est le cadet de ses soucis, et nous faisons la preuve que nous n'avons a pas besoin de lui pour habiller cette fête de toute la magie requise. Mieux, quelle simplicité dans la vie de tous les jours ! On peut parler ouvertement de nos idées - bon, nous tentons de ménager la surprise tout de même !- et ce n'est pas la déconfiture totale lorsqu'un enfant découvre un futur cadeau bien caché sous le lit :

"Oh, Maman, c'est quoi, ça !??
- Argh, euh, alors, oui, hein, ça a l'air super. Ne cherchons pas plus avant à comprendre ce que c'est, c'est une surprise pour plus tard, alors cachons-le, veux-tu, et sortons plutôt faire un tour... nous changer les idées... oublier... Ou pas. Après tout, ce n'est pas grave !" :-)

"Maman, pourquoi il y a plein de jouets dans les magasins ? 
- Parce que c'est bientôt Noël, mon chéri."

Non, je n'ajoute pas platement "... et que tous les parents se ruent sur les marchandises pour les déposer au pied du sapin". Parce que peu importe. Antonin ne s'est pas demandé d'où sortait les oeufs de Pâques, et nous ne lui avons pas dit. Il ne s'est pas demandé quelle main magique avait garni notre citrouille d'Halloween de friandises, et nous n'avons rien dit.

En fait, je n'ai rien contre le Père Noël. Sauf une chose : n'est-il pas une réponse toute faite - qui plus est, erronée - à une question qui n'a pas été formulée

Et si la vraie magie de nos fêtes était appréciée à un âge où on est en deçà de ce type de questions ?

M'enfin bon bref, avec ou sans Père Noël, notre avent sera, cette année, fébrile...

Voici pour l'occasion 24 livres coups de coeur pour accompagner l'attente... Non, non, je vous rassure, nous n'avons pas une bibliothèque assez fournie pour lire un nouveau livre sur le sujet chaque jour... Mais avouez que ça fait rêver... et que c'est ce qu'il nous faut, juste là maintenant ! :-)

Aujourd'hui, donc, ma sélection "Noël" pour les 2/3 ans... et plus ! :-)

Je précise qu'il s'agit d'une sélection dont aucun motif culturel n'est exclu... Vous trouverez donc quelques Pères Noël deci delà... pour le bonheur de tous ! Car le Père Noël, c'est comme les dragons, les extraterrestres, les fantômes et les sorcières : ça n'existe pas. Enfin, ça existe, dans les histoires. Comme disent mes enfants : "On imagine !" Et ça, c'est BON ! :-)


- Le Noël de Balthazar, Marie-Hélène Place, Emmy  Kelly, Caroline Fontaine-Riquier, Hatier Jeunesse, 2014.


- Joyeux Noël, carnet de coloriage, éd. 1, 2, 3 Soleil, 2014.


- Agathe ne croit pas au Père Noël, Catherin Dumonteil-Kremer, Marie-Pierre Emorine, La Plage, En famille autrement, 2013.


- L'aventure de Noël de Pierre Lapin, Beatrix Potter, Emma Thompson, Eleanor Taylor, Jean-François Ménard, Gallimard Jeunesse, 2013.


- Comme un secret, Émile Jadoul, Catherine Pineur, L'École des Loisirs, Pastel, 2013.


- Le gentil méchant loup, Julie Bind, Mickaël Derullieux, Mijade, 2013.


- Bulle et Bob préparent Noël, Natalie Tual, Daniel Trutet, Ilya Green, Didier Jeunesse, "Mes histoires à écouter", 2012.


- Le fil rouge, Géraldine Collet, Cécile Hudrisier, éd. Philomène, 2011.


- Trois petits Noëls, Akiko Hayashi, L'école des Loisirs, 2011.


- Noël, Marie-Pierre Valat, gallimard Jeunesse, 2011.


- Le facteur du Père Noël, Allan Ahlberg, Janet Ahlberg, Gallimard jeunesse, 2011.


- Olivia prépare Noël, Ian Falconner, Marjorie Bourhis, Seuil Jeunesse 2008.


- Le festin de Noël, Nathalie Dargent, Magali Le Huche, P'tit Glénat, Vitamine, 2008.


- L'incroyable catalogue de Noël, Nathalie Choux, Rémi Saillard, Mandana Sadat,  Syros, 2007.


- À qui c'est ?, Émile Jadoul, Casterman, 2007.


- L'ours de Noël, Hélène Kérillis, Isabelle Chatellard, Bilboquet, 2006.


- La robe de Noël, Satomi Ichikawa, L'École des Loisirs, 2006.


- Joyeux Noël, Doux Kangourou !, Emma Chichester Clark, Gallimard Jeunesse, Folio Benjamin, 2005.


- La plus belle histoire de Noël, Maïté Roche,éd. Edifa, 2005.


- Le clown de Noël, Coby Hol, Hatier, Cocagne, 2003.


- Fabulettes en fête pour sapins et épinettes, Anne Sylvestre, Pef, Actes Sud Junior, Livres d'Anne Sylvestre, 2000.


- Le Noël de Milton, Haydé Arladan, La Joie de Lire, 1999.


- La lettre au Père Noël, Yukiko Tano, Mako Taruishi, L'École de Loisirs, coll. Lutin poche, 1999.


- Demain, c'est Noël, Claire Masurel, Marie H. Henry, L'école des Loisirs, 1996.

Je suis toujours en pause, mais je reviens bientôt sur ce merveilleux sujet qu'est Noël...
(Il n'y a qu'un Noël par an, je ne peux tout de même pas le laisser passer...)
Et les articles sur Reggio s'écrivent tout seuls.
Et les cartes de nomenclature prennent forme - non, non, pas toutes seules, n'oubliez pas que je ne crois pas au Père Noël ! Non, soyons réalistes : les cartes de nomenclature, ce sont les lutins qui les fabriquent... au Pôle Nord !! C'est pour cela que ça n'avance pas vite : vous croyez qu'ils n'ont que cela à faire, les lutins, en ce moment ??
:-)

jeudi 13 novembre 2014

Louiselle, 30 mois


Louiselle nous a donné ses premiers sourires dans les minutes qui ont suivi sa naissance paisible. Louiselle nous a donné ses premiers câlins dès qu'elle a su contrôler ses gestes - et tous les matins, son premier mouvement est de se blottir très étroitement contre moi. Sa tête nichée dans mon cou y laisse une empreinte palpable, chaude et parfumée, que je sens longtemps, bien après que ma fille se soit détachée de moi pour courir dans le monde.

Est-ce parce que je suis moi-même très attentive, depuis sa naissance, à lire les signes de l'émergence de l'autonomie ? Louiselle n'a jamais cessé d'évoluer vers l'indépendance. Elle n'a jamais fait que cela, voilà, à sa manière (enthousiaste !), à son rythme (étourdissant...), et avec sa sensibilité bien à elle.

Louiselle différencie ses sentiments, les nomme et les projette sur les autres - grand frère, doudous et petites bêtes du jardin : bienveillance ("Qu'est-ce qui ne va pas, Antonin ?"), pitié ("Oh, pauvre mouche ! Elle est tout écrasée ! Maman, je peux faire un câlin à la mouche écrasée ??") ou colère ("Moi, je veux taper, taper, taper !"). 
Pas de Terrible two en vue ici, et même s'il y a des journées "sans", cela ne dure jamais bien longtemps. Les règles sociales commencent à prendre racine : Louiselle oublie souvent le "S'il te plait", mais le "Merci" ou le "Pardon" franchissent ses lèvres très naturellement. Et si elle sait bien qu'il faut manger à la fourchette pour faire plaisir à Papa, ses menottes, elles, l'oublient encore assez souvent - mais bref ! ;-)

Fait nouveau : je peux enfin me rendre à la bibliothèque - ou ailleurs - seule avec les deux enfants. Non seulement cela se passe à présent très bien, mais j'avoue que je suis fière à n'en plus pouvoir quand je vois mes deux bouts de chou lire posément un livre en silence et aller le ranger à sa place ensuite !! Mardi dernier, pour la première fois, j'ai emmené les enfants au théâtre pour marquer le coup de ce demi-anniversaire, et c'était tout simplement magique ! :-)

(Et comme je suis dans ma phase "Je filme les transvasements de la Damoiselle"...)

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Louiselle court, joue au ballon avec précision, enfourche sa draisienne et, avec elle, file et dévalle les descentes dans un équilibre parfait, les jambes bien tendues de chaque côté. Les flacons et pots à visser de la cuisine, qui lui resistaient encore il y a peu, n'ont plus de secret pour elle. Elle a à coeur de tenir son crayon comme les grands, mais alors qu'elle avait spontannément une bonne position, le fait qu'elle réfléchisse la perturbe à présent complètement. "Comment on le tient, Maman ? Comme ça ?" - demande-t-elle en faisant vraiment n'importe quoi ! :-)

La phrase préférée de Louiselle, depuis longtemps, c'est "Toute seuuuule !". Quand on lit une histoire, c'est Louiselle qui tourne les pages. Quand on enfile un gilet, c'est Louiselle qui le boutonne - oui, oui, même MES gilets à moi, et oui, oui, c'est très long et très laborieux ! Quand on rentre de promenade, c'est Louiselle qui ouvre et ferme le portail (et sonne la cloche bien fort en bonus).

Louiselle papote. Elle invente des tas d'histoires et plein de mots rigolos. Elle organise ses jeux en toute indépendance - rien ne l'interesse comme les animaux, qu'ils soient vivants, morts ou en peluche. Louiselle trouve que faire la sieste, c'est démodé, et que manger, c'est super chouette, surtout le fromage et les fruits. Louiselle questionne ("Pourquoi il y a du vent ?") et répond ("Parce que le vent va tout nettoyer !"). Louiselle reconnait un certain nombre de lettres de l'alphabet et galope derrière son frère en ce qui concerne les expérimentations phonologiques (l'autre jour, au marché : "Maman, CITROUILLE et CITRON, ça commence pareil !")...

("Maman, maman, regarde, une araignée !! Elle est MIGNONNE !! Maman, tu la prends en photo ??" - "Euh, alors, oui, d'accord, voilà...")


("Maman, je peux la CARESSER ?" - "Mffgh."
Admirez mon esprit d'à propos : je ne pouvais pas dire NON, n'est-ce pas ? Mais suis-je en mesure de lancer un OUI enthousiaste au vu du dégoût profond que m'inspirent ces bestioles ?? Décidement, je suis très fière de mon Mffgh... Et Louiselle a essayé de caresser l'araignée, qui s'est enfuie, merci, merci !!)

Joyeux demi-anniversaire, ma chérie ! :-)

samedi 8 novembre 2014

Notre semaine (45/14)

"Pourquoi il y a plein de feuilles par terre ? Pour que les enfants jouent !"
(Antonin, 3 ans et 10 mois).


Un petit point sur nos activités du moment, afin de ne pas perdre le contact malgré ma pause... ;-)

Vie pratique :


Planter des bulbes est certainement l'activité saisonnière la moins originale... et c'est bien pour cela que j'y tenais beaucoup ! Antonin a choisi les couleurs de nos futures tulipes et Louiselle a fait preuve d'une persévérance assez étonnante : à elle seule, elle a dû mettre en terre une vingtaine de bulbes, avec une méthodologie et un enthousiasme qui a surpris les adultes présents. C'est souvent ainsi, les moments les plus didactiques surgissent sans crier gare, sans qu'il soit possible de les prédire avec certitude. Une raison supplémentaire pour essayer de respecter le plus souvent possible la temporalité de l'enfant, et de garantir son champ de manoeuvre et son autonomie. Et de lui proposer des activités saisonnières fort peu originales... Les gestes les plus simples sont de loin les plus absorbants, vous ne trouvez pas ? :-)


La preuve en est, une fois de plus : choisissant comme un fait exprès un moment où j'étais persuadée de ne PAS avoir le temps (oui, je faisais un truc d'adulte absolument urgentissime, mais voyez ce que c'est : aujourd'hui, je ne me souviens plus de quoi il s'agissait !), Antonin s'est mis à me coller aux basques en me réclamant avec insistance le nécessaire pour laver ses porteurs... J'ai refusé une fois, deux fois, arguant mon emploi-du-temps de grande personne, lorsque j'ai réalisé que pour lui, la chose avait l'air d'importance. Et, à bien y réfléchir, remplir un seau d'eau tiède savonneuse et fournir trois lingettes n'allait empièter que d'une minute trente sur mon urgence du moment, alors ?

Voyez l'inconstance des adultes : une fois le seau rempli, ma tâche en cours ne m'a plus semblé si impérative. Voir mon fiston astiquer, frotter, tordre son éponge, jouer avec la mousse et sourire jusqu'aux oreilles m'a donné envie d'observer son manège quelques instant. Et de prêter la main quelques minutes. De prendre une ou deux photos. Que dis-tu mon chéri ? Tu veux de l'eau claire pour rincer ? Je vais te chercher ça. Et après, on pourrait attaquer les vélos, qu'en penses-tu ? :-D


Les cadres d'habillage continuent de plaire aux enfants... et de me désespérer. Mais, ça y est. J'ai trouvé. Je sais de quelle manière je vais aménager cette activité qui semble si importante pour Antonin et Louiselle - mais franchement, ces cadres !!! Grrr. Voilà un concept génial réduit à néant par une réalisation médiocre. Enfin, bon, peu importe, car ça y est, à présent, j'ai trouvé. Il ne me manque que du temps (hum, hum), et je fais, et je partage (et je brade mes cadres sur e-bay). Il s'agira d'une réalisation au coût de revient dérisoire, et sans couture - couturières nulles, unissons-nous ! Promis, promis, je mène ça à bien, et vous tiens au courant, que ma pause soit terminée ou pas !! :-D


Bon, à part ça, j'ai tellement de photos relatives à la Vie pratique "en situation" que je ne peux pas les publier toutes... Disons que Louiselle se réjouit du retour des agrumes sur les étals - arg, ils sont encore acides, mais c'est un tel plaisir à éplucher... - et qu'elle vous recommande très fort (et toute la famille avec elle) ce gâteau-là, facile, rapide, peu coûteux et délicieux ! :-)


Et en cuisine, les enfants se réjouissent de l'arrivée de deux nouveaux outils : le découpe-oeufs, qui permet de trancher à peu près tout ce qu'on veut du moment que c'est bien mou...

Ici, du tofu

... et, ça :


Gros succès du moment ! :-)

Et je termine par un petit clin d'oeil - en vidéo ! - à une amie qui m'annonçait récemment ne plus vouloir proposer d'activité montessoriennes à ses enfants parce qu'elle avait l'impression que cela les transformait "en petits robots"... Euh, alors, sans vouloir nier ton vécu, ma chère D., on ne doit pas avoir les mêmes modèles à la maison ! :-D

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Et après la "pause betterave", donc - voilà ce que c'est que de bosser en cuisine pendant que Maman prépare le repas... - Louiselle reprend...

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Vous fait-elle l'effet d'un petit robot ? :-D

Art et graphisme :


Alors, je ne sais pas ce que j'ai, dans mes "récapitulatifs pseudo-hebdomadaires", en ce moment, j'ai tendance à confondre "art" et "graphisme"... Il y a quelques mois encore, un tel amalgame m'aurait fait hurler, mais voyez : en ce moment très précis, je ne parviens pas à faire la distinction entre ces deux disciplines. C'est, bien sûr, lié aux compétences actuelles de mes enfants, qui ne sont encore, ni l'un ni l'autre entré dans le "graphisme" au sens strict. Par contre, toutes leurs productions spontannées, "artistiques" selon moi, car nourries d'expériences sensorielles, d'émotions, d'intuitions et de réflexions qui leur sont propres, me paraissent  "graphiques". On peut parler, me semble-t-il, d'acte graphique lorsqu'il y a choix - même inconscient - et que l'enfant utilise et organise des éléments qui lui sont propres (personnellement ou culturellement), tels que couleurs, matériaux, dessins, signes, lettres... En clair, mes enfants boudent encore les formes à dessins, mais s'intéressent de près aux pochoirs qui parlent mieux à l'imaginaire. Dès qu'ils saisissent un outil, je lis dans leur geste le mouvement de pré-écriture ; et dès qu'ils veulent signifier et coder un message, je vois leur imagination prendre les rennes...

Palettes personnelles : Louiselle à gauche et Antonin à droite

"Arts graphiques"...


Cette expression prend tout son sens lorsqu'on observe le cheminement des 2- 3 ans, je trouve ! :-D

Invitation

L'automne, comme le printemps, est une saison propice à l'étonnement - pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? Je m'applique donc très fort pour écouter et observer mes enfants dans leur interaction avec la nature : ils jouent, courent, sautent, lancent par brassées les feuilles crissantes vers le ciel ou dans les ruisseaux. Avec mon étayage, ils décrivent. Nous avons longuement observé la chute lente mais continue des feuilles d'un immense platane, et cette activité les a vraiment marqué. Mais point de questions, ni de tentatives d'explications du monde - hormis celle que j'ai placé en en-tête de cet article. Je ravale donc toutes mes idées d'activités scientifiques - classer des feuilles de la plus verte à la plus raccornie, en passant par toutes les nuances de couleurs et de texture pour illustrer le flétrissement ; faire un mini-compost dans un bac tranparent pour montrer la formation de l"humus ; élever des lombrics... Ce sera pour plus tard ! :-)


À défaut de sciences, voilà du sensoriel ! À partir d'une récolte de feuilles, j'ai agencé notre table de travail de manière à déclencher une activité sur la palette de couleur automnale... Je ne dis rien à mes enfants, dans ces cas-là : le matériel les incite à des actions variées, très personnelles. Il n'y a rien d'attendu, donc pas de "mauvaise réponse", évidemment. Tout est bel et bon !


Ici, j'avais disposé pastels gras et aquarelle, mais les enfant m'ont rapidement réclamé de la colle, aussi.


Et je remarque toujours un dialogue, dont j'ignore la part d'insconscient, entre les oeuvres des enfants et les matériaux proposés : tracer sur, peindre autour, choisir des couleurs et des lignes... Les feuilles induisent des procédures, des résultats vibrants et éphémères comme elles, qui témoignent du rapport de l'enfant à l'univers.

Motricité fine :

Nouveau plateau

J'ai proposé une nouvelle activité à Antonin : le poinçonnage.



Ne sachant pas s'il accrocherait, je n'ai pas voulu (trop) investir et me suis contentée d'acheter le document de Boutique Montessori - pour moins de 2 euros, il y a de quoi faire ! Je verrai sur le long terme si j'investis dans des outils spécifiques ou pas... Pour le moment : un morceau de carton, une punaise (qu'il ne s'agit pas de perdre, je n'en ai qu'une de ce type !!), et le tour est joué !


Bon, le premier contact fut un vrai succès. Louiselle a patiemment attendu que son frère lâche ce plateau pour s'en saisir - évidemment, ce travail ne lui était pas adressé, mais évidemment, dès qu'il s'agit de motricité fine... la Damoiselle s'est régalé ! :-D

Lors de la première séance, les enfants étaient tout à leur découverte : la joie de pouvoir manipuler un objet "qui pique", la manière de le tenir et de percer le papier, le crissement du carton que l'on transperce... Il ne se sont guère focalisés sur les petits points à pointer et prenaient plaisir à percer où bon leur semblait. Mais dès son deuxième essai - hier -, Louiselle s'est bien appliquée à respecter le tracé.


Et bien sûr, rien de mieux que les appareils lumineux pour observer le résultat de son action... Sur rétroprojecteur, c'est encore plus spectaculaire, on peut suivre du doigt les tracés qui ont été suivis avec constance et qui, agrandis, amorcent des chemins et des dessins... À suivre !


Pour finir sur ce sujet de la motricité fine, j'ai suivi le très bon conseil de ma cyber-collègue Clairette, et j'ai acheté un fichier de la gamme Kumon Publishing. J'ai choisi pour Antonin un fichier permettant de travailler le graphisme des chiffres de 1 à 30, et pour l'organisation pratique, j'ai tout fait comme ma cyber-copine Clairette : j'ai détaché les fiches en couleurs et je les ai glissées dans les pages d'un lutin, de façon à permettre à Antonin de les refaire encore et encore, à l'aide d'un feutre effaçable (un crayon gras, ça marche aussi).


Mais quoi, vous dites-vous ? DES FICHES ?

Alors, oui, mais à condition d'avoir, à mon sens, une ou deux petites choses en tête :

- Quel est l'objectif visé par mon fichier ? La plupart du temps, le but final d'une fiche est d'apprendre à... faire une fiche. Moui. Après tout, pourquoi pas, il arrive un jour où chacun doit savoir remplir des formulaire administratifs. Mais on n'apprend pas à lire ni à compter en remplissant des fiches, jamais. Par contre, certains supports bien pensés sont excellents pour travailler le graphisme, et c'est le cas ici : l'enfant prend son stylo et trace, trace, trace. S'il est mis en situation de pouvoir recommencer le même exercice autant de fois qu'il le souhaite, il va chercher à affiner son geste.

- Quand proposer des fiches ? J'ai lu quelque part (je ne retrouve plus où, mais je vous tiens au courant) que l'enfant était prêt à exécuter ce genre de travail lorsqu'il est capable de bâtir des ponts avec des cubes. Ça me plait, et je trouve que c'est effectivement un bon indice : cela signifie qu'un certain nombre d'indicateurs spatiaux sont construits, qui vont permettre à l'enfant de se repérer dans l'espace-feuille ; que les notions de stratégie et de but à atteindre ont un sens concret ; que l'enfant est apte à communiquer verbalement, qu'il sait tâtonner, repérer d'éventuelles erreurs et demander de l'aide le cas échéant. Franchement, à quoi cela sert-il de fourrer des fiches entre les mains des enfants pour lesquels ces compétences ne sont pas construites ?

- Quels sont les pré-requis ? Je le répète, une fiche à elle seule n'enseigne pas grand chose, il faut construire en amont les apprentissages requis via la manipulation. Ici, l'enfant doit savoir, avant de découvrir la première fiche du cahier sus-nommé : 1. Tenir son crayon correctement. 2. Lire les chiffres et dénombrer les quantités correspondantes (de 1 à 5 pour la première fiche, de 1 à 10 ensuite, puis de plus en plus loin... et contrairement à ce que le descriptif du produit laisse accroire, ce n'est pas à remplissant ces fiches que l'enfant va apprendre tout cela !). 3. Savoir ordonner.
Bon, mais alors, ce fichier, il sert à quoi ? Il va encourager l'enfant à tracer, et lui apprendre à écrire correctement les chiffres, selon une méthode qui n'est pas déconnectée du sens. C'est pour moi un véritable atout, et je suis très satisfaite de mon achat ! :-)

Et Antonin ? Il reprend "son cahier" tous les jours, et me réclame à cor à cris "la suiiiiiite !" - je ne lui ai proposé que les cinq premières fiches pour l'instant... Patience, mon fils ! :-D

Langage :


Cela fait bien longtemps que je veux proposer à Antonin un travail sur les émotions, vous vous souvenez ? Bon, même si rien de concret n'avait vu le jour jusqu'à présent, je réfléchis tous les jours à ses accès (excès ?) de colère et je chemine. Nous progressons beaucoup - oui, nous, car j'ai à présent la certitude que cette colère qu'Antonin exprime n'est pas la sienne, mais bien la mienne - d'ailleurs, il me l'a dit. Elle m'est revenue grâce à lui alors que je croyais l'avoir dépassée, cette énorme, horrible et terrifiante colère que j'ai ressenti il y a longtemps et que j'avais soigneusement refoulée pour rester la petite fille très discrète que j'étais... Mon fils se charge de l'évacuer pour moi, c'est sympa, non ? ;-)

(Si ce processus vous intéresse, je vous renvoie aux pp. 72-75 et 141-143, du livre - que vous pouvez d'ailleurs lire en entier ! - Il n'y a pas de parents parfaits,  d'Isabelle Filliozat, grâce auquel j'ai beaucoup avancé ce dernier mois, et dont je vous reparlerai sans doute)


Bref, à présent, dès que je sens qu'Antonin est sur le point de se métamorphoser - façon Hulk ou Mister Hyde, si, si, c'est exactement ça ! - au lieu de me précipiter avec mes "Mais Antonin, mais qu'est-ce que TU as ? Mais qu'est-ce qui ne va pas, dis-moi ! Je ne comprends pas, exprime-TOI !", j'opère une rapide introspection : tiens, c'est vrai, je viens de ressentir une legère contrariété - par exemple, je n'ai pas pu dire au revoir à mon mari avant qu'il ne parte travailler. Alors je dis : "Je suis contrariée, j'aurai bien voulu dire au revoir à Papa avant qu'il ne parte. Je me sens très frustrée lorsque ces moments entre adultes me sont refusés." Sans mentir, 9 fois sur 10, Antonin se calme aussitôt !! :-O

Antonin continue de vivre des colères. Mais plus ça va, plus elles sont l'expression d'une émotion bien personnelle. Leur briéveté et leur moindre violence m'aide à les repérer en tant que telle : lorsque ce n'est pas SON sentiment qu'Antonin exprime, il entre dans une véritable "crise", qui le déborde, le submerge et peut durer plusieurs heures. Rien à voir avec les colères typiques des 2-3 ans, c'était évident pour moi depuis le début et je comprends à présent pourquoi !


M'enfin bon bref, j'aborderai peut-être un jour ce vaste sujet plus profondément, mais en attendant, ils sont extras, ces bonhommes, non ? J'ai dessiné des yeux et des bouches sur des protège-cahiers en plastique transparent, à l'aide d'un feutre indélébile. Découpés et positionnés à volonté sur nos disques colorés, ils sont impayables... Je ne savais pas si les enfants sauraient composer les expressions et les nommer... mais que si ! Et ils ont improvisé eux-même un petit jeu de mime facial...


... à se tordre ! :-D

J'aurais encore bien des choses à écrire sur le rapport de mes enfants à l'écrit. J'ai fabriqué un imagier phonologique à Antonin qui regroupe une dizaine de mots commençant par le son [ã] (s'il vous intéresse, faites-moi signe !), et le Damoiseau a décidé de son propre chef de fabriquer, à partir de ses cartes de nomenclature, ses propres imagiers phonologiques. Vaste travail, et je le surprend souvent penché sur une image, mâchant le nom de l'objet longuement : "Banane... Bbb... Aaaa... Nane... Non, on entend [a], mais pas au début...". L'imagier des "A" est terminé, nous entamons celui des "É" ! (L'ordre suivi n'est évidemment pas alphabétique, mais affectif : nous "suivons" les initiales des enfants de sa classe !)

Bien sûr, c'est dans des moments comme ça que je suis ravie que les anneaux de mes cartes s'ouvrent et se referment, permettant de nouvelles associations. Et c'est dans des moments comme ça que je regrette d'avoir choisi l'écriture cursive... Si c'était à refaire ! À présent qu'Antonin commence à prendre ses repères dans l'écrit, mais qu'il ne connait pour le moment que les lettres capitales, c'est vraiment dommage ! Qu'est-ce que je craignais ? Qu'il apprenne à lire trop vite, au simple contact des mots, par "globalisation", comme on dit, non mais quelle horreur ! Pff. N'importe quoi. Un enfant ne "globalise" pas si on l'y amène pas, j'en suis aujourd'hui plus que persuadée ! :-(

En attendant je savoure, et j'ai gravé dans ma mémoire, pas plus trad que ce matin, encore lovée au creux de mon lit, les tâtonnements phonologiques de mon Damoiseau - qui faisait aujourd'hui sa toilette avec son Papa dans la pièce adjacente à ma chambre :

Antonin, vivement,
Papa, pour faire TRAM ? Il faut Tttt... Rrrr... Bon, mais, et TRAIN ? Ttt... Rrrrr... Et c'est quoi, après, pour écrire TRAIN ?

Son Papa, tout en se disant qu'il n'est même pas 7h30, que nous sommes samedi et qu'il aurait bien dormi encore un peu
Euh, ben, "TRAIN", c'est un peu compliqué...

:-D

Et la p'tite Louiselle, qui fêtera ses deux ans et demi dans quelques jours ? Louiselle connait "sa" lettre (l'initiale de son prénom), et s'amuse à la repérer dans tous nos albums. Elle reconnaît aussi "la lettre d'Antonin". Et hier matin, aux porte-manteaux de la classe de son frère, elle a décidé qu'un des crochets était "le sien". Mmm, bon, la moitié des prénoms des camarades d'Antonin commence par la lettre "L", alors... Je regarde l'étiquette usurpée par ma Damoiselle : "Louison". Bon sang de bois. :-D

Louiselle, décrochant son manteau à contre-coeur
Mais Maman, pourquoi MOI je n'ai pas de porte-manteau ??

:-D

Mathématiques :


Dénombrer, dénombrer et dénombrer, encore et encore ! Antonin adore ça, cela correspond vraiment à un besoin fort pour lui en ce moment. Nous nous ingénions à trouver de belles occasions pour le faire, et c'est ainsi que j'ai ressorti un lot de batonnets "de glace" que je gardais sous le coude depuis longtemps. Le but était de fixer sur chaque baton un nombre croissant d'éléments - ces pinces miniatures sont vraiment très difficiles à manier, et font travailler les muscles des doigts, même les plus experts ! C'est un bon exercice pour s'assurer, une fois de suite que l'aspect ordinal du nombre est acquis - Antonin sait quel nombre suit tel autre sans avoir à reprendre la comptine numérique depuis le début.


L'exercice a plu au Damoiseau, mais ses doigts ont crié grâce avant d'être parvenu à 10... Antonin, qui n'avait pas assouvi sa fringale, a derechef inventé un nouveau jeu : il ordonne les barrettes de perles, qu'il choisit et me tend (l'occasion pour moi de vérifier qu'à force de manipulation, certains codes-couleur sont acquis) et JE fixe la barrette sur un batonnet de glace (sans doute ai-je besoin, moi aussi, de me muscler les doigts, et le fait est que c'est un peu difficile d'accrocher ce petit cercle de cuivre, bon...).


Une fois les barrettes disposées dans l'ordre de la suite numérique, Antonin choisi d'y associer leur écriture chiffrée...


... puis un nombre correspondant d'objets.

Invitation

Le lendemain, voici l'invitation que je propose : plus d'écriture chiffrée, cette fois, puisqu'Antonin ne les connait pas encore au delà de 10. Mais je brûle de vérifier s'il sait "écrire" les nombres de 10 à 19 avec des barrettes de perles. Bingo.


" Oh, regarde, qu'est-ce que c'est ? 
- C'est dix, avec des lentilles... 1, 2, 3... (...) 10 lentilles.
- On continue ?
- Oui !
- Après 10, qu'est-ce qu'il y a ?
- 11.
- Qu'est-ce qu'il faut pour écrire 11 ?
- Ça... (Antonin prend une barrette dorée et dénombre soigneusement les 10 élements) et ça : le 1 rouge.
- Je les attache ensemble, d'accord ? Tu peux prendre 11 lentilles ?
- 1, 2, 3, 4..."

Il en fut ainsi jusqu'à 13. La Damoiseau manifestant alors des signes de fatigue, je remis la suite au lendemain. Le lendemain, mon invitation commençait à 13...


Et demain, elle commencera à 15...


Sachant que le "16" coince toujours, ce sera une séance passionnante... Rhâ, cette suite orale irrégulière des nombres de 11 à 16, je l'étranglerais bien - et suggère une réforme de la numération "dix-et-un, dix-et-deux, dix-et-trois...". Bâh quoi, pourquoi pas ? :-)

Et la p'tite Louiselle, qui fêtera ses deux ans et demi dans quelques jours ? ;-)

Elle connait la suite numérique jusqu'à 15 - comme quoi, ce fichu 16, décidément ! Il est la goutte d'eau qui fait déborder le vase des irrégularités. Courage, mes enfants, c'est le dernier ! (Quoiqu'il aurait à dire aussi, dans une moindre mesure, sur nos 70 et 90 franco-français... Mais bref).

Louiselle s'applique à dénombrer, et ça donne n'importe quoi. Mais elle s'accroche, car elle a compris le principe : on débite la suite numérique en pointant des objets. Fastoche. Mais chez Louiselle, la main ou la langue va toujours trop vite, et tout se décale. Nous faisons donc de petits jeux autour de cette "mise en correspondance" un peu particulière (il s'agit ici de faire correspondre un mot et un objet) : par exemple, Louiselle glisse ses jetons dans sa tirelire pendant que JE dénombre, d'une voix claire et articulée, les éléments introduits. Elle adore ! :-)

Et côté géométrie...


Antonin s'étant soudain découvert une passion sans borne pour les bâtonnets de glace - cf. activité numérique n°1... - je me suis dis que ce serait un bon outil pour "tracer" ses premières figures géométriques... L'alphabet mobile permet "d'écrire" avant de savoir écrire, les bâtonnets permettent de "tracer" avant de savoir tracer. Hein, après tout ? :-)


Devant un tel succès, j'ai imprimé un petit jeu de cartes ICI - en anglais, mais si vous voulez conserver les légendes, il vous suffira d'ajouter un "E" à la fin des noms de quelques figures...


À vrai dire, cette activité a surgi sans préméditation aucune, et ne cadre pas avec ce que devrait être une progression rigoureuse. L'exploration sensorielle géométrique se fait, pour le moment chez nous, autour des solides. Un jour prochain, mes enfants "déduiront" la 2D de la 3D - rien ne presse. Est-ce à dire que toute allusion aux figures planes est tabou ? Non, bien évidemment. D'ailleurs, ils savent déjà en nommer un certain nombre. Et lorsqu'Antonin me demande le nom d'une figure représentée sur ces cartes (octogone, hexagone ou pentagone...), je me contente de lui dire : "C'est un polygone. Toutes ces figures sont des polygones, d'ailleurs".

Démonstration
Quant au carré - une des premières figures que l'enfant apprend à nommer tout seul, je précise toujours : "C'est un rectangle. Un rectangle CARRÉ." Et oui, le carré est un rectangle particulier ! :-)


La première séance m'a permis de noter quelles réalisations étaient hors de portée d'Antonin - je vais donc mettre ces figures de côté pour l'instant. Mais quelle ne fut pas ma satisfaction de voir mon Damoiseau bondir sur son stock de formes à dessin et les mettre en relation avec les figures ! :-)


Tiens, avec les batonnets, on ne peut dessiner ni cercle, ni ovale, ni éllipse... Normal, ce ne sont pas des polygones ! ;-)

Jouer, jouer, jouer

video

Je suis en pleine reflexion, en ce moment, sur le lien entre le jeu, la mise en corps, le langage et l'écrit (temps du récit, règles du dialogue...).


Antonin et Louiselle ont toujours été, dans la mesure où leur âge le leur permettait, très autonomes dans leurs jeux. À présent, ils peuvent disparaitre jusqu'à deux heures de temps, seuls ou à deux, pour jouer dans une chambre sans que je n'ai besoin d'interagir. Lorsque grignotée par un brin de remord, je m'aventure sur leur territoire en demandant si "moi aussi, je peux jouer ?", j'ai droit une fois sur deux à un joli : "Euh, Maman... Tu nous laisses tranquilles ??" :-D


Bon, je les laisse tranquilles, mais j'ai souvent les oreilles qui trainent - et le coeur qui fond !

En ce moment, les jeux d'Antonin et Louiselle, à l'oreille, ça donne ça - remarquez l'utilisation des dialogues !! :

Louiselle, rigolant
Le chien, tu veux des coquelipops * ?"Non, non", dit le chien ! "Ouin, j'ai pas d'ami !", dit Monsieur Rabbit !

Antonin, rigolant
Et toi, la P'tite vache, mais pourquoi tu pleures ? Attends, je t'ai fait une bonne soupe à la fraise... "OUIN, OUIN, j'ai perdu ma Maman !!! Maman, où es-tu Maman, MAMAAAAAN !!!"

(C'est généralement le moment où je pointe un nez inquiet : "Mais je suis là, qu'est-ce qu'il y a ?" et où il m'est répondu d'un air vaguement outré : "Non, c'est la P'tite vache qui cherche sa Maman..." Ah, pardon.)

* Mot inventé par la Demoiselle en début d'été et que toute la famille utilise depuis. Ne me demandez pas de quoi il s'agit !!


Louiselle commence à s'intéresser fortement aux jeux de société. Le très vintage "Cochon couleurs", chiné dans un vide-grenier il y a un an, est un incontournable du moment, qu'il faut ressortir tous les matins, et enchainer trois fois de suite... Aïe, ce n'est pas qu'il m'ennuie, mais... si ! :-D

J'ai aussi proposé aux enfants leur premier jeu de mémory, photos à venir ! :-)

Et sinon...


Le soir fatidique, nous avons creusé un potiron, l'avons garni de bougies, avons confectionné un petit autel automnal à base de feuilles, coloquintes et pommes de pin, et avons dégusté une bonne soupe orange... Quel ne fut pas le plaisir des enfants de retrouver notre courge garnie de quelques chocolats le lendemain matin !!
(Oui, c'est un mix entre Halloween, Pâques et Noël... On fait ce qu'on peut, en fonction de l'âge de ses enfants !... Mais l'année prochaine, on intègrera les déguisements à notre petit rituel !!) :-D


Bonne semaine chez vous ! :-)