lundi 27 octobre 2014

Reggio d'Émilie, me voici !


La première tâche à mener à bien pendant mes vacances bloguesques, c'était :

"Aller à Reggio d'Émilie, et approcher du mieux que possible la pédagogie qui y a pris naissance."
Bon, ça c'est fait. ;-)

Le panneau d'entrée de ville, pris à la volée
à travers la vitre sale de ma voiture... :-)

Je m'attelle à présent au second point de mon interminable liste :

"Rendre compte de mon voyage et de mes découvertes."

Mon idée première était d'écrire sur le sujet une série d'articles sur un autre blog - oui, c'était mon troisième objectif de ces vacances : "Créer un blog professionnel". Seulement, si cette idée me sourit souvent (Je connais déjà le nom du futur site et j'ai même choisi mon hébergeur...), je ne sais pas si j'aurai l'envie/l'énergie/le temps de tenir un journal professionnel dans les mois qui vont suivre la fin de mon congé parental. À bien y réfléchir, je suis même presque sûre du contraire. Plutôt que de m'éparpiller et de m'imposer un surcroît de travail (ouvrir un blog nécéssite pas mal d'heures de "toilettage"...), j'ai donc décidé de publier les articles relatifs à mon investigation reggiane ici.

Vous l'avez donc compris : je suis toujours en pause !


Mais c'est pour mieux l'être et optimiser mon temps que je publie à nouveau par ici ! Moi, sophiste ? ;-D

J'ai conscience que les publications à venir ne vont pas intéresser tout le monde. Elles ne concerneront pas nos activités domestiques, et la qualité des photos ne sera pas toujours au rendez-vous. J'ai en effet choisi de partir avec mon petit compact, qui ne pèse rien dans le sac et n'attire pas l'oeil des pickpockets, mais qui ignore les nuances de profondeur de champ et perd tous ses moyens en basse lumière ou dans des situations contrastées. Moui, lorsqu'on s'interesse à des sujets reggians, c'est fort dommage, je vous l'accorde. J'ai regretté mon gros reflex ! Et vous le regretterez aussi... :-(

Mais sinon, Reggio nell'Emilia ?

Je dois avouer que je n'attendais à rien de mirobolant du point de vue de la ville elle-même - d'autant que je m'acheminais vers Venise et Bellagio, excusez du peu... Et bien, je fut immédiatement conquise : Reggio d'Émilie est une très belle petite ville de Province, italienne jusqu'au bout des ongles (vernis), d'autant plus charmante qu'elle n'est pas touristique - si on excepte la délégation de Singapouriennes invitées par Reggio Children... À Reggio, vous dormez dans un hôtel 4 étoiles pour le même prix qu'un Novotel ; l'hôtel de la Poste est situé en plein dans le vieux centre, dans un ancien palais médiéval amoureusement entretenu. Le personnel est absolument impeccable : à preuve, notre réceptionniste - 100% non francophone - qui s'est mis en quatre pour prendre en note un coup de fil de ma Maman, 100% que francophone, qui gardait les enfants à la maison et... ne parvenait pas à ouvrir la porte de la machine à laver, vous percevez le drame ! J'aurais adoré assister à cette conversation, d'après le récit des deux protagonistes, c'était à se tordre ! :-D

Bon, bref : à Reggio, il y a un vrai centre à l'italienne : quartiers anciens, boutiques de luxe, Italiennes d'une élégance à couper le souffle (que les Parisiennes se rhabillent, et vite !), ruelles piétonnes à gogo, façades colorés... Les rues sont animées mais s'ouvrent soudain sur un portail qui aspire le modeste remue-ménage des trottoirs... Le passant aperçoit une cour ombrée, pleine de palmiers luxurants et de silence qui soupire... Encore un pas et on se demande si on n'a pas rêvé : vélo, scooters, et piétons aux regards francs - dont pas un seul n'est rivé à son portable !! - La vie, quoi.

Si vous cherchez un endroit sympa pour dîner, trouvez "L'âne volant" dans la rue de la Basilique. Le végé-burger est servi avec un vrai sourire et de la très bonne musique (amateurs de rock, foncez !), et les frites sont à tomber par terre. Le tout dans l'air tiède de l'automne italien, en terrasse d'une rue assez large mais tranquille et bordée d'arbres... Le bonheur ! ;-)

Bon, revenons à notre enquête pédagogique.

Sachez qu'on ne peut pas (plus ?) demander à visiter d'écoles ou de crèches reggianes sans faire partie d'un "groupe d'étude". Vous vous doutez que je ne m'avoue pas vaincue, et je vous tiens au courant de mes avancées sur ce point. ;-)

En allant à Reggio, j'avais un objectif simple et précis : visiter "Reggio Children".

Qu'est-ce que "Reggio Children" ? Voici la définition qu'en donnait Loris Malaguzzi : "C'est une organisation qui se consacre uniquement à la gestion quotidienne des services. Un organisme qui est capable d'entretenir et de renforcer les relations avec d'autres pays.". Cette organisation a vu le jour en 1994, et voilà, dans quelques jours, elle n'aura plus de secrets pour vous !

Voici la liste des réjouissances à venir (je mettrai les liens vers les articles correspondants au fur et à mesure que je les publierai) :

- Histoire des services éducatifs de la ville : "Une ville, des milliers d'enfants".
- Reggio Children : Concevoir des espaces d'apprentissage.
- Un atelier : Jeux de lumière
- Un projet : Mosaïques : Traces graphiques et narratives.
- Un atelier  : Organismes, un atelier vivant.
- Un projet : Le secret du papier.
- Un atelier : Paysages studio-numériques.
- Catalogue des publications Reggio Children.

 Arriverderci ! :-)

vendredi 17 octobre 2014

Je me ... "pause" ! ;-)


Ce blog est en pause... pour un temps indéterminé ! :-)

J'ai besoin de ne pas me donner d'échéance pour mener à bien différents projets qui souffrent très sérieusement du temps que je passe par ici...

Mais que ce soit dans quelques semaines ou quelques mois, aux premières gelées ou aux dernières neiges de l'année, je reviendrai, soyez-en sûr ! 

Et pendant ce temps, je continue de répondre aux commentaires, n'hésitez pas à poster vos réactions !


À un de ces quatre ! :-)

jeudi 16 octobre 2014

Notre semaine (42/14)

Affairement d'automne

Cette semaine, la vie m'a joué un drôle de tour : mon imprimante est morte et, sans qu'il n'y ait aucun rapport entre les deux évènements, je suis restée plus de 24 heures sans connection Internet.

Ouch.

C'est fou ce qu'on se sent démuni, sans nos gadgets. On songe à Ravage de Barjavel en rongeant son frein, et on se console en se disant que, pour nous du moins, il s'agit d'une situation provisoire... :-/

Sans imprimante, une partie de mes projets prennent un peu de retard - en particulier les cartes de nomenclature phonologiques, qui traînent sur mon bureau...

Et sans imprimante, que répondre à mes enfants quand ils me réclament un coloriage ??

Sans rire, j'ai mis au moins trois minutes à réaliser que je disposais de tout ce qu'il fallait pour leur faire un dessin - il fut un temps où je savais dessiner, non ? 

Antonin me réclame des voitures (arg), et Louiselle, des chats (ça, au moins, c'est un bon sujet : bâclez-le et on dira qu'il est expressif !)...


Chez nous, le coloriage est libre, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de modèle de répartition des couleurs à respecter. C'est une manière agréable d'apprendre à affiner son geste, puisque le mouvement du poignet doit rester - en théorie - contenu dans les limites de la ligne. Remplir une surface correspond tout à fait aux intérêts d'Antonin, 3 ans et demi, qui s'applique beaucoup, en ce moment, à remplir ses feuilles de couleurs "sans laisser de blanc".


À 2 ans, l'intérêt n'est pas là. Mais plutôt dans le dialogue avec un "beau" dessin - oui, parce que ma fille, elle, AIME mes chats ! ;-) - et la production d'un tracé en superposition, qui oublie parfois son support, et joue, d'autres fois, avec lui.

Et voici, puisqu'on en parle, un petit état des lieux des dessins du moment :

Antonin est en haut (voyez-vous la pelleteuse orange sur le dessin de droite ?)...
... Louiselle est en bas !

Les oeuvres se structurent ! Chaque enfant dans son palier, bien sûr, mais je n'oublie pas que je vous ai promis un article sur les différents stades du dessin chez l'enfant, et ne m'étendrai pas plus avant sur ce sujet aujourd'hui...

Voilà qui fait la transition avec nos activités hebdomadaires :

Arts plastique et graphisme : 

Quand je vous dis que ça se structure...

C'est un fait : nos chiffres "à écrire" comme nos chiffres rugueux ont la cote en ce moment...


... Et comme Antonin, à l'école, s'exerce au graphisme (et que je sais TOUT grâce à une super enseignante qui prend le temps de nous détailler les manipulations opérées en classe dans le cahier de vie, YOUPI !!), je lui ai proposé de tracer quelques chiffres sur son cahier de la maison.


Il aurait été facile d'imprimer des chiffres en pointillé à relier (par exemple ICI), mais sans imprimante... J'ai glissé nos chiffres rugueux sous la feuille de papier et tracé les petits points moi-même. Une gommette ronde marque l'endroit où il faut commencer (c'est également le codage utilisé en classe), et voilà le travail.


Bon, conformément à mon intuition, c'est encore un peu tôt pour Antonin : il ne trace pas son 0 dans le bon sens, et son trait est franchement branlant... Mais le Damoiseau se corrige...


... et prend beaucoup de plaisir à décorer sa page ensuite. Il va falloir encore s'entraîner, mais de temps à autre, ce genre de "traces écrites" peuvent témoigner de ses progrès aux yeux de l'enfant. Antonin est très fier de son  travail "sur cahier" !

Sinon, je me suis laissé aller à faire une proposition un peu "scolaire" inspirée de CECI :


Il s'agit, à la base, de coller les petites feuilles de vigne vierge multicolores récoltées en promenade...


... mais les enfants ont rapidement décidé de mixer les techniques ! ;-)


Au jardin :


Nous ne chômons pas au jardin : je profite de ce que la terre soit bien humide pour la retourner, et agrandir notre petit potager. Les enfants auront assisté à leur premier cycle de compostage, et nous enrichissons notre sol du premier "engrais" maison : il est bien noir et sent l'humus !!... :-)

Myosotis semé par les enfants le mois dernier

Nous nous apprêtons à planter de l'ail, à semer des épinards et des pois en vue du printemps... Et en attendant, nous continuons de récolter nos légumes-racines !

Aussitôt arrachés, aussitôt préparés
et dégustés !

Et dans l'atelier...


(Je n'oublie pas que je vous ai promis des cartes de nomenclature... Leur réalisation est simplement un peu plus longue que ce à quoi je m'attendais !!) :-D

Sensoriel :


Cette semaine, il y eut plusieurs salades de cylindres à 4 mains, et de belles expériences météorologiques : les enfants ont observé leur premier arc-en-ciel (un vrai de vrai, aux couleurs bien foncées, et en forme de demi-cercle complet !) et joué avec d'énormes grêlons tout ronds après une tempête qui transforma notre rue en torrent glacé ! Ouah !


Et côté lumière...


Les enfants ont remarqué que les jours où le soleil brille, il se reflète dans l'eau de la cuvette dans laquelle ils font leur toilette, et fait une tâche mouvante et irisée sur le mur. Cette découverte les a mis en joie : ils jouent à bouger légèrement la bassine pour faire danser le reflet projeté... Reggio in every day life, what else ? :-)

Combiné à une petite expérience de mélange de couleurs, j'ai proposé le prolongement suivant :


Sur le plateau de notre rétro-projecteur, dûment enveloppé de film plastique transparent en cas de fuite, nous posâmes un bol de verre rempli d'eau. Les enfans s'amusèrent à l'incliner et à observer les effets produits sur le mur de projection.


Puis, je propose à Antonin de choisir une couleur - Rouge ! - et de verser quelques gouttes de colorant alimentaire dans l'eau.

(N.B. : je garde précieusement les flacons Vahiné, de façon à les re-remplir, même quand je n'achète pas cette marque - ils sont top pour les petits doigts, et fonctionnent comme de gros compte-gouttes. Ici, j'avais rempli chacun des tubes à un bon tiers, et ce fut largement suffisant pour notre petite expérience. 
Dernière précision sur le sujet : malgré leur nom, leur colorants alimentaires ne sont pas fait pour être ingurgités et sont très mauvais pour la santé !!)


Puis, les enfants versent le bleu... puis le jaune...


Verdict : c'est une super activité ! ;-)

À mener aussi bien sur table lumineuse, car, franchement, la lumière filtrant à travers le bol est bien plus intéressante que le résultat à la projection...

Seulement, les couleurs se mélangent trop vite... Je crois que je vais tenter une expérience similaire avec de l'huile dans de l'eau colorée... ou quelque chose comme ça... ?? Si quelqu'un a une idée ! ;-)

Et sinon...


... j'ai assisté à des explorations visuelles spontannées dans lesquelles, je suis sûre, David Lynch ou Tim Burton se seraient complu... Qu'en pensez-vous ?? :-)


C'est pour moi une petite fenêtre sur l'imaginaire enfantin... et universel ?...


Mathématiques :


Je sais (vous ai-je déjà dit grâce à qui ?) qu'Antonin travaille en classe sur les algoritmes. Sa prof est à 100% "manipulation concrète", alors cette compétence logico-mathématique se goupille à base de tour de legos (un élément rouge/un élément jaune, etc.), de collier de perles (une perles ronde, une cubique, une ronde, etc.), et autre variantes attractives. Devant tant d'efficacité, je ne me sens pas le besoin d'en rajouter une couche, mais je n'ai tout de même pu m'empêcher, à la réflexion, de proposer ma version montessorienne... :-)

... avec pinces ! ;-)

Vous aviez raison : les pinces à cornichons - et celles de la dînette Ikéa - sont tout simplement parfaites, et je ne vois pas pourquoi je m'éreinte à trouver mieux ! Ce que j'aime particulièrement, dans ce type de plateau, c'est que mes deux enfants peuvent le manipuler, chacun avec leurs objectifs propres :


Louiselle remplit les cases sans se soucier de l'algoritme...


... et Antonin, lui, s'en soucie ! C'est un peu facile pour lui, mais au moins, il travaille sa pince...


... laquelle est aussi un excellent outil pour relancer l'activité "fuseaux" - je veux qu'Antonin dénombre encore et encore avant de passer sérieusement aux perles montessoriennes... Voilà qui tombe à pic ! ;-)


Voici une petite activité que j'ai proposé à la Damoiselle cette semaine - il faut vraiment que je m'applique à concocter des petits plateaux sur mesure pour Louiselle, qui rêve de "travailler" comme une grande... Ici, il s'agit moins de mathématiques "pure" que de discrimination visuelle - de sensoriel, donc. Il s'agit, à la base, d'une bête mise en paire de nombres improvisées à partir d'étiquettes pré-existant dans l'atelier...


Bon, ce fut visiblement trop aisé pour Louiselle, qui, après m'avoir avalé cela en deux secondes chrono, s'écria : "ENCOOOORE !!".


"ENCOOOOOORE !"


"ENCOOOOOORE !"


"ENCOOOOOORE !"


"ENCOOOOOORE !"

  
"ENCOOOOOORE !"

  
"ENCOOOOOORE !"

(Euh, là, je suis un peu à cours de matériel...) :-D

Notez bien qu'ici, il ne s'agit pas d'apprendre  le nom des chiffres - mais seulement de s'exercer à les observer !

(Cette activité fut reprise TOUS les jours cette semaine !!!)


Sciences :

Profitant d'une matinée où Antonin était à l'école, j'ai proposé à Louiselle cette belle activité-là :

Préparation du "ciel"...
Les choses n'avaient pas si mal commencé...


... jusqu'à ce que Louiselle ne s'avise de la suprématie de l'océan sur tous les autres milieu de vie... :-)


Dès lors...   Le mouton ? Il nage !! Le cacatoès ? Il nage !! Ainsi que la girafe, le cochon, la chauve-souris et la girafe... Tous à l'eau !!

"Oh, le pôvre chien ! Il est tout sale !! Allez, il va dans le bain !"
... Bon, pour l'exactitude scientifique, il y a encore du chemin, mais pour le fun, ça... :-D

Bonne semaine chez vous ! ;-)


mardi 14 octobre 2014

"Une cabane pour tous les enfants"


On en parle, on en parle, mais... apprendre, c'est quoi ?

Depuis le début du XXe siècle, et bien avant l'émergence des pédagogies dites "actives", un sujet est dit "apprenant" quand il prélève une information dans son environnement en fonction d'un projet personnel.

Pour moi, ça a toujours été une évidence, dès que j'ai mis le pied dans le métier : apprendre, c'est s'engager. Apprendre, c'est traiter efficacement les ressources qui sont à notre disposition - pour peu qu'il y en ait.

La pédagogie dite "de projet" me fait de l'oeil depuis bien longtemps, et je me suis acharnée, tout le temps de mon poste définitif, à "mettre en projet" ma classe de CE1/CE2... avec un succès mitigé, je dois dire. Principalement parce que lorsque je demandais aux enfants de me parler de ce qui leur plaisait, j'avais généralement droit à une oeillade indifférente, un haussement d'épaule assaisonné d'un vague : "Ben, ch'sais pô moi...". Vous n'imaginez pas comme la majorité des enfants de 8 ans peuvent être désabusés, dans notre monde. Et les autres... ah, bien oui : il y avait toujours deux ou trois petits malins, vifs et d'emblée captivés par ma proposition de "faire ce qu'ils voulaient", et qui me fournissaient avec enthousiasme des sujets d'étude à la pelle... Mais alors quoi ? Fallait-il obliger chaque enfant à développer un projet personnel, quitte à m'épuiser, moi, pour tenter de tout gérer - y compris l'angoisse profonde que cette "liberté" engendrait chez certains ? Ou imposer un projet collectif, qui passionne une poignée d'enfants et laisse les autres indifférents ? Qui, oui, oui !, acceptaient volontier de travailler sur quoi que ce soit, du moment que j'arrête de leur demander leur avis... Je vous renvoie à la définition des premières lignes de cet article. Nos projets furent magnifiques... sur le papier, et je sais que certains élèves en auront gardé un souvenir impérissable. Mais pour les autres, tout cela est tombé aux oubliettes - avec le reste. Et pour moi, c'est raté. À revoir. :-/

Cela fait longtemps que je guette le moment où je pourrais rebondir sur un projet forgé par mes enfants. Le bambin est tout entier dans la procédure et n'agit pas en vue d'un produit fini. Antonin, tout doucement, commence à se donner des petits objectifs. Sa pensée devient créative, le futur prend sens pour lui. La résolution de problèmes est encore difficile ; à trois ans et demi, il a tendance à être submergé par l'obstacle rencontré, et éprouve de réelles difficultés à se mettre en recherche de solutions. C'est sur ce point que  l'altérité nous a manqué : en groupe (et ici, un groupe de 4 ou 5 enfants aurait largement suffi), l'affect collectif équilibre généralement les émotions individuelles. Le fait de voir un tiers se mettre en recherche et émettre des hypothèses a un effet formateur irrésistible. L'Autre fait grandir, j'en suis sûre, et dans le modeste "projet" que je vous livre aujourd'hui, j'ai été obligée de tenir ce rôle - évidemment très maladroitement car je ne sais plus comment penser en enfant de 3/4 ans (mais j'y travaille dur !).

D'autant que j'endossais aussi une autre casquette : celle de l'aide matérielle, qui va essayer d'inventorier et de mettre à disposition les ressources nécessaires...

Bon, je vous livre aujourd'hui le projet d'Antonin tel qu'il fut mené... Je ne suis pas satisfaite de ma part de travail, décidement ! Mais ce n'est qu'un premier pas, et je compte bien m'améliorer... Je suis apprenante, moi aussi, et apprendre prend du temps ! ;-)

L'idée de base :

L'idée de base vient évidemment d'Antonin. Depuis quelques temps, il exprime un désir récurrent : celui de construire "une cabane pour tous les enfants". Je me suis évertuée à mettre à sa disposition des outils le lui permettant.

Tout d'abord, des énormes cubes de bois permettant des constructions monumentales, mais qui, s'ils attisèrent considérablement l'intérêt du Damoiseau pour les cubes et enrichirent ses productions (routes, ponts...), ne lui permirent pas de construire des murs... Je compris alors que le Damoiseau n'était pas prêt, tout simplement, et que construire était une compétence complexe, nécessitant du temps.

Je fournis ensuite des briques de carton, plus légères et plus volumineuses pour voir si ce nouveau matériel induisait de nouvelle procédures. Dès qu'il les vit, Antonin ne se sentit plus de joie, et s'exclama : "C'est pour faire une cabane pour tous les enfants". Bingo. Et il se mit au travail, en élaborant, effectivement, de nouvelles techniques :

"Cabanes"

Je compris alors qu'Antonin ne percevait pas la notion de concavité, d'intériorité... Ce dont il eut l'intuition, lui-aussi, puisqu'il se mit à me réclamer "de grands cubes ouverts"... pour faire des portes. À vrai dire, ce n'était pas la première fois qu'il me réclamait ce type de matériaux, mais c'est seulement à ce moment que je compris ce qu'il voulait dire. Et ce qui est drôle, c'est qu'Antonin construit des ponts à tout de champ en ce moment, mais n'a pas encore eu l'idée de transfèrer cette compétence dans le domaine des ouvertures de tous poils ! ;-)

Je décidais donc de dégoter LE matériau ultime - celui qui permettrait au Damoiseau d'aller au bout de son projet avec ses compétences du moment.

Jour 1 :

Tadam !

J'ai trouvé un carton. Un grand carton. Ce n'est pas le carton de mes rêves - quelqu'un peut-il me dire pourquoi les machines à laver ne sont plus emballées dans de bons vieux GROS cartons ??? Celui-ci est un peu étroit, il a vécu quatre déménagements et pas mal de kilomètres. Mais franchement, merci, merci, mon ami L., si tu me lis ! :-)

Je le place au milieu de la chambre d'Antonin, qui détecte immédiatement l'usage qu'il peut en faire... Et décide que cette cabane sera un carton couché. ;-)


S'ensuit un tâtonnement autour de la création de portes - finalement, les battants du carton font l'affaire, il est inutile d'essayer d'en construire. Mais les fenêtres ? Ah, il faut des fenêtres ! Je m'arme d'un cutter, et Antonin décide de leur position, de leur taille et de leur forme (une "en carré" et une "en triangle"...).


Très vite, l'excitation monte et le Damoiseau s'agace : de l'intérieur, il ne parvient pas à rabattre le volet de carton (il a tenu à ce que nous gardions des "volets") sans se pincer les doigts. Malgrè tous mes efforts didactiques, c'est moi qui apportera la solution des poignées...

Une vis coincée entre deux écrous...

Cette première journée s'achève dans l'apothéose, les enfants sont ravis de leur cabane et Antonin décide d'y placer sa veilleuse...


Jour 2 et 3 :

Je propose à Antonin d'aller dans l'atelier choisir les médium de son choix pour décorer sa cabane. Il fonce comme un bolide et revient avec de gros feutres, des gommettes et quelques tampons...


Le lendemain est un samedi, et, dès le réveil, il me demande d'aller à nouveau chercher le matériel pour poursuivre son oeuvre... Et je pars à mon cours de méditation sur l'image de mon Damoiseau-créateur, absorbé, seul dans sa chambre à 9h00 du matin, par la très sérieuse décoration extérieure de sa cabane "pour tous les enfants"...

(Si, si, ça m'a déconcentrée toute la matinée, mais ma prof est une adepte de la visualisation, alors c'était une belle image à travailler !) :-)

Jour 4 :

L'endroit révé pour donner son biberon à Doudou-chien !

Bon, que manque-t-il à présent ?

Un banc, bien sûr. ;-)
(dixit Antonin, toujours).

Le Damoiseau commence par placer un gros cube de carton dans la cabane : aïe, il ne peut se tenir droit, sa nuque est brisée contre le plafond. Il a beau être ravi de son invention, il doit admettre au bout d'un moment que quelque chose ne va pas

Il décide (avec mon étayage) de déplacer son meuble à l'extérieur. Ça va mieux. Mais voilà que Lousielle veut s'asseoir, elle aussi, et il n'y a qu'une place... Donc ? Oui, c'est cela, Antonin place deux cubes côte à côte.

Les deux enfants s'installent ravis, et prennent les mêmes poses que ces vieux sages de la côte d'Azur rivés sur leurs bancs, et qui regardent passer les touristes en mâchant leur chique et un brin d'hostilité. Les mêmes. À ma connaissance, rien de génétique, cela doit être culturel, comme attitude... :-)

Mais Antonin s'écrie : "Aïe, ça se casse !". Il semblerait que la brique s'affaisse. Ou peut-être pas. En théorie, elle est faite pour résister, mais le Damoiseau décide de doubler l'épaisseur du banc pour être sûr. Va, mon garçon, puisqu'il s'agit de résolution de problème !

:-)

Et depuis ce temps, les enfants profitent de leur cabane... qui ne fera peut-être pas long feu, mais qui, d'ici là, plait beaucoup... :-)

Tout travail mérite salaire, place au jeu ! :-)